‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 21 sur 120 · LIVRE CINQU1È:.IE · texte numérisé non relu

LIVRE CINQU1È:.IE

laissée, ia'avoit eu à combattre que son propre cœur , et son cœur avoit déjà commencé à f^oùter les consolations puissantes de la religion. M"'^ de Montespaîi , au contraire, exerçoil avec toute la domination de son caractère, Tcmpire qu'elle devoit aux agrémens de son esprit et à tous les avantages dont la nature l'avoit douée.

Quoique le caractère de M™^ de Montespan ait prêté à de justes reproches , on doit cependant convenir qu'elle avoit beaucoup d'élévation dans l'ame et dans les sentimens. Trop (ière pour être ambitieuse, elle se montra toujours supérieure aux intrigues et aux bassesses, si communes dans les Cours. Elle ne fit jamais usage de son ascendant sur Louis XIV pour influer sur son gouvernement; et elle n'employa son crédit que pour environner ce prince de tous les grands hommes qui faisoient l'ornement de son règne et de son siècle. Sa hauteur et ses emportemens pouvoient seuls détruire le charme qui lui avoit soumis si long -temps le cœur de Louis XIV.

Cependant ce prince, subjugué par une longue habitude , ne sentoit pas encore tout le poids des chaînes qu'il s'étoit données. Mais un incident extraordinaire avoit amené une crise, dont le dénouement encore incertain sembloit annoncer une grande révolution à la Ccur.

En 1675 (0, M°'^ de 3ïontespan se présenta le

('' L'auteur des Eclaircisseniens historiques sur la révocation de VEdit de Nantes ( ]M. dt Rulldères ) , trompé par un passage des Souvenirs de M'"*" de Caylus, paroit tenir beaucoup à reculer jusqu'au Jubilé àe 1676, le refus d'absolution qu'éprouva M^^e Jg Montespan , refus qui donna lieu à son éloignement passager de la Coiu-. Mais Mme de Cajlus,

Jeudi saint à un prêtre (M. Lécuyer) de la paroisse de Versailles. Ce prêtre lui refusa l'absolution , et on devine facilement les motifs d'un pareil refus. Elle s'en plaignit au Roi , qui fit venir le cure' de la paroisse (M. Thibaut). Le curé déclara que le prêtre n'avoit fait que son devoir.

M™^ de Maintenon , alors à Versailles , vivant dans la société habituelle de M™^ de Motitespati, et très à portée d'être instruite de tous les détails d'un événement auquel ses principes de religion et de vertu lui faisoient prendre un si grand intérêt, écrivoit à la comtesse de Saint-Ge'ran , « que >» le Roi ne vouloit condamner ni le prêtre ni le » curé, sans savoir ce que le duc de Montausier y » dont il respecte la probité, et M. de Condonij » dont il estime la doctrine, en pensoient. »

Bossuet ne balança pas « à répondre, comme » le curé, que le prêtre n'avoit fait que son devoir.

» M. de Montausier , ajoute M'"* de Maintenons i> a parlé plus fortement. M. de Condom reprit la î) parole et parla avec tant de force ; il fit venir si à

qtii 11^ étoit point encore, et qui n'y arriva fort jeune que plusieurs années adirés , a pu se tromper facilement sur celte date assez éloignée des temps où elle écrivoit ses Souvenirs. L'abbé Ledieu, dans ses manuscrits, fixe positivement cet événement au Jeudi saint du carême de i6'j5. Nous avons un témoignage encore plus décisif 5 nous avons sous les jeux les minutes originales des lettres que Bossuet écrivit à Louis XIV, alors à son armée de Flandre , pour Fentretenir dans ses religieuses dispositions. Il lui parle dans ces lettres des dispositions également édifiantes de M°^* de Montespan. Ces lettres sont toutes entières de la main de Bossuet. L'une d'elles porte la date du 20 juillet 1670, et l'autre, ^ui est antérieure, ne porte aucune date. Cette preuve défait est plus décisive que tous les raisoun,emeus de l'auteur des EdaiiQissçmms.^

Page 1