‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 46 sur 120 · XVI. — L'assemblée de 1682 est séparée · texte numérisé non relu

XVI. — L'assemblée de 1682 est séparée

JLiOuis XIV donna en cette occasion une nouvelle preuve de la modération de son caractère. Satisfait d'avoir terminé l'affaire de la Régale de la manière la plus convenable à sa dignité et à l'esprit de la discipline ecclésiastique , rassuré par les maxi' mes que son clergé venoit de proclamer, il ne voulut point que l'assemblée fît parvenir aux évéques la lettre que Bossuet avoit rédigée pour répondre indirectement au bref du 11 avril. Il crut plus conforme à ses sentimens pour le saint Siège, et même à la majesté royale, de mettre un teirae à

{^': Les Jésuites.

i5Ô HISTOIRE Dî: bossi;et,

toutes ces discussions trop animées, dans lesquelles il est souvent difficile que la charité chrétienne ne soit pas un peu altérée, et dont le moindre des inconvéniens est d'entretenir l'inquiétude des esprits, et d'offrir des prétextes à la malveillance. Il prît anéme la résolution de séparer l'assemblée, afm que les évéques et les ecclésiastiques qui en étoient membres, pussent porter dans les provinces l'excellent esprit dont ils étoient animés. D'ailleurs cette mesure de sagesse et de jji'udence lui laissoit le temps et la liberté d'attendre les résultats de l'impression que pourroit faire sur l'esprit du Pape l'admirable concert qui régnoit en France entre le gouvernement et tous les ordres de l'Etat. Les séances de l'assemblée furent interrompues depuis Je 9 mai Jusqu'au 23 juin; et le 'i3 juin l'assemblée entendit la lecture de la lettre du Roi qui prorogeoit indéfiniment sa session.

Louis XrV porta inéme les égards pour le saint Siège jusqu'aux attentions les plus recherchées. Il fit entendre qu'il ne jugeoit pas encore à propos qu'on rendît public et qu'on imprimât le procèsverbal de l'assemblée de 1G82 (•).

I^NDCENT XI ne s'expliqua pas d'abord sur la Déclaration du clergé de France ^ et son silence permettoit de croire qu'il vouloit éviter de rompre

(0 Ce qu'il y eut de plus singulier , c^est que ce procèsverbal ne fut pas même déposé aux arcîiwes du clergé. M. de Harlay le retint comme président de rassemblée j et à la mort de ce prélat en 1695, l'archevêque de Kheims ( Charles-Maurice Le Tellier ) le réclama en qualité de plus ancien archevêque de France. Ce ne fut qu'if la mort de ce dernier (en 17 10) que l'abbé de Loui^ois, son aeveUj le l'cu- ♦-iit, et ie lit déposçr aux aiclÙYCS du ckrgé.

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ouvertement avec un roi et avec une Eglise qui niéritoient tant d'cgards de la part de la Cour de Rome.

XYII. — Dispositions de la Cour de Rome,

C'est ce qu'on croit entrevoir dans une lettre que Bossuet écrivoit à Rome le i3 juillet i68'i. Il paroissoit même avoir une telle confiance aux dispositions de cette Cour, qu'en envoyant au cardinal ^'Estrëes un projet de censure qu'il avoit re'digé contre la Morale relâchée^ et que l'assemblée auroit adopté, si elle n'eût pas été tout-à-coup séparée par ordre du Roi, il se croyoit fondé à présumer que R.ome de\ oit savoir gré au clergé de France de tous ses égards et de tous ses ménagemens pour elle. Il ne doutoit même pas qa'lNNo- CEKT XI ne saisît avec empressement cette nouvelle occasion d'illustrer son pontificat, en se rendant aux vœux de l'Eglise Gallicane pour condamner dans la forme la plus solennelle les honteux excès de quelques casuistes.

Bossuet dit dans cette lettre : « (^) Une huile en y* forme comblera de gloire Iisnocent XI, et on » verra par la manière dont elle sera reçue , » que le clergé de France , quoi qii on puisse dire , » sait bien rendre le vrai respect au saint Siège , » et s'en fait honneur ; et que si on se re'sen'e » quelque liberté' dans des cas extraordinaires , » qu'on espère qui n arri^'eront jamais , on sait y> bien reconnoitre quelle autorité il y a dans la » chaire de saint Pierre , et qu on veut V élever » aussi haut quelle Va jamais été par les plus

C ) OEwres dç Bossuet, tom. xsavu; p. 2i65, éd. de Vers.

ï58 HISTOIRE DE BOSSUET ,

» grands papes et pa?^ les décrets du saint Sie'ge » les plus forts. »

Mais ces heureuses espérances ne tardèrent pas à s*e'vanouir. On exagéra même les maii\ a'ses dispositions Jii Pape pour la France. On réj aiulit les bruits les plus sinistres, et on parut craindre de sa part quelques mesures extrêmes dont les suites auroient été incalculables. On peut juger de la peine et de l'inquiétude de Bossuet par la lettre suivante.

(0 A Versailles, 28 octobre 1682.

«Je reviens, Monsieur, d'un assez long voyage » que j'ai fait en Normandie, et la première chose j) que je fais en arrivant, avant même que d'en- » trer à Paris où je serai ce soir, c'est de répondre » à votre dernière lettre.

» Elle me fait une peinture de Vétat présent de » la Cour de Rome qui me fait trembler. Quoi! » Bellarmin y tieîit lieu de tout et y fait tout seul » toute la tradition ! Où en sommes-?ious , si cela î) est, et si le Pape va condamner ce que coU" » damne cet auteurl Jusquici on na osé le faire ; » on na osé donner cette atteinte au concile de » Constance , ni aux Papes qui Vont approuvé. » Que répondrons - nous aux hérétiques , quand » ils nous objecteront ce concile et ses décrets réw pétés à Baie avec V expresse approbation </^Eu- » GENE IV , et toutes les autres choses que Rome » a faites en coîifîrmation ? Si Eugène IV a » bien fait en approuvant authentiquement ces dé- » crets , comment peut- on les attaquer? Et s^il a w mal fait , oiienétoit, diront-ils, cette infailli-

("} liCttre de Bossuet à M. Dirois , OEu^res de Bossuet:, tom. xxxYiij p. 266, cdit. de Vers. in-d°.

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