LIVRE SEPTIEME. 2DI
» toujours présent à la pensée Tentretien de Je- » sus - Christ avec la Samaritaine , et la sainte w adresse dont il se sert pour faire connoître à cette )> femme pe'cliercsse ses e'garemens; qu'une longue » expe'rience lui avoit appris que la douceur ra- » mène plus d'ames à Dieu , et les re'àroit plus » ve'ritablement de leurs désordres , que la sévé- » rite, qui ne sert ordinairement qu'à les aigrir, » et à les soulever contre les avis qu'on leur 5) donne. »
Deux autres religieuses d'une naissance plus distinguée que celle que nous venons de nommer {Marie - Louise de Luynes , et Marie - Henriette- Thérèse tV Albert sa sœur) furent du nombre de telles dont Bossuet s'attacha à cultiver avec le plus fraffection les sentimens de religion et de piété. C'est surtout avec la cadette qu'il paroit avoir eu le plus de relations. Bossuet, encore simple ecclésiastique, avoit, le 8 mai 1664, prêché \q sermon de la profession de ses vœux à l'abbaye de Jouarre. Elle y avoit suivi M"^® de Luynes sa sœur, qui la veille (7 mai 1664) avoit fait ses vœux dans la même abbaye. Elles étoient sœurs du duc de Che^ vreuse . cet ûmi si cher et si dévoué à Fénélon. On sait que le duc de Luynes leur père professoit la plus haute estime pour les solitaires de Port-Royal, et il avoit élevé ses enfans dans les mêmes sentimens. Ce fut pour le duc de Chevreuse son fils , (\\xArnauld composa sa Géométrie , et Lancelot sa Grammaire générale. On croit même apercevoir dans la ^r(?/rtce delà Logique de Port- Royal , que ce célèbre ouvrage fut entrepris en grande partie pour l'instruction du duc de Checreuse , ou du moins qu'il y apprit dès l'âge de treize ans les règles de l'art du raisonuemeut. Ra-
252 HISTOIRE DE BOSSUST,
cine lui avoit dédié en 1670 sa tragédie de Britannicus. Nous ignorons à quelle époque le duc de Chevreuse abandonna les principes théologiques de l'école dans laquelle il avoit reçu sa première éducation, et en embrassa d'entièrement opposés.
Les deux sœurs se bornèrent à être fidèles aux sentimens de vertu et de piété dans lesquels elles avoient été élevées. Mais une sorte de prévention contre leurs instituteurs devint un motif, ou un prétexte pour les exclure des grandes places auxquelles leur naissance leur donnoit le droit de prétendre. Louis XIV ne consentit qu'avec peine à nommer en 1696 M«^^ de LuyneSy Faînée des deux sœurs , au prieuré de Torcy, dans le diocèse de Paris. M^^ d^AlheH sa sœur l'y suivit. Elle y mourut le 4 février 1699, ^^ Bossuet composa son épitaplie, où respire une tristesse douce et religieuse (0 j
(0 Ci-gît Marie-Henriette-Thérèse ^Albert de Lufnes. Elle préféra aux honneurs D'une naissance si illustre et si distinguée Le titre d'épouse de Jésus-Christ En mortification et en piété.
Humble, intérieure, spirituelle.
En toute simplicité et vérité, Elle joignit la paix de l'innocence Aux saintes frayeurs d'une conscience timorée- Fidèle à celui qui , presque des sa naissance , Lui avoit mis dans le cœiu- le mépris du monde ,
Elle fut long-temps l'exemple Du saint et célèbre monastère de Jouarre , D'où étant venue en cette maison Pour accompagner une sœur chérie.
Elle y mourut de la mort des justes Le 4 février 16995 Subitement en apparence, En effet, avec les mêmes préparations Que si elle avoit été avertie de sa fin.....