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BIBRACTE

Les Origines. • chapitre

Cet oppidum, bien exploré par un savant aulunois, M. Bullioi, était de beaucoup le plus vaste et le plus fréquenté. Sa muraille, de cinq kilomètres de tour, faite de pierres à peine dégrossies et de poutres reliées par des crampons de fer, était précédée par un fossé de onze mètres de profondeur. Une vaste agglomération de maisons, de fourneaux, de fours, de forges, tous attenant les uns aux autres, constituait l'établissement industriel le plus étendu dont Tépocjue gauloise ait laissé la trace; le sol, sur lequel les bâtiments reposaient, est encore recouvert d'une épaisse couche de charbon, entremêlée dans une forte proportion de scories et de débris métallurgiques, de tessons vitrifiés, de clous, d'ustensiles, de tout ce qui rappelle la manipulation du fer. Des hangars abritaient les forains, et ceux-ci venaient souvent de loin. Grâce à une route unissant Chalon au mont Beuvray, les négociants marseillais pouvaient apporter à Bibracte leurs produits et ceux du monde oriental. Les fouilles ont amené la découverte de monnaies marseillaises fatiguées par un long usage, et de vases couverts de peinture ou de feuillage, qui contrastent par la sûreté du goût et la finesse du travail avec la grossièreté de la céramique indigène.

Telle était la condition du pays quand,

LA cosQVÉTE vcrs l'aunéc 59 avant Jésus-Christ, sa prospé-

noMAisE. rite fut cruellement atteinte. Les Séquanes

qui, depuis longtemps, contestaient aux

Éduens la possession du cours de la Saône et la perception

des péages établis sur les ponts, s'allièrent contre eux aux

Arvernes et aux bandes germaniques du Suève Arioviste.

Après plusieurs combats où ils perdirent presque toute leur

cavalerie et leur sénat, les Éduens durent remettre en otages

les plus nobles de leur peuple, abandonner une partie de

leurs clients et jurer à leurs vainqueurs une obéissance

éternelle. Cela n'empêcha pas Arioviste de poursuivre ses

exploits, et les Helvètes (habitants de la Suisse) de quitter

leurs demeures pour ravager les terres des Ambarres.

PREMIER VEpoque i^aUo-romaine.

Le vergobret, après avoir consulté les principaux citoyens, décida de faire appel aux Romains avec lesquels les Éduens avaient toujours eu d'amicales relations, et le druide Divitiac se rendit à Rome pour implorer le Sénat. « Si le peuple romain, dit-il, ne vient pas à notre secours, il ne nous restera d'autre parti à prendre que d'émigrer, d'aller chercher loin des Germains d'autres demeures, une autre patrie, et de tenter les chances d'une meilleure fortune. » Aussitôt, les légions romaines, commandées par César, remontèrent la vallée du Rhône et de la Saône, refoulèrent les Helvètes, et écrasèrent Arioviste non loin de Besançon (08). Les Éduens et les Lingons furent reconnaissants aux Romains de les avoir débarrassés de ce double danger; ils leur assurèrent, pendant la guerre de Gaule, la libre navigation de la Saône et l'accès des montagnes; ils leur fournirent du blé pour les hommes, de l'herbe pour les chevaux. César n'eut pas d'alliés plus fidèles, et il hiverna souvent chez eux.

Lorsque l'Arverne Vcrcingétorix réussit SIEGE n'ALÉsiÀ à mettre en échec la fortune de César, les (52 AV. j.-c). Éduens firent cependant défection. A la nouvelle que le général romain avait dû lever le siège de Gergovie, la jeunesse éduenne fut saisie d'un grand enthousiasme. Un jeune homme d'illustre famille, Litavic, qui, depuis longtemps, faisait vainement appel à l'esprit d'indépendance de ses compatriotes, entraîna le vergobret et les sénateurs. Les immenses approvisionnements en bétail et en blé d'Espagne et d'Italie, accumulés par César à Noviodunum, furent détruits; la cavalerie éduenne, commandée par Éporédorix et Viridomar, qui combattait avec lui, l'abandonna, et dix mille fantassins s'apprêtèrent à envahir la province romaine. L'assemblée générale de tous les peuples de la Gaule eut lieu à Bibracte, et les Éduens y tentèrent, sans succès d'ailleurs, d'obtenir la direction du mouvement.

Le dernier épisode de la guerre se produisit aussi en Bourgogne. A l'est de la plaine des Laumes, la montagne

Les Origines. chapitre

forme un plan allongé, de 400 mètres d'altitude, qui tombe à pic sur toutes ses faces et auquel trois petits cours d'eau, la Brenne, l'Oze et l'Ozerain, forment une ceinture d'eau et de vallons. Là se trouvait l'oppidum d'Alésia, réputé imprenable dans toute la Celtique. Après un combat de ca^-alerie livré dans la vallée de l'Ouche, probablement près de Dijon, Vercingétorix vint s'y enfermer avec 80 000 hommes. Il commit ainsi une grosse faute, car il avait affaire à des maîtres dans l'art d'assiéger les places. En vain, les Gaulois formèrent une armée de secours, où le seul contingent éduen s'élevait à 35 000 hommes. Ils furent vaincus; la famine s'empara des assiégés, et il fallut se rendre.

La reddition de Vercingétorix, « le plus

REDDITION noble trophée de la victoire », fut empreinte

vERCiNGÉToms . ^^ la solennité que les Romains, admirables

metteurs en scène, avaient introduite dans ce

genre de cérémonie.

Devant le camp, à l'intérieur des lignes de défense, avait été dressée l'estrade du proconsul, isolée et précédée de marches, semblable à un sanctuaire. Au-devant, sur le siège impérial, César se tenait assis, revêtu du manteau de pourpre. Autour de lui, les aigles des légions et les enseignes des cohortes, signes visibles des divinités protectrices de l'armée romaine. En face de lui, la montagne que couronnaient les remparts d'Alésia, avec ses flancs couverts de cadavres.... Comme spectateurs, quarante mille légionnaires debout sur les terrasses cl les tours, entourant César d'une couronne armée. A l'horizon enfin, l'immense encadrement des collines, derrière lesquelles les Gaulois fuyaient au loin...

Vercingétorix sortit le premier des portes de la ville, seul et à cheval. Aucun héraut ne précéda et n'annonça sa venue. 11 descendit les sentiers de la montagne, et il apparut à l'improviste devant César.

Il montait un cheval de bataille, harnaché comme i>our une fête. Il portail ses jdus belles armes; les phalères d'or brillaient sur sa poitrine. Il redressait sa haute taille, et il s'approchait avec la fière allilude d'un vainqueur qui va vers le triomphe....

Il arrivait, paré comme une hostie. Il fit à cheval le tour du tribunal, traçant rapidement autour de César un cercle continu, ainsi qu'une victime qu'on promène et présente le long d'une enceinte sacrée. Puis il s'arrêta devant le proconsul, sauta à bas de son cheval, arracha ses armes et ses phalères, les jeta aux pieds du vainqueur : venu dans l'appareil du soldat, il se dépouillait d'un

PREMIER L'Epoque gallo-romaine.

geste symbolique, pour se transforme!' en vaincu et se montrer en captif. Entin il s'avança, s'agenouilla, et, sans prononcer une parole, lendit les deux mains en avant vers César, dans le mouvement de l'homme qui supplie une divinité.

Les spectateurs de cette étrange scène demeurèrent silencieux. L'étonnement faisait place à la pitié. Le roi de la Gaule s'était désarmé lui-même, avouant et déclarant sa défaite aux hommes et aux dieux. Les Romains se sentirent émus, et le dernier instant que Vercingétorix demeura libre sous le ciel de son pays lui valut une victoire morale d'une rare grandeur *.

Les Eduenset les Lingons étaient soumis. LA CIVILISATION Lq^j. territoire, annexé avec toute la Gaule à

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