SAINT-JEAN
DE-LosNE. comme garnison, loO hommes sous les ordres du marquis de Saint-Point, qu'on ne pouvait faire marcher qu' « à force de pièces d'argent » ; la population avait été récemment décimée par la peste. Deux cents habitants et paysans de la ville et des villages voisins s'équipèrent; douze hommes bien armés vinrent d'Auxohne par bateau; La Mothe-Houdancourt, gouverneur de Seurre, envoya une centaine de soldats, et ce fut tout. Aussi Gallas espérait-il enlever la place avant l'arrivée des secours. Il ouvrit à coups de canon dans la muraille une brèche de trente-six pieds, et donna l'assaut le 1" novembre. Ses troupes furent repoussées, perdirent un drapeau. Plein d'une légitime fierté, le Conseil de ville décida que tous les habitants prêteraient de nouveau le serment de fidélité au roi et jureraient d' « exposer leur vie aux efforts de l'ennemi de la couronne pour la défense de la place, contre toutes autres intelligences à ce contraires ; que si, par malheur, ils venaient à être forcés, ils étaient résolus à mettre chacun le feu en leurs maisons et aux poudres et munitions de guerre étant en la maison de ville et, ensuite de ce, tous mourir l'épée à la main ». Les Impériaux ayant tenté une nouvelle attaque, les femmes elles-mêmes se portèrent aux remparts sous une pluie de bombes et de grenades, et versèrent de l'huile bouillante sur les assaillants qui reculèrent pour la deuxième fois (2 novembre). Dans la nuit qui suivit, le colonel Bantzau, amenant deux régiments d'infanterie et 800 chevaux, passa le pont de la Saône à la lueur des torches. L'hiver arrivait; le camp impérial était inondé; l'artillerie et les munitions étaient submergées. Gallas, craignant de voir
La Bourgogne Monarchique. chapitre
couper sa ligne de retraite, se retira dans la direction des Vosges, harcelé par La Valette, laissant une partie de ses canons dans la boue et des morts tout le long de son chemin (3 novembre).
Onze jours après la délivrance de Saint-Jean-de-Losne, l'armée royale reprenait Corbie dans la vallée de la Somme et arrêtait la marche vers Paris d'une armée espagnole renforcée par les Impériaux de Jean de Werth. Ces deux faits de guerre épargnèrent à la France une invasion dont les conséquences auraient pu être terribles. Les habitants de Saint-Jean-de-Losne furent grandement récompensés. Des lettres-patentes exemptèrent « cette petite, mais illustre Cartilage de notre siècle », de toutes charges publiques (mars 1637). Le drapeau pris à l'ennemi fut déposé à l'église paroissiale. Les habitants décidèrent de « marquer chaque année le jour de leur délivrance par une fête solennelle, pendant laquelle, tout ouvrage cessant, on ne serait occupé qu'à remercier le Seigneur; que la journée finirait par un Te Deum chanté solennellement et suivi d'un feu de joie, et que le son de la cloche annoncerait pendant une heure entière l'heureux moment de la nuit auquel la terreur des armes des habitants de Saint-Jean-de-Losne avait obligé le général Gallas de fuir de devant leur ville ». Longtemps, en effet, l'anniversaire de la délivrance fut commémoré avec éclat : on y voyait une bataille simulée entre les habitants et les Impériaux portant de « fausses et affreuses barbes » '.
La Bourgogne ne fut pas plus favorable d'abord aux troubles de la Fronde qu'elle ne
LA FRONDE. ,,.,,., • . • , , 7.r\ 1/
1 avait été aux intrigues du duc d Orléans.
Elle accueillit avec joie la lettre où le petit
roi Louis XIV lui annonçait son avènement. A la nouvelle
1. Les documents conrernant la défense de Saint-Jean-de-Losne sont très nombreux. Voir en particulier : Rossignol, Fragment d'histoire delà Bourgogne sous le ministère de ïliclielieu, dans Mémoires de l'Académie de Dijon, i845-/|6; Clément-.Ianin, Le véritable récit de la rille de Saint-Jean-de-Losne assiégée par l'armée impériale commandée par le général Gallas, 1877 ; Chabeuf, L'invasion de Gallas en Bourgogne, dans Mémoires de la Société bourguignonne de géographie et d'histoire, 1892; Joseph Garnier, Annuaire départemental de la Côte d'Or, 1898, 1899). Voir aussi le ms. Iiô2 de la Bibliotlicque municipale de Dijon.
LINVASIO.N Di:S l.MrKIUAlX EN 1636
SAI.NT-JliAN-DE-LOSNE AU .VVIl' SJKCI.E.
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friis ituun corps plri'.i Je ^me, ma"û^ c/e P aues et ilottfi.sns
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GAI. 1. AS, U Al'KIS tXK CAIUCATLiUi;.
IUU\. nul., Kstnmpei'. Qb 35.
PI. 19, p. 272.
DEUXIÈME La Fronde.
que la cour avait dû quitter Paris, le Parlement ordonna des prières publiques, la fermeture des spectacles, et s'indig-na ouvertement de « Texcessive entreprise de messieurs de Paris ». La Chambre de ville de Dijon députa à Saint-Germain-en-Laye, auprès de la reine-mère, pour lui apporter « le témoignage de sa fidélité ». Invités par le Parlement et la ville de Paris à s'unir à eux, les échevins renvoyèrent la lettre, sans l'ouvrir. La situation changea, à partir de 1630, pour une cause particulière.
LE
Le duc de Bellegarde avait été remplacé comme gouverneur par Henri II de Bourbon,
GOUVERNEMENT . f ^ ,, ^. „ ix^v^ii,
DES coNDÉs. pnnce de Conde, qui fit son entrée à Dijon le 28 mai 1631. Condé administra la Bourgogne « avec toute autorité » pendant quinze années, et lorsqu'il mourut (26 décembre 1646), son fils, le grand Condé, lui succéda. L'un et l'autre pratiquèrent dans la province une politique personnelle. Ils confièrent toutes les charges importantes à leurs créatures; aucune nomination, aucune élection n'eut lieu sans leur assentiment; comme Ta dit un contemporain, « personne, pendant cette période, n'était entré en charge, soit au Parlement ou autre juridiction, que par la médiation de Monsieur le prince ou celle de Monsieur son père; personne n'avait été pourvu de bénéfice que par leur nomination ; tous les emplois de la noblesse n'étaient que dans leurs régiments, et tous les officiers des villes, maires, échevins, capitaines, lieutenants et enseignes, n'étaient entrés dans ces honneurs populaires que par leurs moyens ' ». Ils ne négligèrent pas davantage les occasions de flatter l'amour-propre de leurs administrés. Le grand Condé fit porter à la Sainte-Chapelle de Dijon, « à plis traînants, au bruit des canons du rempart et d'une musique guerrière », les quinze drapeaux qu'il avait pris sur les Espagnols à la bataille de Rocroi; il obtint du roi des lettres-patentes par lesquelles les membres du par-