LIVRE SEPïlt^vIE. 3o
siècle et Jans une Cour qui en olTroient les plus aimal)le5 modèles.
Mais on ne sait si tant de supe'riorijjé, malgré l'art infini que Fénélon apportoit à la voiler, ne lui auroit pas donne plus d'admirateurs que d'amis, si l'amilié n'eut pas été en même temps le premier besoin de son cœur, le plus grand bien de sa vie. Ceux qui n'avoient pas le droit de se regarder comme ses amis particuliers, pouvoient se trouver quelquefois éblouis, et peut-être même importunés de l'éclat que son esprit, se? grâces et son éloquence naturelles répandoient avec tant de profusion dans la conversation. On remarque en général dans la société, que la domination la plus douce inquiète toujours un peu l'amour -propre de ceux même qui ne se refusent pas à la reconnoître. On consent quelquefois sans peine à admirer la supériorité du gén:e et des talons , lorsqu'elle est fondée sur des titres hi< ontestables. Mais il n'en est pas de même du dcn ou du bonheur de plaire j tant de qualités diverses peuvent permettre d'y aspirer, tant d'exemples prouvent que Ton peut y réussir par les qualités les plus opposées, que l'on se résout difficilement à se soumettre à une prééminence trop éclatante dans un genre dont les formes et les succès sont nécessiirement un peu arbitraires. C'est ce qui expliqueroit peutêtre pourquoi Bossuet , qui ne cherchoit jamais à plaire, et dont il paroît que la conversation n'étoit remarquable que par une exlrcme simplicité, n'eut ni ennemis, ni envieux, tandis que Fénélon, malgré tant de vertus et de qualités, a eu beaucoup à souÛ'rir de la l.aiue et de l'envie. Plus on étoit frappé de la profondeur et de la hauteur des concepiioDs de Bossuet dans ses ouvrages, plus ou
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s^etonnoit de rencontrer tant de simplicité et de laciliie dans la conversation d'un homme qu'on ne s'étoit prépare qu'à admirer. On s'ëtoit senti effraye' d'avoir à paroi tre en présence d'un te! génie, et on n'éprouvoit que la satisfaction de s'en trouver en quelque sorte rapproché par la conformité du langage et la simplicité des manières. La société étoit toujours pour Fénélon une occasion favorable de déployer toutes les richesses de sa brillante imagination et toutes les grâces de l'esprit le phis aimable et le plus séduisant; elle n'étoit pour Bossue t que le délassement et le repos des travaux de son cabinet.
La conversation de Bossuct portoit l'empreinte habituelle de son caractère, de ses mœurs et de ses principes. Elle étoit toujours grave et instructive; jamais elle n avoitpour sujet des détails frivoles ou inutiles. Quoique placé au centre des évéuemenset des agitations de la Cour («) ^ jamais il n'y faisoit entrer les anecdotes ouïes nouvelles du moment. La religion , la philosophie, la morale , les ouvrages importans qui paroissoient, et qui avoient pour objet les sciences ou les affaires de l'Eglise, fourliissoient assez de matière à ces utiles entretiens. Le plus souvent ses réflexions dans la société portoient sur les grands intérêts de la religion; et il est à regretter que les amis de Bossuet ne se soient pas attachés à recueillir toutes celles qui auroient pu survivre aux intérêts du moment, et mériter d'être transmises à la postérité. On connoît souvent mieux les véritables sentimens et le caractère des grands hommes par ce qui leur échappe dans la liberté de la conversation, que par ce qu'ils consentent à confier au pubhc dans des ouvrages imprimés, V") Mis. de Le dieu.