LIVRE CINQUIEME
la Cour. Ils c'toient inallieureusenient secondes par les inteicts et les passions de celte foule de courtisans, qui redoutoient l'auste'rité des maximes de Bossuet , et qui craignoient de voir succéder aux fêtes, aux plaisirs, et à l'accès plus facile que la socie'lé de M""^ de JJoJitespan donnoil auprès du Roi, le triste et sombre aspect d'une Cour qui seroit portée à exercer sur les autres la rigidité de conduite et de principes qu'elle se seroit imposée à elle-même.
On affectoit de s'étonner de la rigueur que l'on, mettoit à exclure de la Cour, une femme que sa naissance et son rang y plaçoient naturellement ;, qui y étoit revêtue de la première charge du palais de la Pleine (0, et qui ne pouvoit en être dépouillée sans une extrême injustice, puisqu'il étoit constant qu'elle n'avoit point recherché la faveur du E.oi , et que sou seul tort peut-être étoit de s'être montrée trop foible pour un prince qui la punissoit si cruellement des fautes dont il étoit encore plus coupable qu'elle; que d'ailleurs il étoit facile de concilier la présence de M™'' de I\loiitespa?i avec les justes et religieuses dispositions du Pioi,qu'il n'existeroit plus de scandale dès le moment oii le Roi ne la verroit plus en particulier, et qu'elle ne tiendroit à la Cour que par le rang et les fonctions qui l'attachoient au service de la Reine. On ajoutoit qu'on pouvoit se reposer avec sécurité sur le caractère d'un prince accoutumé à commander à toutes ses volontés comme à celles des autres , et qu'une pareille conduite auroit même plus de dé-
(«/ M™* de Montespan étoit surintendante de la maison de la Reine.
6o HISTOIRE DE EOSSUET,
ceace et de dignité' qu'un e'clat imprudent qui aîloil exciter le zèle indiscret de tous ceux qui chercheroient à couvrir leur intérêt et leur ambition du voile de la religion.
De pareils raison nemens , dont il e'toit aussi facile d'apercevoir la vanité que les véritables motifs , n'auroient assurément rien changé aux premières dispositions de Louis XIV, si malheureusement son propre cœur n'eût pas été complice des insinuations intéressées de ses courtisans, et si une séparation de quelques mois n'eut pas en quelque sorte ajouté une nouvelle vivacité à sa passion pour M™^ de Montespan.
Louis XIV n'étoit pas encore revenu de l'armée, il n'avoit pas encore vu M™^ de Montespan, et déjà il avoit fait parvenir ses ordres à Versailles, pour qu'elle s'y trouvât au moment oii il y arriveroit. Bossuet, averti d'un changement si imprévu, crut devoir tenter un dernier effort («). Il se rendit au-devant du Roi à huit lieues de Versailles, et parut devant lui. Il n'eut pas besoin de parler. La tristesse religieuse empreinte sur son visage, révéloit toute la douleur de son ame. Aussitôt que Louis XIV l'aperçut, il lui adressa ces paroles accaliluntes : « Ae me dites rien ; j'ai donne mes » ordres pour quon prépare au château un lo- » geinent à M'"* de Montespan ». Bossuet ne put que se taire et gémir.
C'est à cette circonstance remarquable de' la vie
de Bossuet, que le père de la Rue a fait allusion
dans son éloge funèbre : « A combien de pécheurs
» a-l-il dit, avec le zèle d'un Jean -Baptiste : Non
(«) Mis. de Ledieu.