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LE GRAND CONDE, PAR COYSEVOX

(Musée du Louvre.)

DEUXIÈME i^ Fronde.

Louis XIV annonçait ainsi sa ferme intention de ne pas tolérer que, sous prétexte de « bien public », une noblesse turbulente, un Parlement factieux, troublassent la paix de TEtat confié à ses soins; il montrait qu'à limitation de son aïeul Henri IV, il entendait g-ouverner à sa guise.

La guerre de Trente Ans et la Fronde LA MISÈRE provoquèrent en Bourgogne, comme dans le EN BOURGOGNE, j^este du rojaumc , une elfroyable misère, dont plusieurs documents officiels offrent le triste tableau. La peste de 1628 éprouva Dijon cruellement : le Parlement et la Chambre des comptes durent aller siéger ailleurs; les habitants, « pour arracher le fléau des mains de Dieu », renouvelèrent un ancien vœu fait à Sainte-Anne. Dix ans après le passage de Gallas, des enquêteurs envoyés dans les campagnes qu'il a traversées constatent qu'ils n ont trouvé que cendres, ruines, et quelques habitants vivant dans des cabanes noircies par le feu, au milieu de terres en friches; vingt villages sont entièrement déserts'. La Fronde est signalée par les « extorsions effroyables » des gens de guerre. La garnison de Seurre, sur exprès

extrait :

Auxonne. — 618 habitants, dont l!^!^ veuves et i^i paysans réfugiés. 417 maisons dont lïïo inhabitées. Chemins extrêmement mauvais. Beaucoup dhabilants couchent sur la paille ou sur des planchers remplis de blé de Turquie dont ils se nourrissent. Pont en ruines, toutes les rues dépavées, remplies de boue et de fumier; il est quasi impossible d'y passer. En i63G, la peste a enlevé plus de 3,5oo habitants; leur bétail a été enlevé par les Impériau-x.

Poinsons-les-Faijs. — 7 feux. Il y avait autrefois 80 maisons avec les granges. L'armée de Galas s'y étant logée a tout brûlé ù son départ; il ne reste qu'une seule maison, brûlée l'année suivante par la garnison de Chauvirey, qui tua ou Qt prisonnière partie de la population; le surplus .se relira dans les bois et y mourut de misère et de famine. Pour leur rançon, les prisonniers ont été obligés de s'endetter, et ils ne pourront jamais s acquitter. Ils ont habité dans l'église, eux, leurs enfants et le peu de bétail qui leur restait; l'évoque de Langres les en a fait sortir, yuelques-uns y sont cependant encore restés; les autres se sont bùti de petites huttes couvertes de paille, ou se sont retirés dans les vieilles caves. La commune doit p'us de 8 000 livres, et, pour en payer une partie, elle a vendu une de ses cloches. Ils n'ont plus de communaux; le moulin et le four banal ayant été brûlés, ils sont obligés d'aller avec beaucoup d'incommodité ù trois ou quatre lieues; ils n'ont que quelques vaches et des chèvres.

La Bourgogne Monarchique. chapitre

commandement de Condé « de brûler toute la province, s'il est possible », anéantit quatorze villages, rien que dans les limites du bailliage. Un paysan du Dijonnais, auquel on demande ses rôles de taille, sort un bâton carré long de deux aunes, large et épais de deux doigts, dont les crans ont été faits par chaque habitant pour garder la mémoire des sommes imposées, « attendu qu'il n'y a personne qui sache lire et écrire « ; invité à montrer les maisons du village, il exhibe des meix vides et une église sans toiture « en sorte que la sainte messe n'y peut être célébrée qu'à découvert ». Les villes sont accablées de dettes. Beaune doit 560 000 livres, Auxonne 160000; Arnay-le-Duc s'est endetté, en 140 jours, de 168 000 livres. Dans l'hiver de 1648,Auxerre a été visité par deux régiments, l'un de Condé, l'autre de Mazarin; les habitants ont dû leur fournir chaque jour 50 rations de fourrage, paille, avoine, foin, et, pour empêcher leurs hôtes de « faire main-basse », engager une bataille au cours de laquelle il y a eu plusieurs morts; en septembre 1652, ils ont encore fourni 2000 rations de pain, 8 muids de vin, 2000 livres de viande, 500 mesures d'avoine, foin et paille : la dette de la ville s'élève à 85 772 livres, qu'elle est incapable de payer. Pour éviter d'être mis à sac par un régiment de cavalerie, Joigny a donné 2 gros bœufs, 3 vaches, 20 moutons, 10 veaux, 10 muids de vin; les officiers ont demandé en plus 10000 livres et des femmes, et déclaré que, si on ne les satisfaisait pas, ils tremperaient « leurs bras jusqu'au coude dans le sang »; sur le refus des habitants, ils ont tué huit personnes, dont une femme, et ravagé les villages environnants.

En regard de ces misères, que sont les rares efforts faits pour y remédier : telle la création à Dijon d'une Chambre des pauvres ou la fondation d'associations charitables inspirées par saint Vincent de Paul? « Si passif spectateur que le peuple demeurât des choses de la Fronde, il n'en fut pas moins victime des orages qui grondaient au-dessus de lui. Pendant quatre années, il eut à subir dans sa personne et dans ses biens les excès d'une soldatesque

DEUXIÈME La Fronde.

oppressive parfois jusqu'à la férocité. C'est là surtout ce qui constitue le fond de l'histoire de la Fronde dans nos contrées*. »

Au milieu de ces ruines, une puissance LA CONTRE- grandit cependant, l'Église catholique. Elle RÉFORME. n'avait jamais considéré l'édit de Nantes comme définitif. Pendant la première moitié du xv!!"^ siècle, elle travaille énergiquement à reconquérir le terrain perdu. La Chambre de ville de Dijon charge, presque chaque année, un prédicateur en renom, de venir prêcher l'Avent et le Carême à la Sainte-Chapelle; saint François de Sales, évêque de Genève, Camus, évêque de Belley, le père Cotton, ancien confesseur de Henri IV, sont ainsi appelés (1603, 1612, 1619). Des ordres religieux, d'hommes et de femmes, Capucins, Minimes, Jacobins, Carmélites, Ursulines, Visitandines, s'installent dans les principales villes de la province. Les Jésuites, dont 600 Dijonnais ont sollicité le retour, arrivent après l'édit de Rouen de 1603; ils créent des maisons de retraite à Dijon, Paray, Ornex en Bresse, des collèges à Dijon, Chalon, Autun. Bourg négocie pendant vingt ans pour obtenir un de ces établissements, et achète de grands personnages « afin d'avoir leur protection dans l'affaire ». En 1048, le Parlement demande au pape de canoniser saint François de Sales, parce que « c'est un très bon moyen pour voir renouveler la piété et la religion chrétienne en ces provinces». Mais les ordres religieux ont besoin d'assistants pris en dehors des cloîtres. La Compagnie du Saint-Sacrement, formée de « personnes du monde » qui s'engagent « à honorer Dieu, servir le prochain, et travailler à leur propre perfection », est introduite en Bourgogne par le baron de Renty (1643); elle trouve un chef en Bernard Gonthier, prévôt de la Sainte-Chapelle et vicaire général de l'évêque de Langres, assisté lui-même de M. Jean Cœurderoy, président des

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