LIVRE SEPTIEME
sentcr la soustraction du calice comme une sacrilège innovation de l'Eglise romaine.
Bossuet entre ensuite dans une discussion dogmatique sur tous les caractères du sacrement de l'Eucharistie, sur l'objet et la fin que Jésus-Christ s'est proposés dans son institution , et sur les effets qu'il lui a attachés. Mais le développement de toutes ces questions n'est pas de nature à entrer dans un récit historique.
Aussitôt que cet ouvrage de Bossuet fut devenu public, il excita une grande sensation parmi les Protestans eux-mêmes. C'est en parlant du Traité de la Communion sous les deux espèces, que Bayle écrivoit (et son jugement sur une pareille matière ne peut pas être suspect) : « Cet ouvrage ni a » -paru fort délicat , fort spirituel, et d'une honnê- » teté envers nous, qui ne peut être assez louée ^ » serré, judicieux , et déchargé de tout ce qui ne yy fait pas a la question. »
Ce n'étoit pas sans raison que cet ouvrage répandoit une espèce d'inquiétude générale parmi les ministres protestans. Ils ne pouvoient guère se dissimuler que le plus grand nombre de leurs prosélytes, surtout dans la classe du peuple, ne tenoit plus à leur religion que par cet acte extérieur de leur liturgie.
Ce fut dans la vue de prévenir l'impression que pouvoit produire sur la multitude le Traité de la Communion sous les deux espèces, que deux ministres protestans entreprirent de le réfuter.
Tous les deux défendirent leur cause avec talent et habileté. « Leurs réponses, dit Bossuet, sont » toutes deux de bonne main, toutes deux vives, » toutes deux savantes, w Larroque , ministre pro-
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testant à E.ouen , justement estimé dans son parti , et déjà connu par un ouvrage intitulé : Histoire de l'Eiichatistic ^ étoit auteur de la première. Le nom de l'auteur de la seconde est resté inconua.
« Le premier, ajoute Bossuet («) , me traite avec » beaucoup plus de civilité en apparence, et l'au- » tre allecle au contraire je ne sais quoi d-e cha- » griu et de rigoureux. Mais il n'importe pour h; » fond ; car enfin avec des tons diiïerens , ni l'un » ni l'autre ne m'épargnent. Ils ont déterré toutes » les antiquités, et je puis dire que la matière est » épuisée. »
Bossuet donna à sa réponse le titre de Défense de la tradition de la Communion sous une espèce , et il la fonda entièrement sur leurs propres aveux^ et sur les témoignages mêmes qu'ils invoquoient.
Elle est composée de deux parties; l'objet de la première est de prouver que les Protestans, étant dans l'impossibilité de déterminer par l'Evangile ce qui est essenliel à la communion, ils ne peuvent se déterminer sur cette matière que par l'autorité de l'Eglise et de la tradition.
Il fait voir dans la seconde que la tradition de tous les siècles , dès l'origine du christianisme , laisse la liberté d'user indifféremment d'une seule espèce, ou des deux ensemble.
Tel est le plan des deux parties qui composent cet ouvrage de Bossuet, et tel est l'état dans lequel il l'a laissé manuscrit , sans le publier.
Après sa mort, l'abbé Bossuet son neveu, le fit comprendre au nombre des ouvrages de Bos-
{"■) Avertissement de la Déftnse de la tradition de la Communion sous une espèce,' OEuvres de Bossuet, tora. xxiv, p. 6, édit. de Vers. tn-8*.