GASTON
La révolte de Gaston d'Orléans, qui éclata Tannée suivante, aurait pu avoir, dans ces
D'ORLEASS ' . / '
EN BOURGOGNE, conditions, des suites d autant plus dangereuses que le duc de Bellegarde, gouverneur de la province, s'était fait complice du frère du roi, auquel il destinait pour retraite, en cas d'insuccès, la ville de Seurre. Gaston arriva, au mois de mars 1631, avec une troupe de cavaliers; il traversa Montbard, Ghanceaux, Saint-Seine, Pont-de-Pany, et invita les habitants de Dijon à ravitailler son armée, sous peine d'être traités avec la dernière rigueur. La ville dédaigna cette sommation, fit reconnaître la marche des rebelles et députa au roi pour l'en informer; le duc de Bellegarde dut se retirer en Lorraine. Cet acte de loyalisme fit comprendre à Louis XIII combien la répression du Lanlurelu avait été excessive et injuste; d'autre part, il avait de grands besoins d'argent. Il permit aux États de racheter les élections 1 600 000 livres (7 mai), et rendit aux Dijonnais tous leurs privilèges , moins la liberté de s'assembler. Lorsque Gaston d'Orléans traversa de nouveau la Bourgogne en 163:2, pour aller rejoindre Montmorency dans le Languedoc, avec loOO soldats que le duc de Lorraine lui avait prêtés, il se vengea, en brûlant le faubourg Saint- Nicolas, mais, salué à coups de canons et poursuivi par le maréchal de la Force, il se retira précipitamment par le Charolais. « L'opinion publique, en Bourgogne, se montrait de plus en plus hostile à ces princes, à ces grands seigneurs, qui, pour satisfaire des passions peu avouables, ne craignaient pas de mettre en jeu la sûreté de l'État. «
Telle fut alors la confiance du gouvernement dans la Bourgogne que Richelieu demanda au parlement de Dijon les magistrats dont il avait besoin pour juger ses ennemis politiques et ceux du roi. La commission réunie à Verdun,
DEUXIÈME La Bourgogne sous Louis XIH.
puis dans la maison du cardinal, à Rueil, pour se prononcer sur le cas du maréchal de Marillac accusé de « péculal », comprit dix-huit conseillers empruntés à la Cour de Dijon, dont la majorité s'honora d'ailleurs en opinant pour la clémence. Le parlement de Bourgogne reçut également r « ordre d'informer contre ceux qui avaient désobéi aux défenses de Sa Majesté et qui seraient sortis du royaume sans sa permission », c'est-à-dire contre les complices du duc d'Orléans; il se montra inexorable, condamnant le duc de Bellegarde à mort, la plupart des autres aux galères perpétuelles.
Cependant, la guerre de Trente Ans avait iNVASios de nouveau mis aux prises la rriaison de DES IMPÉRIAUX. Fraucc et la maison d'Autriche. L'on crut un moment que les bandes d'Ernest de Mansfeld descendraient jusqu'en Bourgogne. Bellegarde, qui était alors à la tête de la province, s'entendit avec le duc de Nevers, gouverneur de Champagne ; il rassembla à la hâte 300 gentilshommes et 200 fantassins; mais la menace ne fut pas suivie d'effet (1622). Le danger vint d'ailleurs, des Comtois.
Bien que le traité de neutralité entre les deux Bourgogne eût été renouvelé au commencement du siècle', les rapports entre les habitants du duché et ceux du comté étaient devenus tout à fait mauvais; on reprochait aux Comtois d'avoir maltraité quelques régiments du roi de France qui se rendaient à Montbéliard et empêché les Français, propriétaires chez eux, d'emporter les revenus de leurs terres. Le prince de Condé, assisté par Gassion, vint mettre le siège devant Dôle (28 mai 1636). Ses attaques furent repoussées, et l'approche de l'ennemi, conduit par Gallas,
1. Exactement en 1600. Le I)wt proclamé du Irailé était « que les liahilans des deux Provinces jouissans en l'une et en l'aulie des mêmes droits et privilèges, puissent denienrer en ferme rojios, quand bien quelque malheur eût fait naître une i^uerrc entre leurs princes souverains ». 11 était dit aussi que les Comtois seraient reçus en Rourgogne " comme s'ils eussent été vrais et naturels Français habitans dndit duché ». (D. l'ianchei', o. c. \. IV, pr. cccxvi. Cf. i)lus haut p. 223.)
La Bourgogne Monarchique. chapitre
le contraignit à reculer (15 août). Autrefois simple soldat, maintenant généralissime des armées impériales, Gallas était un adversaire redoutable, tant par sa valeur que par l'importance des troupes placées sous ses ordres. Grâce aux renforts amenés par le duc de Lorraine, il disposait d'environ 50000 hommes. A l'avant-garde marchaient des Croates et des Lorrains, tous mercenaires attirés par l'appât du butin et brillamment entraînés par Lamboy et Mercy; l'artillerie, commandée par le grand-maître marquis de Grana, était avec le gros de l'armée. Fastueux, Gallas s'avançait, escorté de 300 gardes, d'une nuée de pages et de valets, de tentes luxueuses et de caisses pleines de vaisselle d'argent. Lamboy pilla Chaussin, occupa Verdun, malgré une héroïque résistance, et incendia le château de Braguy; Mercy s'empara de Pontailler-sur-Saône, dont il massacra la population (28 août). Gallas, suivant ses lieutenants, descendit la vallée de la Vingeanne par Pouilly, Saint-Seine, Beaumont, Noiron-sur-Bèze, et, le 18 octobre, arriva devant Mirebeau.
La petite place était mal fortifiée et PRISE paraissait devoir se rendre à la première
DE MIREBEAU. sommatiou. Un trompette invita les habitants à se soumettre, ajoutant qu'en cas de résistance, il ne serait fait aucun quartier. Les habitants répondirent qu'ils étaient fidèles sujets du roi et prêts à se bien battre pour son service. Grana mit aussitôt ses canons en ligne, et après une journée de lutte, la ville enlevée d'assaut fut saccagée de fond en comble. Le château capitula le 21, à condition que ses défenseurs auraient la vie sauve. Sur les 2 500 habitants de Mirebeau il n'en restait plus que 35*. Gallas aurait voulu s'emparer de Dijon; mais les Suédois de Bernard de Saxe-Weimar et les soldats de La Valette couvraient la ville, et les habitants, enflammés de zèle par Condé, s'étaient portés sur les remparts « avec
1. Clénient-Jaiiin, La défense de Mirebeau en /636, dans le Progrès de la Côted'Or du 19 octoln-e 1880.
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DEUXIÈME La Bourgogne sous Louis XIH.
pelles, pioches et autres instruments ». Gallas se jeta contre Saint-Jean-de-Losne « comme contre une porte qui lui donnait son entrée libre pour pénétrer dans le cœur de la France ou un passage assuré dans le Comté, en cas de retraite » (25 octobre).
Saint-Jean-de-Losne avait des remparts DEFENSE DE délabrés, six canons pour toute artillerie, et,