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COMMISSAIRES

DÉPARTIS. de ses privilèges. Or le Conseil du roi, continuant la tradition de Henri IV, intervenait fréquemment dans les affaires de la province. En 1621, il y introduisit un nouveau fonctionnaire en la personne de Jacques Vignier, « conseiller d'État, commissaire près des États ». Puis furent successivement envoyés : Olier, maître des requêtes (1622); Paul Hay du Châtelet « conseiller du roy en ses conseils d'État et privé, maître des requêtes ordinaires en son hôtel » (1631); François-Auguste de Thou, baron de Mesle (1632-1635), qui devait périr avec Cinq-Mars sur l'échafaud; Louis de Machault, seigneur de Fleury (1635- 1638); Jacques Mangot, seigneur d'Orgères (1639), mort le 21 avril 1644 et enseveli à l'hospice de Beaune. Ce sont les premiers intendants ; mais Richelieu ne les considérait pas comme des fonctionnaires à demeure : il voyait en eux des commissaires départis, « de tems en tems » pour « s'enquérir des mœurs des officiers de justice et de finances, voir si les impositions se lèvent conformément aux ordonnances et si les receveurs n'y commettent pas d'injustice, en vexant les peuples ». Aussi n'y eut-il aucune protestation. Il n'en fut

La Bourgogne Monarchique. chapitre

pas de même, quand une atteinte directe fut portée aux franchises de la province.

Dans les pays d'élection, les élus nommés ÉDiT par le roi répartissaient Fimpôt arrêté au

DES ÉLECTIONS. Conscil d'État, le percevaient et jugeaient des causes s'y rapportant. En Bourgogne, c'étaient les États qui votaient la somme imposable; les Élus de la province la répartissaient et en connaissaient. Reprenant un projet de Henri II, le Conseil du roi adopta, au mois de juin 1629, un édit partageant la Bourgogne en dix élections, de trente-trois officiers chacune; il annonçait aussi son intention d'introduire dans la province les aides (impôts sur les boissons), dont elle avait été jusque-là exempte. Le Parlement et la Chambre des Comptes refusèrent d'obéir, malgré des lettres de jussion. Les États décidèrent de faire des remontrances, puis, pour ne pas envenimer les choses, ils offrirent de racheter Fédit 1 800 000 livres. Le Conseil ayant repoussé cette proposition, une violente émeute éclata à Dijon, le 27 février 1630.

Les « tumultuans » mirent à leur tète un ÉMEUTE DU vigneron de haute taille, ancien goujat d'ar- LANTURELU. méc, Anthoinc Changenet, surnommé le roi Mâchas. « Il marchait, couronné de lierre et drapé dans un manteau d'étoffe de toutes couleurs, évidemment emprunté au carnaval d'où l'on venait de sortir. Derrière lui, une cinquantaine de gens déterminés brandissaient quelques hallebardes, des pieux, voire même des échalas aiguisés ; quatre tambours grotesquement accoutrés entouraient le guidon consistant en une serviette clouée à une longue perche et que suivait une foule de femmes et d'enfants protégés par une arrière-garde. Tous chantaient le refrain vif et saccadé d'un vaudeville alors en vogue et qui s'appelait Lanturelu. » Le premier jour, les insurgés assaillirent à coups de pierres, en proférant des menaces de mort, la demeure de Nicolas Gagne, trésorier de France, et de

DEUXIÈME La Bourgogne sous Louis XIII.

Legrand, président à la Chambre des comptes. Le lendemain, au nombre de six cents, ils retournèrent chez ces deux officiers, détruisirent leur mobilier, burent le vin de leurs caves, et ayant rencontré le maire et les échevins à la sortie, ils les obhgèrent à regagner l'hôtel de ville « plus vite que le pas ». L'hôtel de l'Élu du roi et celui du Premier Président, Legouz de la Berchère, furent mis à sac; le portrait de Louis XIII fut brûlé, au cri de : Vive l'Empereur! comme si celui-ci eût été le maître légitime de la province'. Ni le maire, Bénigne Euvrard, ni les bourgeois n'avaient su faire leur devoir. Dans l'après-midi seulement, ils se décidèrent à sortir de leurs maisons. La milice des paroisses fit une décharge contre les insurgée, en tua douze, et mit le reste en fuite; les principaux carrefours furent occupés militairement et, à quatre heures, tout était terminé.

L'émeute n'avait pas eu de contre-coup dans le reste de la province; les Beaunois refusèrent de s'associer à cette « mutinerie ». Cependant les événements de Dijon firent grand bruit à la cour, et le roi résolut de punir la ville d'une façon exemplaire. Il la déclara déchue de ses privilèges, ordonna que ses murailles fussent abattues, ses cloches dépendues; le commandant militaire, marquis de Mirebeau, emprisonna les séditieux, sauf Mâchas qui avait réussi à fuir; plusieurs furent roués ou pendus. Considérant que « la ville et la province avaient donné de grandes preuves d'affection à la France », Louis XIII fit remise du crime de sédition, mais il entra à Dijon le 27 avril, comme dans une ville conquise, reçut le maire et les échevins agenouillés « à la distance de six pieds du premier degré de son trône » ; puis il prononça son arrêt : que le corps de ville serait réduit à un maire et six échevins pour les affaires ordinaires, le corps électoral à quelques privilégiés, le choix du maire enlevé aux habitants pour six années, toute l'artillerie rendue, la tour Saint-xNicoIas abattue à la moitié de sa

I. En sa qualité d'héritier de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Témé-

raire

La Bourgogne Monarcldque. chapitre

hauteur. Avant de s'embarquer sur la Saône à Saint-Jeande-Losne pour aller à Lyon, le roi enjoignit au conseiller d'État, Vignier, de poursuivre par tous les moyens, même par les armes, l'établissement des élections.

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