LIVRE CINQUIEME. 3l
» liens quune main plus forte que la sienne auroit » brisés tout-à-coup. Ce qui me paroît de très-bon » en elle, c'est qu'elle n'est effrayée d'aucune des » circonstances de la condition qu'elle a résolu )) d'embrasser, et que son dessein s'affermit de » jour en jour. Je fais ce que je puis pour entrete- » nir de si saintes dispositions , et si je trouve quel- » que occasion d'avancer les choses, je ne la man- » querai point. »
Bossuet craignoit qu'on n'employât Vautorilé pour arrêter l'exécution des desseins de M*"^ de la Vallière ; Louis XIV ne pouvoit consentir à une résolution aussi extraordinaire. Quoiqu'il so fût entièrement détaché d'elle, il souffroit luimême, en voyant une femme qu'il avoit tendrement aimée, se punir si cruellement du malheur d'avoir partagé sa passion. Peut-être aussi craignoit-il qu'une expiation si éclatante ne parût une censure amère de la liaison bien plus coupable encore dont il étaloit alors le scandale aux yeux de toute la Cour.
Mais Bossuet ajoute une circonstance singulière» M*"^ de la Vallière se vit obligée d'avoir recours à sa rivale même pour obtenir la permission d'aller s'ensevelir dans un cloître. Elle exigea de Bos-« suet qu'il vît M"^* de Montespan^ pour écarter tous les obstacles qu'elle paroissoit y apporter. Bossuet peint M^^ de Montespan en quelques lignes ; on croit la voir et l'entendre.
« («) M""^ la duchesse de la Vallière m'a obligé » de traiter le chapitre de sa vocation avec M"'*^ de
(") Lettre de Bossuet, au maréchal de Bellefonds, 25 décembre 1673, OEuyrçs da Bossuet, lom. xxxvn, p. 57, édit. de Vers. in-^"*.
n Montespan. J'ai dit ce que je devois • et i'aî ,• )) autant que j'ai pu, fuit connoîlre le tort qu'on j> auroit de la troubler daus ses bons desseins. On ■â ne se soucie pas beaucoup de Ui retraite; maïs » il semble que les Carmélites font peur. On a » couvert , autant qu'on a pu, cette résolution » (Van grand ridicule. J'espère que la suite eu » fera prendre d'autres idées. Le Roi a bien su » qu'on m'avoit parle'. Sa Majesté ne m'en ayant » rien dit , je suis aussi demeuré dans le silence. » Je conseille fort à ?vl'°® la duciiesse de terminer » son alfaire au plus lot. Elle a beaucoup de peine » il parler au Roi, et remet de jour en jour. » M. Colbert ^ h qui elle s'est adresse'e pour le » temporel , ne la tirera d'alFaire que fort lente- » ment, si elle n'agit pas avec un peu plus de vi- » gueur qu'elle n'a accoutume'. »
On conçoit sans peine comment I^ouis XIV évitoit d'entretenir Bossuet sur mi pareil sujet. Il pouvoit craindre qu'en lui parlant de M'"'' de la f^allière , Bossuet ne lui parlât de M"^ de Mon-, tespan , ou du moins ne lui fît entendre par un silence encore plus expressif que des paroles tout €6 qu'il pouvoit lui dire.
On retrouve les mêmes combats de M*"* de la T^allière dans une autre lettre de Bossuet au mare'chal de Bellefonds , en daie du8 lévrier 1674' Ce n'étoit pas qu'elle fut incertaine, ni indécise dans ses résolutions; mais tous ses senlimens doux, foibles et timides ne lui laissoient pas le courage nécessaire pour prendre une résolution forte et hardie.
« W J'ai rendu vos lettres à M'"^ la duchesse de tija Vallière. 11 me semble qu'elles font un boa
(«) Lettre au jnaréclial de Bellefonds, ihid. p. 59.