‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 14 sur 120 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

)» a* Je me charge de démontrer dès à pre'sent , t> que même en me tenant à son rccit , il avoue o forcément tout ce dont il ne veut pas convenir.

» 3° Enfin, de peur qu'on ne dise que M. Claude « aura peut-être pris un mauvais tour, par lequel » il se sera engagé dans des inconvéniens, je sou- » tiens que cet avantage appartient tellement à » la cause que je défends, que tout mini sire , tout » docteur, tout homme viv>ant succombera de la » sorte à de pareils argumeus.

» Ceux gui voudront Jah^ cette épreuve, ver- » ront que ma promesse n^estpas vaine. »

Il ne tint pas à Bossuet que le défi qu'il adressoit au ministre Claude avec tant de solennité, ne fiit accepté. Il lui fit proposer une nouvelle conférence avec des instances réitérées. Le ministre s'y refusa, et donna pour motif la défense que le Roi avoit faite de tenir ces sortes d'assemblées. Bossuet se chargea de lever cet obstacle , et il obtint en effet de Louis XIV toutes les autorisations nécessaires pour la sûreté et la tranquillité de M. Claude. Il s'empressa de l'en informer par le marquis de Rux^igny, Protestant très-accrédité à la Cour, et très-zélé pour sa religion. Mais le ministre Claude persista dans son refus , et ne voulut jamais consentir à s'engager dans un second combat avec Bossuet.

Il se vit alors obligé de donaer la plus grande publicité à la relation de cette conférence. Il y joignit des réflexions sur celle du ministre Claude. Ces réflexions lui offrirent la facilité de reprendre les questions qui avoient été traitées- il les présenta sous un nouveau jour, leur prêta une nouvelle force, et étabht invinciblement l'autorité infail-

aB HISTOIRE I>E B0S5UET ,

lible de l'Eglise comme le point fondamental autour duquel roulent toutes les controverses qui ont sëpaië de l'Eglise romaine les sectes qu'elle a frappe'es d'une juste et nécessaire condamnation.

Cette relation et ces réflexions furent imprime'es en i68si, peu de temps après la clôture de l'assemble'e du cierge'.

M'^^ de Duras survécut assez long-temps à son alijuration, pour se confirmer de plus en plus dans les princij^es et dans les sentimens qui l'avoient dé* terminée. Elle mourut en 1689.

Aussitôt qu'elle se vit frappée, elle fit prier Bossuet de se rendre auprès d'elle à Saint-Cloud , où la fixoient ses fonctions de dame d'atours de Madame. Elle reçut les derniers secours et les dernières consolations de la religion de celui à qui elle avoit dû son retour à l'Eglise.

En présence et à la voix de Bossuet, la mort sembloit perdre une partie de ses horreuj's; elle ne paroissoit plus qu'un passage à un bonheur pur et durable. On avoit vu , en 1680, le duc de la Ro^ chejbiicauld , l'auteur des Maximes, réclamer pendant sa dernière maladie les soins et les consolations de Bossuet. Il voulut expirer entre ses bras^ et être soutenu, dans ce grand combat de la vie et de la mort, par cet homme qui savoit si bien parler de l'éternité à ceux à qui le temps est prêt à échapper. On peut regretter de ne trouver ni dans les lettres particulières , ni dans les mémoires du temps , aucuns détails particuliers sur les derniers entretiens du duc de la Rochfjouc«i//rZ avec Bossuet. M""" de Séuigné nous dit seulement qu'il mourut avec beaucoup de calme et de courage. Il conserva toutes les facultés de son

nVRE CTNQUIKME. SQ

ame jusqu'au dernier moment, et il eut e'té intéressant d'entendre ces deux hommes parler de ces grandes vérite's qu'on ne'glige trop souvent de méditer pendant la vie, mais sur lesquelles il paroît impossible de rester indifférent aux approches de la mort.

Page 1