‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 18 sur 120 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

qu'elle e'crivoit au maréchal de Bellefonds, avec cette candeur qui donne une expression si simple et si touchante à tous ses sentimens.

« C") Je n'ai plus qu'un pas à faire. Je sacrifie de » bon cœur les grandeurs et les richesses j mais » pour de la sensibilité, j'en ai; et on a raison de

» vous dire que M''^ de Blois (0 m'en a donné

» Je l'aime j mais elle ne m'arrête pas un seul ins- » tant. Je la quitte sans peine , et je la vois avec » plaisir. Ce sont des sentimens opposés; /nais je » le sens comme Je le dis. Il Jaut que je parle au î) Roi y et voilà toute ma peine. Priez Dieu pour )) moi, quil me dôjine la force qui m'est néces- » saiî^e pour cette démarche. »

Elle ajoute dans une autre lettre, du 19 mars suivant (1674 ) • « Enfin je quitte le monde sans re- » gret, mais ce n'est pas sans peine. Ma foihlesse » rny a retenue long-temps sans goût, ou, pour par- » 1er plus juste , avec mille chagrins. Vous en sa- » vez la plus grande partie , et vous connoissez ma » sensibilité. Elle nest pas diminuée , je m en. » aperçois tous les jours , et je vois bien que Va- » venir ne me donneroit pas plus de satisfaction » que le passé et le présent. »

Ce fut le 20 avril 16-4, que M™« de la Vallière alla s'enfermer aux Carmélites» Elle n'avoit pas encore trente ans.

M. — Bossuet prêche le sermon de la profession des vœux de Mme de la Vallière.

Elle avoit demandé à Bossuet de vouloir bien prêcher le sermon de sa prise d'habit , et Bossuet

(*») Lettre de M'^'^Je la Vallière, 8 février tô-/^. ^») Depuis priûcesse de Coati.

en avoit pris l'engagement ^ mais il fut obligé d'accompagner Ms'" le Dauphin , qui faisoit celte année sa première campagne au siège de Dol , où le Pvoi commandoit en personne. Au défaut de Bossuet , j^me jç i^i Vallière avoit je lé les yeux sur Bourcla-* loue. On ignore les raisons qui ne lui permirent pas de remplir un ministère cjui auroit si bien convenu à sa piété et au genre de son éloquence. Ce fut M. de Fronientières, depuis évoque d'Aire, prédicateur estimé, qui prononça le 6 juin iG'j4 le sermon de véliire de cette illustre pénitente.

Mais elle eut la satisfaclion d'entendre Bossuet le jour de la profession solennelle de ses vœux. Celte cérémonie, un des triomphes les plus éclatans de la religion , eut lieu le '26 juin 1675.

Madame f/e iS^eV/g-zze a écrit que ce sermon ne ïépondil pas à l'attente publique (•)•

Il est possible que dans le monde et dans les sociétés où vivoit M""^ de Sevigné , on se fut fait une très-fausse idée de la manière dont Bossuet devoit traiter un pareil sujet. Il est vrai qne la réunion de plusieurs circonstances particulières de

(ï) Il fut imprimé sans l'aveu de Bossuet, et sur des copies peu exactes. L'abbé Ledieu rapporte que Bossuet, en lisant cette preùiière édition , dit qu'il ne s'y reconnoissoit pas. Il est probable que le Discours de la profession de M"'^ de In Vallière, fut imprimé pour la première lois dans un Recueil de discours , sermons et oraisons funèbres , pu])lié en 1691, 5 vol. petit in-}'2. Nous avons inutilement cberclié un exem plaire de cette première édition , pour le comparer avec celle que les éditeurs des OEui>res de Bossuet, édition de Paris 1772, déclarent publier sur le manuscrit original. Il pourroit être intéressant d'en observer les différences, pour expliquer ce que vouloii dire Bo3suct, en déclarant qu'il ne s'j' reconnoissoit pas.

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