‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 45 sur 120 · XIV. — L'assemblée de 1682 adopte les ir articles · texte numérisé non relu

XIV. — L'assemblée de 1682 adopte les ir articles

Ce fut le 19 mars 1682, que l'assemblée du clergé fit cette célèbre Déclaration , qui est un des beaux titres de la gloire de Bossuet et de l'Eglise de France.

Deux jours auparavant ( le 17 mars), l'évêque de Tournai fit un rapport pour préparer la décision de l'assemblée. Ce rapport est un véritable traité sur cette matière importante. Il est plein d'érudition et de recherches. Il annonce que l'évêque de Tournai s'étoit livré à une étude approfondie de l'histoire ecclésiastique; mais la forme en est sèche, pénible, et manque de chaleur et de dignité; ou peut même lui reprocher de l'a-

voir chargé d'une érudition qui auroit pu être présentée avec plus d'art et de goiit. C'est dans ce genre de mérite qu'excelloit éminemment Bossuet, dont le génie ne se montroit jamais avec plus d'éclat que dans l'emploi des textes de l'Ecriture et des Pères.

C'est ce qu'on remarque d'une manière sensible dans la Déclaration de 1682. Les quatre articles qu'elle proclame, sont presque entièrement composés des propres paroles répandues dans les écrits des Pères de l'Eglise , dans les canons des conciles , e t dans les lettres mêmes des souverains pontifes. Tout y respire («) cette gravité antique qui annonce en quelque sorte la majesté des canons faits -partesprit de Dieu, et consacrés par le respect général de Vunii'ers (0.

Le préambule mérite une attention particulière; il manifeste clairement l'intention et la pensée de Bossuet. On voit dans quel esprit il a conçu, rédigé et présenté cette célèbre Déclaration. Il est impossible de ne pas y reconnoître que Bossuet s'est également proposé de réprimer ceux qui dégradent l'autorité légitime du saint Siège, et ceux qui l'exagèrent à un degré incompatible avec les maximes de la religion et avec les principes de la soumission due aux puissances de la terre. ,

Cette Déclaration est connue de tout le monde; il est peu d'actes ecclésiastiques qui aient eu autant de solennité et obtenu autant d'autorité. Mais c'est surtout dans la vie de Bossuet qu'elle doi^t être inscrite comme le plus beau monument de son histoire.

C") Dans le texte latin.

(0 Canones spiritu Ddconditos, et tolius mundi reyerentict consecratos.

l42 HISTOIRE DE B03SUET ,

Cleri Galligani declaratio de ECCLESIASTICA

rOTESTATE.

Die 19® martii 1682.

« Ecclesîœ Gallicanœ décréta et liberlates à 5) majoribus nostris tanto studio propugnatas , ea~ » rumque fundanieiita sacris canofdbus et Patriini » Iraditione nixa -, mulli dlruere moliuntur ; nec » desunt qid eariini obtenlu priniatiim beati Pétri , » ejiisqiie successorum Romanorum Pontificitni à » Christo institiitum , iisqiie dehitam ab omnibus » Christianis obedientiani, Sedisque Apostolicœ, in » qua fides prœdicrztur, et wdtas sen^atur Eccle- » siœ , rcverendam omnibus gentibus majestatem » imminuere nonvereantur. Hœretici quoque nihil 5) prœteî^mittunt , quo eam poteslatem , qud pax » Ecclesiœ conlinetur, imddiosani et gravent regi- » bus et populis ostentent , iisque Jraudibus sim- » plices animas ab Ecclesiœ mairis , Chrisùque î) adeo communione dissocient. Quœ ut incommoda ï> propulsemus , nos Arckiepiscopi et Episcopi Pa- » risiis mandato regio congregati , Ecclesiani Gal- » licanam repixesentanles und cum cceieris eccle- » siasticis viris nobiscuni deputatis, diligenti tractatu » Iiabito, hœc sancienda et declaranda esse duxir> mus.

» Primùm : beato Petro ejusque successoribus , » Christi vicariis ipsique Ecclesiœ rerum spiritua- » lium et ad œternam salutem pertinentium , non » auteni , civiliumy ac (emporaliuni à Deo tradilani

DECLARATION DU CLERGE DE FrANCE SUR LA PUISSANCE ECCLÉSIASTIQUE.

Du 19 mars 1682.

« Plusieurs s'efTorcent de renverser les décrets » de l'Eglise gallicane, ses libertés qu'ont soute- » nues avec tant de zèle nos ancêtres, et leurs » fondeinens appuye's sur les saints canons et sur » la tradition des Pères. Il en est aussi qui, sous i> le pre'texte de ces liberte's , ne craignent pas de » porter atteinte à la primauté de saint Pierre et » des pontifes romains ses successeurs, instituée » par JÉSUS -Christ, à l'obéissance qui leur est » due par tous les Chrétiens , et à la majesté si » vénérable aux yeux de toutes les nations du » Siège apostolique où s'enseigne la foi et se con- » serve l'unité de l'Eglise. Les hérétiques, d'autre » part, n'omettent rien pour présenter cette puis- » sance qui renferme la paix de l'Eglise , comme » insupportable aux rois et aux peuples, et pour » séparer par cet artifice les âmes simples de la » communion de l'Eglise et de Jésus-Curist. C'est » dans le dessein de remédier à de tels inconvé- » niens, que nous, archevêques et évéques assem- » blés à Paris par ordre du Pvoi , avec les autres dé- » pûtes, qui représentons l'Eglise gallicane, avons » jugé convenable , après une mure délibération , » d'établir et de déclarer ;

» Que saint Pierre et ses successeurs , vicaires » de JÉSUS -Christ, et que toute l'Eglise même » n'ont reçu de puissance de Dieu que sur les choses » spirituelles, et qui concernent le salut, et non

l44 HISTOIRE DE BOSSUET,

» potestalem , dicente Domino : regnum meum noiv » EST de hoc mundo, et itentm, reddite ergo qu.e

» SUNT C.ESARIS C.ESARI , ET QU.E SUNT DeI Deo ; aC

» proinde stare apostolicutn illud : ominis anima

» POTESTATIBUS SUBLIMIORIBUS SUBDITA. SlT J NON EST » ENIM POTESTAS NISI A DeO : QU^ AUTEM SUNT, A » DeO ORDINATA SUNTJ ITAQUE qui POTESTATI RE- » SISTIT , DeI ORDINATIONI RESlSTIT. RcgeS CrgO et

» principes in temporalihiis nulli Ecclesiasticœ po- » testati Dei ordinatione subjici, neqiic auctori- )) tate claviiini Ecclesiœ ^ directe vel indirecte r/e- » poni , aut illoriun suhditos exinn à fide atque » obedientid , ac pnvstito fidelitaiis sacramento » soli>i posse ; eamqiie sententiam puhlicœ tran- » quillitali necessariam , nec minus Ecclesiœ quant y> imperio utilem, ut verbo Dei ^ Patnim tradi^ » tioni et sanclorum exemplis consonani , omnin» » retiiiendam.

» Sic autem inessc apostolicœ Sedi ac Pétri suc' » cessoribus Christivicariis rerum spiritualium ple- » nam poteslatem , ut simul valeant atque immola » consistant sanctœ œcumenicœ Synodi Constan- » tiensis li Sede apostolicâ comprobata , ipsoque » Romanorum Pontificum ac totius Ecclesiœ usa » confirmaia y atque ah Ecclesid galiicand perpe-

» point sur les choses temporelles et civiles; JÉî> sus-CuRiST nous apprenant lui-même que son w royaume nest point de ce monde ^ et en un autre » endroit , qu il faut rendre a César :e qui est à Ce- » sar^ et a Dieu ce qui est a Dieu ; et qu'ainsi ce V pre'cepte de l'apôtre saint Paul ne peut en rien » élre altéré ou ébranlé : Que toute personne soit » soumise aux puissances supérieures ; car il nj" a r> point de puissance qui ne vienne de Dieu, et » c^est lui qui or^donne celles qui sont sur la terrv; » celui donc qui s'oppose aux puissances y résiste a » l'ordre de Dieu, Nous déclarons en conséquence » que les rois et les souverains ne sont soumis à Ta aucune puissance ecclésiastique par l'ordre de » Dieu dans les choses temporelles; qu'ils ne peu- » vent être déposés directement ni indirectement » par l'autorité des chefs de l'Eglise ; que leurs sujets » ne peuvent être dispensés de la soumission et de » l'obéissance qu'ils lui doivent , ou absous du ser- » ment de fidélité, et que cette doctrine, nécessaire w pour la tranquillité publique et non moins avan- » tageuse à l'Eglise qu'à l'Etat , doit être inviola- » blement suivie comme conforme à la parole de » Dieu, à la tradition des saints Pères et aux exem- » pies des saints.

» Que la plénitude de puissance que le saint » Siège apostolique et les successeurs de saint » Pierre , vicaires de Jésus - Christ , ont sur les » choses spirituelles, est telle, que les décrets du y* saint concile œcuménique de Constance, dans les » sessions IV et V, approuvés par le saint Siège ») apostolique , confirmés par la pratique de toute

BOSSUET, n, 7

i46 nisToiRi: de bossuet,

» tua religione custodita décréta de aucloritate » conciliorum generalium , quce sessione quartâ et » quinlâ continentur, nec probari a gallicana Ec- » ulesia , qid eoruni decrelorum , quasi duhiœ sint » auctoritatis ac minus approbata , robur infrin- » gant, aut ad solum schismatis tempus Concilii » dicta detorqueant.

» Hinc apostolicœ poteslatis usum moderandum. » per canones spiritu Dei conditos et totius mundi » reverentiâ consecratos : valei^e etiam régulas , ■» mores et instituta a regno et Ecclesia gallicana » recepta , Patiixmque terminas manere inconcus- » sos; atque id perlinere ad amplitudinem aposto- » licœ Sedis , ut staluta et consuetudines tantœ sc' » dis et ecclesianim consensione firmata , propriain )) stabilitateni obtineant.

» Infidei quoque quœstionibus , prœcîpuas suni' » mi Pontificis esse partes, ejusque décréta ad » omnes et singulas ecclesias perlinere, nec tamen » irrejormabile esse judicium , nisi Ecclesiœ con- » s en sus accesserit,

î) Quœ accepta a Patribus ad omnes Ecclesias » Gallicanas atque episcopos lis Spiritu sancto » auctore prœsidentes ; mittenda decrevimus ; ut » idipsum dicamus omnes , simusque in eodcm î> sensu et in eadem sententia ».

y> VEglisc cl des ponlifes romains, et observes re- » ligieusenient dans tous les temps par i'Eglisft » gallicane , demeurent dans toute leur force et » vertu, et que l'Eglise de France n'approuve pas » l'opinion de ceux qui donnent a Hein Le à ces dé- » crets, ou qui les atroiblissent en disant que leur V autorite' n'est pas bien établie , qu'ils ne sont » point approuvés, ou qu'ils ne regardent que le » temps du schisme.

» Qu'ainsi l'usage de la puissance apostolique » doit être réglé suivant les canons faits par l'es- » prit de Dieu, et consacrés par le respect général ; » que les règles, les mœurs, et les constitutions » reçues dans le royaume doivent être maintenues, ■a et les bornes posées par nos pères demeurer inéw branlables; qu'il est même de la grandeur du » saint Siège apostolique que les lois et coutumes » établies du consentement de ce Siège respectable 3) et des églises, subsistent invariablement.

» Que , quoique le Pape ait la principale part dans yf les questions de foi , et que ses décrets regardent » toutes leséglises et chaque église en particulier, son » jugement n'est pourtant pas irréformable,à moins î) que le consentement de l'Eglise n'intervienne.

)) Nous avons arrêté d'envoyer à toutes les i) églises de France et aux évêques qui y président » par l'autorité du Saint-Esprit, ces maximes que nous avons reçues de nos pères, afin que nous « disions tous la même chose, que nous soyons j tous dans les m.êmes sentimens, et que nous suivions tous la même doct ine ».

j4B histoire de eossuet,

Cette déclaralioii fut signée par les trente-quatre archevêques et évéques, et par les trente-quatre députe's ecclésiastiques, qui composoient rassemblée (0.

L'archevêque de Cambrai ( M. de Brias , prédécesseur immédiat de Fénélon ) en émettant son avis , fit une réflexion remarquable. Le Cambrésis et la partie de la Belgique qui en étoit voisine , venoient d'être réunis à la France par le traité de INimègue en 1679; et c'étoit la première fois qu'on vojoit un archevêque de Cambrai et ses suffragans

(1) ^ i<>-a7îa5C«5 , archiepiscopus Parisiensis , praeses, •J" Carolus-Wauritius , archiepiscopus dux Rhemensis. ^ Carolus Ebredunensis , archiepiscopus.

^ Jacobus, archiepiscopus diix Cameracensis. •J* Hyacinthus , archiepiscopus Albiensis. •^ 31. Phelipeaux , archiepiscopus Bituricensis. •^ Lud. de Bouvlemont , archiepiscopus Burdigalensis* •]* Jac.-IYicoL Colbert, coadjuior Rothomageasis. •f Gilbertus , episcopus Tornacensis.

"^ Henricus de Laval, episcopus Rupellensis. •j' Nicolaus , episcopus Regiensis.

*J" Daniel de Cosnac , episcopus Valent, et Diensis» «J* Gabriel, episcopus Ediiensis.

•|* Guillelmus , episcopus Vasatensis.

•\ Gab.-Ph. de Froulay de Tessé, episcopus Abrincensis, •J" Joannes , episcopus folonensis.

•^ Jac.-Benignus , episcopus Meldensis.

•J" Sebastianus de Guemodeuc , episcopus Macloviensis. •j* L. M.-Ar. de Simiane de Gardes , episc. Lingoueosis •J" Fr. Léo , episcopus Glanda lensis.

«J* Lucas d'Aquin, episcopus Forojuliensis- •J' J.-B.-M. Colbert ^ episcopus Montisalbani. •{• Carolus de Pradel, episcopus Montis-PessulaDt. •i* Franciscus-Placidus , episcopus Mimateasis, •j' Carolus , episcopus Yaurensis.

prencire place dans une assemblée de TEglise gallicane. Ce prélat ne craignit pas d'avouer avec candeur « qu'ayant été nourri dans des maximes op- » pose'es à celles de l'Eglise de France, il n'avoit » pas cru d'abord pouvoir être de l'avis commun; » mais qu'il ëtoit obligé de dire qu'il avoit été con- » vaincu de la force de la vérité établie par M. i'é- » véque de Tournai et par MM. les commissaires, » et qu'il étoit maintenant bien persuadé que leur » sentiment étoit le meilleur ; q ii' il y entroil d'au- » tant plus volontiers j quon ne prétendoit pas en •» faire une décision de Joi , mais seulement en » adopter l'opinion. »

L'assemblée crut devoir consigner dans son procès-verbal cette déclaration de l'archevêque de Cambrai*

•j' Andréas, episcopus Antissiodorensis.

■j* Franciscus , episcopus Trecensis.

•}- Lud. Ajid. , episcopus cornes Cathalaunensis.

\ Fr. Ignatius , episcopus cornes Trecoreusis.

•J* Petrus, episcopus Bellicensis.

-^ Gabriel, episcopiis Conseranensis.

■j' Lud.-Alphonsus , episcopus Alectensis.

•^ Humbertus , episcopus Tutelensis.

\ J.-B. d'Estampes , episcopus Massiliensis.

De Lusignan, de Franque^^ille , d'Espinay de Saint-Luc, Cocquelin , Lambert, de Bemiond , de Fleury , de Viens, Feu, de Maupeou , Lefranc de la Grange, deSenaux, Parra, de Boche, de Ratabon, de Poudenx, Bigot, de Gourgue, de Villeneuve de Vence, Leny de Coadletez, Lafaye, de Lescure, Leroi, de Soupets , Argond de Canus, de Bawssc.t, praepositus Massiliensis , Bochard -de Champigny , de Saint-Georges, cornes Lugdunensis , Courcier, Che'ron , Faure, Maucroix , Gerbais , de Guënegaux , de Camps , de la Borey, Bazin de Bezons, cleri gallic. ageus generalis; Desmareti , cleri gallicani agens generalis.

l5o HISTOIRE DE EOSSUET,

Bossuet ïui-mème fit usage dans la suite de cette déclaration , pour montrer que les e'véques de France ne s'e'toient proposé dans les quatre articles que de manifester l'opinion de l'Eglise de France, sans avoir prétendu rédiger une profession de foi qui dût être commune à tous les Catholiques; et il lait observer à ce sujet « («) que le discours de Var- » chevéque de Cambrai fut approuvé de toute Cas- » semblée , et que pour en pe/jfétuer la mémoire , il y* fut inséré dans les actes ».

Mais ce qu'il est important de remarquer, c'est que l'édit du Roi qui fut rendu quatre jours après ( le 23 mars 1682 ) pour donner force de loi à la déclaration du clergé , fut rendu à la demande même de l'assemblée, et que le Roi se conforma dans toutes ses dispositions au projet qu'elle avoit présenté (0.

L'assemblée alloit même encore plus loin; elle -demandoit « que l'édit prononçât que le serment » que les bacheliers eu théologie font à Paris au » commencement de tous les actes, dans lequel on » a introduit depuis quarante ou cinquante ans l'o- » bligation de ne rien dire ou écrire, qui soit con- » traire aux décrets des papes sans restriction, sera » réformé; et pour cet effet, on ajoutera à la fin î) de ce serment : décrets et constitutions des papes » acceptés par l'Eglise. »

L'édit du 23 mars 1682 ne fait aucune mention

(") Dissert. prœi^. n. G.

(') L'article ii« ajoute seulement « que les syndics des Fa~ :> cultes de théologie présenteront aujc procureurs généraux, » comme aux ordinaires des lieux , des copies des sourais- 3j siens des professeurs , pour s'obliger à enseigner la doc-^ )) trine de la Déclaration^ »

LIVBE SlXlÈMi:. 1^1

de cette disposition , et nous ignorons le» motifs qui dëtei minèrent le gouvernement à écarter cet article du projet présenté par l'assemblée.

Ainsi l'on doit à Bossuet, non-seulement d'avoir rédigé la célèbre déclaration du clergé de France, mais encore d'y avoir apporté autant de modération que de fermeté. Il avoit pesé avec tant d'exactitude toutes les expressions des quatre articles^ que s'il ne put échapper entièrement aux déclamations de quelques ultramontains exagérés, jamais on ne put trouver à Rome le plusfoible prétexte de censurer une doctrine qui étoit appuyée sur tant d'autorités et de monumens respectables.

Il n'a peut-être jamais été donné qu'à Bossuet d'obtenir un tel ascendant sur l'opinion , non-seulement de ses contemporains, mais encore de la postérité. Plus d'un siècle s'est écoulé depuis sa mort , et telle est l'autorité du nom et de la doctrine de Bossuet , que , dans quelques circonstances et sur quelque question que ce soit, on marche toujours à sa suite avec confiance et sécurité.

Il auroit désiré («) que les quatre articles fussent accompagnés d'un écrit, dans lequel on se seroit borné à présenter les preuves les plus décisives et les plus propres à faire impression sur les esprits prévenus : dans cette vue, il avoit déjà préparé une espèce d'apologie, fondée sur les autorités les plus irrécusables , et dont Piome même ne pouvoit contester l'authenticité. Mais l'archevêque de Paris ( M. de Harlay) en convenant del'utilité du projet, crut y apercevoir des inconvénieus qui le portèrent à l'écarter, et peut-être seroit-il injuste de lui eu faire un reproche.

^») Mts. de Ledieu,

iSi HISTOIRE DE EOSSUIET,

II put croire que la doctrine de l'Eglise gallicane n'avoit besoin que de se montrer pour se défendre , et nue ce seroit en quelque sorte douter de son orthodoxie , que de paroître croire qu'elle eût besoin d'une apologie. Mais M. de Uarlay étoit encore plus fondé à craindre que cette apologie ne fut une espèce de défi et d'appel à tous les écrivains ul tram on tain s ; que ce seroit provoquer les contradictions, au lieu de les prévenir; que dans tout ce qui est abandonné aux disputes des hommes, les opinions les plus raisonnables et les mieux fondées ne peuvent échapper à toutes les objections; qu'en un mot ce seroit ouvrir inutilement un vaste champ de controverse; qu'il valoit mieux attendre qu'on fut attaqué pour se défendre, et qu'on seroit toujours à temps de répondre aux objections qu'on feroit, sans s'épuiser à résoudre des objections que l'on ne feroit peut-être jamais.

Ces considéra lions pouvoient paroître assez plausibles pour faire impression, et engager Bossuet lui-même à suspendre l'exécution de son premier dessein.

Mais ce qu'il n'a pu faire sous le nom et sous l'autorité de l'assemblée de 168.?. , il l'a depuis exécuté dans son grand ouvrage de la Défense de la Déclaration du clergé, l'un des monumens les plus imposans de la prodigieuse érudition de Bossuet, et de son dévouement à la gloire de l'Eglise gallicane (0.

Ce fut l'évêque de Tournai ( Choiseul ) qui ré-

(0 Nous prenons le parli de renvoyer aux Pièces justificatives tout ce c{ui regarde ce célèbre ouvrage de Bossuet. li exige le récit de beaucoup de faits et de détails, qui suspendroieut trop long-temps la marche de uoU:e histoire.

digea la lettre que l'assemblée crut devoir adresser à tous les évequcs de France (du 19 mars 1O82) pour leur demander leur approbation et leur adhésion aux quatre articles.

XV. — Lettre de rassemblée de 1 682 aux évêcfues de France , sur les quatre articles.

L'esprit dans lequel cette lettre est conçue, honore le caractère de l'évêque de Tournai. On a vu qu'il difTéra d'abord d'opinion avec Bossuet sur des points essentiels. Mais des évéques tels que M. de Choiseul et Bossuet, qui ne portoient dans leurs discussions que l'amour de la vérité, peuvent Inen envisager d'abord une question importante sous des points de vue opposés, mais ils finissent par se réunir dans le même sentiment; c'est ce qu'on observe dans cette lettre de l'évêque de Tournai. ISous ne parlons pas des éloges qu'il y donne au magnifique discours que Bossuet avoit prononcé à l'ouverture de l'assemblée. Ces sortes d'éloges ne sont très-souvent que des formules consacrées par l'usage et les bienséartces; mais ea cette occasion cet éloge est plus remarquable. L'évêque de Tournai y déclare formellement « que » l'heureux succès de l'assemblée doit être surtout )) attribué à V éloquence et a V érudition avec lu" » quelle M. Vévéque de Meaux assoit rappelé tous » les cœurs et tous les esprits à l'union entre eux » et au maintien de l'unité de V Eglise. »

Ce qui est bien plus honorable encore à Téveque

,de Tournai, c'est qu'on voit dans cette lettre qu'il

.étoit revenu sincèrement à l'opinion de Bossuet

sur Yindefectibilité du saint Siège, opinion qui

avoit fini par devenir celle de toute l'assemblée.

Ij/j. HISTOIRE DE Î30SSTJET,

Il rappelle Jes paroles de'cisives de saint Cyprien,' dont le te'moignage a d'autant plus de force, que ses de'mélés avec le pape saint Etienne le rendent moins suspect de prévention et d^adulation : « Ce- )) lui qui abandonne la chaire de Pierre sur la- » quelle V Eglise a été fondée , ntsl plus dans » l'Eglise j et celui qui ne conserve pas Vunitéj V n\t plus la foi. »

Fidèle à la loi que l'Eglise de France s'e'toit imposée de montrer autant d'estime et de respect pour la personne d'IiNNOCENT XI, que de fermeté pour réprimer ses prétentions ou ses entreprises, l'évêque de Tournai rend l'hommage le plus touchant « aux grandes qualités et aux vertus pasto- » raies d'un pontife qui méritoit d'être révéré non^ )) seulement comme la pierre de l'Eglise ^ mais » encore comme Vexemple et le modèle des fidè- » les dans toutes sortes de bonnes œuvres. » ''^ Cette lettre finit par ces paroles prophétiques : <( De même que le concile de Constantinople est » devenu universel et œcuménique par Vacquiesy> cernent des Pères du concile de Rome ; ainsi » notre assemblée deviendra par notre unanimité 3) lin coticile nationc/l de tout le royaume y et les M articles de doctrine que nous 'vous envoyons , » seront des canons de toute l'Eglise gallicane , » respectables aux fidèles et dignes de Vimmor- » talité. »

La Déclaration de l'assemblée de iGS-ï n'éprouva et ne pouvoit éprouver aucune opposition en France; elle ne faisoit que confirmer une doctrine qui, dans tous les temps, avoit été chère à l'Université et à la Faculté de théologie de Paris; et par un concours singulier de circonstances, celui

des ordres religieux («) qu'on accnsoitde professer habituellement les maximes les plus favorables aux prétentions ultramontaines , se irouvoit alors engage à soutenir avec ardeur la doctrine du clergé de France.

Mais c'étoit du coté de Piome que se portoient toutes les inquiétudes de Bossuet. Quoique la lettre si sévère et même si dure d'IwNocENT XI à l'assemblée sur l'affaire de la Régale dut faire présumer que la Déclaration sur la -puissance ecclésiastique le blesseroit encore plus vivement, Bossuet aimoit à se flatter que le Pape seroit assez bien conseillé pour concentrer son ressentiment dans le secret de ses pensées. Il se croyoit même fondé à présumer que la mesure qu'il avoit observée dans toutes les expressions des quatre Articles ^ les mettoit à l'abri de toute censure* et que dans l'impossibilité de les condamner, Rome auroit au moins le bon esprit de ne pas en paroître trop offensée.

Page 1