L ÉPOQUE GALLO-ROMAINE
LE CIIRISriANISME'
LES T 'HISTOIRE de Ihiimanité commence avec
POPULATIONS \ j Tère quaternaire. La Bourgogne fut alors
pRÉnisTo- habitée par plusieurs races d'hommes, con-
RiQUEs. temporaines des grands mammifères, aurochs,
mammouths, grands tigres, lions, hyènes, ours bruns.
Elles habitaient des cavernes, des abris sous roches, des
grottes, et se servaient exclusivement d'objets en pierre.
Les plus belles de ces grottes sont celles de Laignes et de
Saint-Romain (Côte-dOr), de Culles et de Vergisson
(Saône-et- Loire), et surtout celles d'Arcy-sur-Cure dans
1. Sources : Strabon, Géographie, liv. IV. César, Commenlaires sur la guerre des Gaules. Eumène, Panégyriques. Aljhé Lejeay, Inscriptions antiques de la Cole-d'Or, in-8, 18S9. Caiiat, Inscriplions antiques de Chalon-sur-Saône et de Màcon, in-i, 1806. Actes de saint Sijmpliorien, dans Ruinarl, Acla primorum marlijrum sincera et selccta, p. G9-73. Actes de saint Bénigne, avec préface tlu P. van IIool", dans le Recueil des Bollandislcs. novembre, 1, p. 134-194.
Ouvrages modernes : H. de Ferry, Le Maçonnais préhistorique, in-4, 1870.
Desjardins, Geoy/'op/i
Allas historique, et texte, ann. 1884 et suiv. Jiillian, Vercingétorir, in-12, ujo3; Histoire de la Gaule, t. I-II, 1908. Bougaiid, Etude historique et critique sur la mission, les actes et le culte de saint Bénigne apôtre de la Bourgogne, et sur l'origine des églises de Dijon, d'Aulun et de Langrcs, in-8, 1859. Dinet, Saint Siimiihorien el son culte, i86i. Abbé Morillol, La durée du paganisme dans les campagnes bourguignonnes, dans Bulletin d'histoire el d'archéologie religieuses du diocèse de Dijon, t. I et III. Ctinet, Étude sur le culte des eaux, dans le même Bulletin, années 1897-1901. AI)bé Duchcsnc, Fastes épi.-icopaux de l'ancienne G'au/e, lll. 1900. Gallia christiana in provincias ecclesiaslicas dislribula, t. IV.
(Il)
Les Origines. chapitre
TYonne. C'est à Arcy qu'a été découvert le plus ancien débris humain connu de la Bourgogne, un maxillaire appartenant à une race inférieure proche du type simien *. Les fouilles exécutées depuis 1863 à SoluLré dans le Maçonnais révèlent une époque plus proche de la nôtre et un commencement de progrès. La stalion, parfaitement ensoleillée, se trouve sur le flanc d'une colline, à l'abri des vents et dans le voisinage d'une source abondante. Les hommes qui l'habitaient se nourrissaient de chevaux tués à la chasse, dont on a retrouvé les ossements, vides de moelle, en quantité prodigieuse, soit dans les foyers, mêlés aux os du renne, soit au Clos du Charnier, formant une masse de 3 800 mètres cubes agglutinée par l'eau fluviale. Leurs crânes rappellent ceux des races qui peuplent actuellement le nord de l'Amérique ou de la Russie : Esquimaux, Lapons, Finnois. Ils avaient une certaine industrie ; ils taillaient adroitement le silex en forme de feuille de laurier, de châtaignier ou de noyer, de manière à en faire des armes, des outils, pointes de lances, d'épieu ou de flèche, haches, couteaux, grattoirs, poinçons. Ils s'essayaient même à sculpter. On a mis à jour trois petites figurines de pierre tendre (musées de Màcon el de Saint-Germain) et un os gravé au trait (musée de Lyon) représentant avec beaucoup de naturel des cervidés, probablement des rennes, les jambes repliées sous le corps, ce qui fait supposer qu'il s'agit d'un trophée de chasse ou d'une bête au repos : c'est la première manifestation artistique connue de la Bourgogne".
La période néolithique, qui clôt l'ère qua-
MÉGALiTHEs ternaire, est marquée par d'importants change-
ET TUMULus. ments. Avec elle apparaissent les objets de
pierre polie finement retouchés et les poteries
de terre, les premiers essais d'habitation et les sépultures des
1. Voir les nombreux articles de l'abbé Parât sur les grottes de la Cure el de l'Yonne dans l'Anthropologie (année 1901 notamment) et le Bulletin des sciences historiques el naturelles de l Yonne.
2. Les fi>j;urines de Solutré sont reproduites dans de Ferry, Le Maçonnais préhistorique, pi. XXX.
PREMIER VEpoque gallo-romaine.
mégalithes. Sur le plateau de Chassey (Saônc-et-Loire), on reconnaît la base de ces cabanes primitives, « cuvettes circulaires très évasées, creusées dans le sol, possédant encore au centre les cendres et les pierres de leur foyer, et tous les rejets de la cuisine ou de l'industrie ». Plusieurs poteries viennent de Solutré, notamment un curieux vase à quatre anses, de forme sphérique, percé d'un trou de suspension (musée de Lyon). Les départements de Saône-et- Loire et de TYonne possèdent quelques « pierres plantées », surmontées depuis le christianisme de croix ou de madones, et TYonne compte un certain nombre de dolmens; mais, dans la Côte-d'Or, ces sortes de monuments abondent'. On en a compté trente-cinq, tous appartenant aux arrondissements de Beaune et de Châtillon, entre autres : les menhirs de Pierre-Fiche près d'Aignay-le-Duc, de Pierre-Pointe sur la commune de Sussey, de Magny-Lambert, de la Roche en Brenil, les dolmens de Nolay et de La Rochepot, et l'allée couverte de Pierre-Folle à Thoisy-la-Berchère. Le groupe le plus important, celui de la montagne de Santenay, est constitué par cinq beaux mégalithes entourés de plus de trois cents tombes.
Les « tumulus », qui co'incident avec la naissance de l'ère actuelle, sont également nombreux dans la Côte-d'Or, surtout aux environs de Dijon et dans le Chàtilîonnais. Ils ont généralement la forme ronde et occupent des plateaux élevés, les petits en groupes, les grands isolés. Les hommes, qui ont construit ces levées de terre pour en faire des tombeaux, n'employaient plus seulement la pierre, mais le bronze, et ils en faisaient un excellent usage. On peut citer comme types de leur fabrication deux belles épées fondues d'un seul jet, dont la lame est ornée de fdets (musées de Lyon et de Mâcon), la hache de Saint-.Jean-de- Losne, les épingles à cheveux des Chaumes d'Avenay (musée de Dijon), les pièces de toilette provenant des fouilles de Minot et de Fraignot, bracelets, rasoirs et libules.
1. Jobard, L'Archéologie sur le lerrain, igoS, ouvrage consacré aux fouilles qui ont eu Heu clans le déparlement de la Côtc-d'Or.
Les Origines. > chapitre
LES
Ces objets, que la science est parvenue à dater et à erouper, constituent le témoiffnaffe
POPULATIONS • M 1 1 T 1- & r>
HISTORIQUES. Visible de 1 œuvre accomplie par les premiers hommes; ils permettent de déterminer leur part dans les origines générales de la civilisation. Mais leur histoire nous est tout à fait inconnue; ils n'ont pas même de nom. La véritable histoire de Bourgogne commence avec le siècle qui précéda Tère chrétienne et la conquête romaine.
A cette époque où la Gaule était encore ÉDUENS indépendante et libre, la Bourgogne se parta-
ET LiNGONS. geait entre deux peuples d'origine celtique : les Éduens et les Lingons. Le territoire des Éducns était compris entre la Saône à l'est qui le séparait de celui des Séquanes (Franche-Comté), la Loire et l'Allier à l'ouest qui le séparaient de celui des Arvernes (Auvergne) ; il était limité au nord par une ligne conventionnelle qui suivait à quelques kilomètres la rive gauche de TOuche. Le territoire des Lingons continuait dans cette direction celui des Éduens; dépassant le plateau de Langres, il descendait à travers la plaine de la Marne jusqu'au pays des Rêmes (Reims). Aux Éduens se rattachaient par un pacte d'alliance, et peut-être par les liens du sang, (juatre petits peuples clients : les Ségusiaves dans le Lyonnais et le Forez actuel, les Ambarres dans la Bresse, les Mandubiens dans l'Auxois, les Brannoviens dans le Nivernais.
Nous ignorons quel était le gouvernement des Lingons, mais nous connaissons celui des Éduens. Ils formaient une république aristocratique dominée par les nobles et les prêtres. Les nobles composaient le sénat; les prêtres dirigeaient le choix des magistrats. Dans certains cas, toutes les magistratures disparaissaient pour faire place à une magistrature unique, celle du vergobret. Élu pour un an, ce personnage avait une puissance presque royale; il possédait le droit de vie et de mort, et il lui était interdit de quitter le pays, afin que rien ne pût affaiblir son autorité. Les
PREMIER L Epoque gallo-romaine.
Éduens étaient, selon César, a le premier peuple de toute la Gaule de toute antiquité ». Ils passaient pour avoir, six cents ans auparavant, franchi les Alpes avec les Ambarres et les Brannoviens, écrasé sur les bords du Tessin les Étrusques qui voulaient les arrêter, et fondé Milan.
Ces deux peuples se livraient à l'industrie LE<; oppiDA ^^ ^" commerce; ils travaillaient le fer, pratiquaient l'émaillerie, et savaient étamer avec de largent*. Mais peuples de paysans avant tout, ils tiraient de leurs vastes champs de blé et de leurs pâturages la plus grande partie de leurs ressources. Le transport des marchandises se faisait par bateau, en suivant la Saône. Le fleuve avait quelques ponts; l'hiver, oh le passait sur la glace recouverte de paille. Une route carrossable traversait aussi le pays des Lingons. De menues monnaies facilitaient les échanges : elles présentent à l'adroit une figure casquée et imberbe, au revers un cheval au galop non monté et la légende KAL.
Eduens et Lingons habitaient, dans les campagnes, des chaumières isolées, faites de bois et de terre glaise, dont la toiture reposait sur des poteaux. Mais il arriva que le péril de la guerre les contraignit à chercher une protection plus efficace. Ils construisirent alors de grandes enceintes fortifiées, à l'abri desquelles ils purent se réfugier, et dont les marchands profitèrent pour exposer, à certains jours de l'année, leurs marchandises. Ces oppida, comme les nommaient les Romains, étaient donc à la fois des places fortes et des marchés. Nous en connaissons six, tous en pays éduen : Mâcon {Matisco), Chalon {Cabillonum), où se faisait le commerce du blé, Decize [Decetia), Noviodunum, sur les bords de la Loire, qui n'a pu être identifié, Alésia, qui est devenu Alise-Sainte-Reine, Bibracte sur le mont Beuvray.
1. BuUiot, L'Arl de iKinaillerie chez les Eduenx auanl l'ère clirétienne, d'après les découvertes faites au mont Deiiuraij, dans Mémoires de la Société éduenne, l. IV, p. 439 suiv., avec de belles planches en couleur.