LIVRE CINQUIÈME
» a la Cour dans les promenades publiques, qu'en- » vironné de l'élite du clergé. » Les générations s'étoient succédées, d'autres disciples avoient remplacé les premiers disciples de Bossuet; mais il étoit toiijoui"S resté le chef et T oracle de cette école de religion et de science.
« {^) Cétoit un spectacle imposant pour tout ce K qui liabitoit Versailles, de voir jusqu'à la fin de » sa vie ce vieillard vénérable par ses cheveux » blancs, et plus encore par tant de travaux et de 1) gloire, se promener, suivi de ce nombreux cor- » tége , dans les ailées du peiit parc de Versailles , » et surtout dans celle que toute la Cour étoit cony> venue d'appeler Vallée des Philosophes , » pour consacrer en quelque sorte le souvenir des promenades de Bossuet et de ses disciples.
Ces philosophes (0 étoient, comme on l'a dit, Fénélon , l'abbé Fleury, Pélisson, l'abbé Renaudot, l'abbé de la Broue, l'abbé de Langeron, l'abbé de Saint-Luc, la Bruyère, l'abbé de Longuerue, Cordemoi et quelques autres. « (^) Cétoit dans ces » promenades qu'où voyoit Bossuet résoudre les » difficultés qu'on proposoit sur l'Ecriture sainte, » expliquer uu dogme , traiter un point d'histoire » ou une question de philosophie. Là régnoit une » entière liberté. On parloit de tout indifférem- » ment, sans gène, sans prétention. Aux plus » graves discussions sur la religion et sur la phi- )) losophie se mêloient des réflexions sur les noui> veaux ouvrages de Uttérature qui occupoient le 5) public j et souvent Bossuet, entraîné par son goût
('^) Mts. de Ledieu. — {^) Ibid.
(.0 II est assez piquant d'observer comment , en inoins d'uu siècle, ce nom de philosophe a changé d'acception, ï. II. <v I *
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j) pour tout ce qui étoit grand et sublime, récitoit » avec une mémoire imperturbable les plus beaux » morceaux des poètes anciens et modernes. »
Quelquefois même avec cette simplicité naïve que n'exclut pas le génie , « («) il laissoit lire devant » lui quelques fragmens de ses propres ouvrages ; » il recueilloit les observations de tous ceux qui » l'écoutoient; il profitoit de leurs avis pour y faire » tous les changemens et toutes les corrections qu'on » paroissoit désirer. C'est ainsi, ajoute l'abbé Le- » dieu, que fut lue et corrigée en i-joS , aux pro- » menades qu'il fit pendant son dernier séjour à » Versailles, sa Politique sacrée, à laquelle il met- » toit la dernière main, et qu'il étoit prêt à publier.» L'abbé de Choisy, revenu de ses voyages et des égaremens de sa jeunesse, alors occupé d'études plus sérieuses, ne parle qu'avec enthousiasme du bonheur qu'il a trouvé à entendre Bossuet, et à vivre avec lui.
a (<^) Quels agrémens dans sa société I quelle éga- » lité dans son humeur I quels charmes dans sa con» » versationi nous y apprenions toujours en nous )> réjouissant sans cesse, chacun avoit la liberté d'y » mettre du sien, le maître de la maison ne vou- » loit point de préférence j et si la supériorité de » son génie ne l'avoit pas fait recounoître , sa mo- » destie l'eût fait oublier. »
IT. — Conférences sur l'Ecriture sainte.
Ces promenades philosophiques , qui rappellent en quelque sorte celles de Platon et des premiers fondateurs des écoles de la Grèce, avoient com-
(") Mts. de Ledieu. — \p) Eloges de Bossuet par l'abbé de Choisy.