LIVRE CINQUIEME
» soient les ordres et les desseins de la Providence » sur vous , je les adore , et je crois que vous n'avez » point de peine à vous y soumettre. Le christia- » nisme Tï'est pas une vaine spéculation^ et il faut » s''en servir dans V occasion , ou plutôt il faut y> faire servir toutes les occasions à la piété chré^
» tienne ^ qui est la règle supérieure de notre vie
» Quoi qu'il en soit, je vous prie, s'il y a quelque » ouverture au retour, ne vous abandonnez pas. » Fléchissez, conteniez le Roij faites qu'il soit en » repos sur votre obéissance. Il y a des humilia- » tions qu'il faut souffrir pour une famille; et » quand elles ne blessent pas la conscience ^ Dieu » les tient faites h lui-même.-»
Ces derniers conseils de la sagesse de Bossuet , et les motifs dont il les appuie, ont d'autant plus de poids dans sa bouche, qu'on ne les attendoit peut-être pas de sa part. Mais Bossuet, inflexible dans la défense de la vérité, savoit s'accommoder dans la conduite de la vie aux temps et aux hommes j et c'est une preuve remarquable de la justesse de son esprit.
11 arriva au maréchal de Bellefonds ce qui arrive souvent aux malheureux. La solitude et le délaissement où ils se trouvent les rendent quelquefois méfians et injustes. Ils se croient abandonnés de leurs amis les plus fidèles ; et le mare» chai de Bellefonds paroît avoir eu la foiblesse de craindre que Bossuet^ fixé par état et par devoir à la Cour , ne ressemblât à ces courtisans qui évitent d'entretenir des relations trop suivies avec ceux que la disgrâce en a éloignés. C'étoit assurément bien mal connoître Bossuet. Il ne mettoit pas sans doute dans les démonstrations de soa
4^ HISTOIRE DE 30SSUET,
affection une exagération qui n'étoit ni clans ses manières, ni dans son caractère : mais personne ne fut jamais plus fidèle que lui à l'amitié. Il écrivoit au maréchal de Beilefonds C") : «Mandez-moi, » je vous supplie , si la longue solitude ne vous )) abat point , et si votre esprit demeure dans la » même assiette, et ce que vous faites pour vous » soutenir et pour empêcher que l'ennui ne vous «gagne. Une étincelle d'amour de Dieu est ca- » pable de soutenir un cœur durant toute réLernité. » Uites-moi comme vous éies, el je vous prie , ue y> croyez jamais que je change pour vous. J\ii » toujours sur le cœur le soupçon que vous eu » eûtes; et qu auriez-vous fait qui nie fil changer? )) Quoi! parce que vous êtes moins au monde y et » par conséquent plus à Dieu , je serais change' à » votre égard! Cela pourrait- il tomber dans l'es- » prit d'un homme qui sait si bien que les disn grâces du monde sont des grâces du ciel des » plus précieuses. »
TIII. — Affaire de M^e de Montespan. 1675.
C'étoit dans le temps niême où Bossuet mettoit le dernier sceau aux engagemens sacrés que M"'^ de la Vallière venoit de prendre , qu'il fut mêlé à une négociation du même genre, mais d'une nature bien plus délicate, et dont le succès ne répondit ni à ses espérances, ni aux efforts de son zèle,
Rien ne ressembloit moins au caractère de M"'^<^<? la f allié re ^ que celui de M'"^ de Montespan ('}. D'ailleurs M'"^ de la Vallière , malheureuse et dé-
('0 19 mars 1675.
(»/ Fianooise^-Athénaïs Je Rochechouart de MorUitiart, marquise de Montespan.