LIVRE CINQUIEME. "i f
V faillible Je dis qu'il n'y eut jamais aucun
w temps où il n'y ait eu sur la terre une autorité » visible et parlante, à qui il faille céder. Avant » Jesus-Christ, nous avions la synagogue; au mo- » ment où la synagogue tombe , Jésus-Christ pa- » roît lui-même; quand Jésus-Christ abandonne la w terre et monte au ciel, il laisse son esprit à sou » Eglise. Faites /-ev'e/zir Jésus-Christ enseignant, )) -prêchant , faisant des miracles , je nai plus be- » soin de V Eglise; mais aussi ôtez-moi V Eglise, il me yy faut JÉsus -Christ en personne^ parlant^ pré- » chant ^ décidant avec des miracles et une auto- » rite infaillible . Nous avons V Ecriture, dites-vous; » oui y sans doute , nous avons cette parole divine, » mais qui se laisse expliquer et manier comme on î) veut , et qui ne réplique rien à ceux qui Venten^ » dent mal. Or, il faut un moyen extérieur de se )) résoudre sur les doutes, et que ce moyen soit y* certain , et il ne peut se trouver que dans une w Eglise infaillible. >y
Le second article, où le ministre Claude ne montra pas moins de talent et de subtilité, fut celui où Bossuet avoit établi, que par le baptême €t la profession du symbole commun à tous les Chrétiens, ils étoient excités et s'engagoient à croire à l'autorité de l'Eglise , que c'étoit ensuite par l'Eglise qu'ils recevoient les Ecritures avec les interprétations qu'il appartenoit à l'Eglise seule de donner aux livras sacrés.
« W Mais, reprit le ministre Claude, par ce
V raisonnement, vous feriez conclure à chacun ea V) faveur de son Eglise. Les Grecs, les Arméniens,
{°-) Relation de la coaféreace de Bo56uet aycc le miniitre Claude; ibid. p. 3o6, 307.
» les Ethiopiens , nous-mêmes que tous croyez » dans l'erreur^ chacun de nous a reçu l'Ecriture » sainte de l'Eglise où il a été baptisé. Chacun la » croit la vraie Eglise énoncée dans le symbole , » et dans les commencemens on n'en connoît pas » même d'autre. Si, ayant reçu sans examen l'E- » criture de cette Eglise où nous avons été bap- » tisés, il faut aussi en recevoir aveuglément tou- » tes les interprétations, c'est un argument pour » conclure que chacun doit rester dans sa reli- » gion. »
C'étoit en vérité, dit Bossuet dans sa relation , tout ce qui se pouvait objecter de plus fort ; et quoique la solution de ce doute me parût claire , fétois en peine comment je pourrois la rendre claire a ceux qui m'écoutoient ; je ne parlais quen tremblant j voyant quil s' agissait du salut d'une ame; et je priais Dieu qui me faisait voir si clairement la vérité, quil me donnât des paroles pour la mettre dans tout son jour ; car j^ avais affaire à un homme qui écoutait patiemment , qui parlait avec force et netteté , et qui enfin poussait les difficultés aux dernières précisions.
Bossuet répondit « («) que premièrement il faN » loit distinguer la cause des Grecs, des Armé- » niens et des autres communions chrétiennes^ de » celle des Protestans; que dans ces communions, » ils errent à la vérité en prenant une fausse Eglise » pour l'Eglise véritable j mais que du moins elles » établissent en principe qu'il faut croire à la vé- » ritable Eglise quelle qu'elle soit, et qu'elle ne » trompe jamais ses enfans j au lieu que les Pro-
(*») Relation de la conférence de Bossuet ayec le ministre Claude j iUd. p. 3o7 et atiiy.