‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 51 sur 120 · LIVRE STXlÈ^rE · texte numérisé non relu

LIVRE STXlÈ^rE

obtint que les députes de l'assemLlee de 1682 récemment nommés à des arclievccliés ou évéché», lui écriroieut incUi'idiiellenicnt une lettre de satisfaction et de regret sur les évënemcns qui avoient eu lieu. Rien n'étoit plus didlcile et plus délicat, que de concilier dans un tel acte les prétentions du Pape avec ce que les nouveaux évéques de^ voient au Roi, à l'Eglise gallicane^ et se dévoient à eux-mêmes. Ce qui rendoit cette démarche encore plus embarrassante, c'est qu'il paroît que des considérations politiques du plus grand intérêt portoient alors Louis XIV à vaincre ses premières répugnances, et à consentir à des sacrifices pour rétablir une entière harmonie entre les deux Cours.

Le chancelier d'Aguesseau nous a conservé dans ses mémoires les détails de la longue et difficile négociation qui prépara cette réconciliation , et nous nous bornerons à rapporter ses paroles.

Tant qu'Innocent XI vécut, il fut impossible de rien espérer, ni de rien obtenir. On crut trouver des dispositions plus favorables dans son successeur.

« («) Mais ce fut sans succès que l'on négocia » pendant le cours du pontificat d'Alexandre YIII, » pour faire cesser le refus des bulles. Ce pontife » voulut, à Texemple de son prédécesseur, que » ceux des évéques nommés qui avoient assisié à » l'assemblée de 1682, fissent une rétractation au- » thentique du décret qu'il supposoit qu'elle avoit » fait sur la puissance ecclésiastique.

. » Le R.oi se croyoit bien fondé à refuser cette » rétractation , et ses ministres représentèrent

■ W OEui^res du chancelier d'Aguesseau, tom. x.ni, p. 4i^- BOSSUET. II. 8

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» plusieurs fois par ses ordres au pape Alexan- » cire YIII, que l'assemble'e de 1G82 n'avoit point » fait un décret , mais seulement une simple de'- » claration de la doctrine du clergé du royaume ; » que s'il persistoit plus long-temps à suspendre » les bulles, la France seroit obligée de chercher » d'autres moyens pour donner des pasteurs à la » moitié des églises du royaume , qui étoient de- » venues vacantes depuis le commencement de ce » différend.

» Cette fermeté du Roi à refuser tout ce qui » pouvoit avoir l'apparence d'une rétractation , y> adoucit enfin le pape Alexandre YIII , et il se » réduisit à demander que Sa Majesté voulût bien » cesser de tenir la m^ain à Texécution de l'édit » qu'elle avoit publié pour autoriser les délibé- » rations de cette assemblée au sujet de la puisw sance spirituelle et temporelle des papes, et en » assurer Sa Sainteté par une lettre de sa main; w et que de plus , pour sauver l'honneur de lu » Cour de Rome, qui ne vouloit pas avouer d'avoir » prétendu aussi long-temps , sans nulle raison , ») une rétractation de la part des évéques nommés » qui av oient été de l'assemblée , ils lui écrivissent » une lettre d'honnêteté, que l'on pût regarder » à Rome comme une satisfaction, et qui contînt y> au moins des assurances quils navoient pas eu » intention de rien définir ni régler dans cette as* » semblée^ qui pût déplaire au saint Siège,

» Le R-oi voulut bien se prêter à ce tempérai> ment , et l'on traita pour concerter le projet » de la lettre proposée. Mais cette négociation, » qui sembloit ne dépendre que du choix de quel- }> ques expressions , qui pussent également con-

» venir de part et d'autrv, traîna en longueur. La » Cour de Rome vouloil toujours que les lettres w des ëvèques nommes continssent au moins deux » ou trois termes qui pussent être regardés comme )» une réparation de l'offense prétendue; et le E.oi » avoit un grand intérêt à rejeter ces exprès- >» sions , qui auroient été interprétées à Pvome » comme une renonciation aux anciennes maxiy> mes du royaume et aux libertés de l'Eglise gai- » licane. »

Mécontent delà fermeté du Roi , Alexandre VTII reprit ses premiers sentimens, conformes à ceux de son prédécesseur; il dressa le 4 août 1690 une constitution « par laquelle il cassoit et au- » nuUoit de son propre mouvement, et en vertu » de sa pleine puissance, les délibérations et ré- » solutions de l'assemblée de 1682 , tant sur la » Régale, que sur la puissance ecclésiastique, les » déclarant dès-lors et à jamais nulles et de nulle » valeur.... »

Mais il n*osa pas rendre cette bulle publique , et ce ne fut que le 3o janvier 1691 , veille de sa mort, qu'il la communiqua aux cardinaux, et ordonna qu'elle fût afiichée dans Rome {}].

(•) C'est au sujet de cette bulle que Bossuet s'exprime ainsi ( chap. X de sa Dissertation préliminaire de la Défense des quatre articles) :

« On nous parle d'vine protestation d' Alexandre VIII, qui )j proscrit, dit-on , la Déclaration du clergé de France. Cette 1) protestation n'est point venue jusqu'à nous par les voies D ordinaires. Mais n'importe, ne disputons point, et suppo- » sons-la véritablement émanée de ce pape. Quen pourra- » t-on conclure? Je supplie nos adversaires de la lire et la » relire , telle qu'elle a été répandue dans le public, de Tcxai> miner scrupuleusement , d'en peser toutes les expressions ;

La nouvelle de cette bulle n'arriva en France qu'avec celle de sa mort; et Louis XI V^ ne crut pas devoir faire usage de son autorité contre une constitution qui n'ëtoit revêtue d'aucune des formes ne'cessaires pour lui donner en France le caractère de l'autorité.

« («) Ce prince crut même devoir retenir le zèle

V du Parlement; il fit venir le premier président, » et lui dit qu'il pouvoit présumer que cette con- » stitution n'avoit pas été faite , puisqu'il ne l'avoit » reçue que par des voies indirectes; que si le Pape 3) l'avoit effectivement publiée la veille de sa mort,

V comme on le disoit , cet acte marquoit claire- •» ment la foiblesse de l'esprit d'un homme mou- » rant, et étoit si défectueux, qu'il tomberoit de •» lui-même ; qu'il y avoit lieu de croire que les car-

V dinaux assemblés pour l'élection d'un nouveau y> pape, ne donne roient leurs suffrages qu'à celui » d'entre eux qui auroit toutes les dispositions né- » cessaircs pour rétablir au plus tôt une parfaite in- » telligence entre la France et la Cour de Rome, î) Qu'il souliaitoit en conséquence que le Parlement » gardât le silence sur les copies informes qui s'en » étoient répandues.

» Les choses se passèrent à Rome ainsi que le

3) et je suis siir qu'ils n'y trouveront pas un seul mot qui tende 3> a imputer aux Français une doctrine fausse. Cependant si 5> nous avions enseigné une doctrine ou suspecte dans la foi, )> ou erronée , ou hérétique , ou schismalitpie , il étoit essen- 3) tiel de ne pas supprimer cette circonstance principale de }) l'accusation. Or je puis assurer avec autant de confiance 5) que de vérité , cpie l'auteur de la protestation évite avec un ■)) soin tout particulier les différentes qualifications dont on M a coutume de flétrir les doctrines erronées ou perverses. i> C») OEiwres du chancdkr d'^guessçau , tom. xiii.

« Roi l'avoit espéré. Le cardinal Pignatelli fut élu » pape sous le nom (I'Innocent XII. Il parut, tics le » commencement de son pontificat, dans les dis- » positions que la France pouvoit souhaiter; et il w en assura le Roi par un bref de sa maiH.

» On reprit la négociation sur les termes qui de- » voient former le projet de la lettre qui devoit » être écrite à Sa Sainteté par les é\ êques nommés » qui s'étoient trouvés à l'assemblée de i68'2. Le » Roi voulut bien que ceux qui n'y avoient pas as- » sisté, reçussent dès-lors leurs bulles j et l'on con- » vint qu'elles ne seroient plus refusées aux autres , » après qu'ils auroient écrit à Sa Sainteté la lettre » dont il s'agissoit de concerter le projet.

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