‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 89 sur 120 · LIVRE SEPTIÈME. &\j · texte numérisé non relu

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dragons, ^ue rintendant de Paris crut devoir y envoyer. Ce gentilhomme s'étoit montré fort entêté^ et sa femme , bien plus inconsidérée , s'éloit exhalée en déclamations contre le Roi. Bossuet fut extrêmement afDigé de cet événement; sa juste considération pour un nom respecté dans la magistrature et les relations d'estime et d'amitié qu'il entretenoit avec une famille établie dans son dio* cèse, lui inspirèrent l'idée d'engager l'intendant à faire transporter M. et M""*^ Séguier dans son propre palais à Meaux. Bossuet voulut même sf-, rendre caution de leur respect pour le Roi et de leur soumission à ses ordres. Un jirocédé aussi délicat disposa M. Séguier à écouter avec moins de prévention les instructions d'un évéque qu'il étoit lui-même accoutumé à respecter pour sou génie et sa vertu. Cependant Bossuet eut d'abord beaucoup à souffrir des emportemens de la femme. Mais une grande patience, et des instructions touchantes et paternelles suffirent pour les ramener à des sentimens plus modérés. Il eut au bout de huit jours la satisfaction de recevoir leur abjuration , et la consolation encore plus douce de les voir persévérer dans la religion qu'ils avoient embrassée.

La plus grande paix régna dans toutes les autres parties du diocèse de Meaux , et même dans les lieux où les Protestans étoient le plus nombreux, tels que Claye et Lisy. Bossuet alloit lui-même répandre ses secours et ses instructions, partout ou il jugeoit sa présence utile ou nécessaire («). Il n'étoit pas un seul des nouveaux Catholiques qu'il ne connût personnellement; on les lui amenoit de

{,") Mts. de Ledieu.

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lenips en temps pour eire instruits et pour reccvoir la coufirmalion. Il connoissoit également tous les Protestans qui s'étoient refusés à abjurer; il les faisoit venir très-souvent à Meaux , ou dans d'autres lieux de son diocèse , lorsqu'il alloit y faire sa visite pastorale. Il cherchoit à les e'clairer et à les toucher par sa douceur. Jamais un seul d'entre eux ne s'est plaint de sa sévérité, ni même de ses reproches.

Un ancien chanoine do Meaux (le sieur Payen),. rapportoit comme témoin oculaire, « («) qu'après )) la révocation de Véclit de Nantes , Bossuel in- » formé des différens lieux où se réunissoient les » Protestans répandus dans son diocèse, alloit au » moment où l'on s'y attendoit le moins, les sur- » prendre charitablement ; faisoit arrêter son car- » rosse loin du lieu où ils s'étoient réunis j s'y » rendoit à pied, frappoit à la porte, et entroit s tout-à-coup. Un étonaement mêlé de crainte se î> peignoit sur tous les visages. Mais Bossuet s'em- D pressoit de les rassurer, en leur disant avec dou- » ceur : Mes enj'ans , là où sont les brebis , le pas- » teiir doit y être. Mon devoir est de chercher mes » brebis égarées^ et de les ramener au bercail. De y) quoi est -il question aujourd'hui? Après avoir » écoulé leurs raisons, il eatroit en matière, et les » instruisoit. »

Ce fut de cette manière douce, confiante et paternelle, qu'il parvint à en convertir plusieurs. ■J>) Il les faisoit ensuite rentrer dans leurs biens, souvent même il les faisoit soulager d'une partie de leurs impositions. L'intendant de la généralité se plaignoit toujours de son extrême douceur, et v") Manuscrits. — C) Mis. de Ledieu.

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ne cessoit de lui reprocher sa modération, dont les Proleàtans abusoient souvent. Bossuet consenloit à recevoir les reproches, pourvu qu'il lui accordât ce qu'il lui demandoit , et l'inleudant ne le refusoit jamais. « Cependant on doit convenir, » ajoute Tabbé Ledieu , que des procédés qui au- » roient dû lui concilier le cœur et l'esprit de tous » les Protestans de son diocèse, laissèrent le plus M grand nombre d'entre eux persévérer dans leur » opiniâtreté. »

Son caractère et ses principes en cette matière, étoient formellement opposés à tout ce qui pouvoit ressembler à la contrainte et à la violence. Il arriva même un événement qui lui otTrit l'heureuse occasion de montrer sa douceur et son humanité, (û) Sept ou huit cents religionnaires , hommes et femmes , se réunirent en troupe et tentèrent, à main armée, d'exciter une émeute à Lisy. Quelques-uns des chefs furent arrêtés surle-champ; leur procès fut instruit; trois ou quatre furent condamnés à mort. Bossuet heureusement en fut averti à temps. Il interposa d'abord l'autorité de son nom pour faire surseoir l'exécution. Il e'crivit sur-le-champ à la Cour, et il obtint leur grâce. Plusieurs femmes et quelques hommes avoient éié condamnés à différentes peines, suivant la gravité de leurs délits, et elles se réduisirent aune amende honorable devant l'église de Lisy, et au bannissement.

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