La guerre de la Ligue d'Augsbourg
2. De la Cuisine, Histoire du Parlement de Boiiryogne, t. 1, p. 297 et suiv.
La Bourgogne Monarchique. chapitre
qui étonnait. Enfin, on n'avait jamais rien vu de si affreux ». L'adoucissement de la température provoqua une débâcle qui entraîna plusieurs ponts. Les paysans avaient profité de quelques rayons de soleil pour semer à la hâte des légumes, de l'orge, de l'avoine : les froids de juin anéantirent leurs espérances. Alors se produisit une de ces famines accompagnées d'épidémie, comme on n'en avait point vu depuis le moyen âge. Dans le Charolais, les trois cinquièmes de la population moururent de faim et des hameaux entiers devinrent déserts. A Mâcon, le fléau fit périr en quelques semaines 1 200 personnes. Des marchands de Chalon, venus à la foire, emportèrent la contagion dans leur ville, et 2 000 habitants succombèrent. Le Beaunois, le Dijonnais, l'Autunois, furent cruellement éprouvés. On ramassait les cadavres dans les rues, au coin des buissons : l'air tout entier était infecté.
Sur l'ordre de l'intendant Pinon, les subdélégués relevèrent la quantité de blé en réserve chez les particuliers; ils firent défense d'en rien distraire sous menace de châtiment corporel, et enjoignirent aux paysans d'amener leur surplus au marché « à peine de mille livres » d'amende. Les paysans ayant refusé, une véritable guerre éclata entre eux et les habitants des villes soutenus par des compagnies de grenadiers. Les Chalonnais attaquèrent les villages de Pierre et de Navilly ; les gens d'Autun perdirent huit hommes dans une rencontre ; à Pommard, les fermiers de TAuxols livrèrent bataille aux Beaunois au son du tocsin. Des laboureurs, transformés en brigands, s'avancèrent pour voler jusque dans les faubourgs des cités. La plupart des villes constituèrent une garde foraine composée de magistrats, gentilshommes, gradués et bourgeois, commandés par des capitaines, pour faire des patrouilles de nuit et garantir la sécurité des populations •.
1. Voici dans quels termes pittoresques tin avocat bourguignon, Pierre Lemulier, maire de Semur en 1687 et président du tiers aux Etats de Bourgogne de 16S8, raconte le voyage qu'il fit au début de l'hiver de 170g, de Paris à Semur :
" J'étais à Paris d'où je partis la veille des rois, qui était un samedi,
TROISIÈME L Ancien Régime.
La province manifesta cette fois quelque FIN DD RÉGNE aigrcuF. Le duc de Bourgogne étant venu la DE LOUIS XIV. visiter, les élus, malgré l'insistance de Monsieur le Prince, refusèrent de payer les réjouissances préparées en son honneur. Le Parlement, qui ne recevait plus ses gages, « la situation des affaires présentes ne permettant pas de faire autrement », fit des remontrances, et osa se présenter devant le gouverneur, la verge haute, « en signe d'autorité souveraine ». Les conseillers reçurent une réprimande sévère et ordre fut donné au premier président de venir « à la suite de la cour », c'està-dire de se mettre à la disposition du roi et des ministres pour un temps indéterminé. A l'ouverture des États de 1709, le duc de Bourbon lut une lettre de Louis XIV relative à la guerre. Le roi rappelait d'abord ses négociations avec la Hollande pour obtenir la paix; puis il disait : « Quoique ma tendresse pour mes peuples ne soit pas moins vive que celle que j'ai pour mes propres enfants; quoique je partage tous les maux que la guerre fait souffrir à des sujets aussi fidèles, je suis persuadé qu'ils s'opposeraient euxmêmes à la recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l'honneur du nom français », et en concluant : « Je veux que mes peuples, dans l'étendue de notre province de Bourgogne, sachent qu'ils jouiraient de la paix, s'il eût dépendu seulement de ma volonté de leur procurer
jour un peu brumeux et assez doux, mais le lendemain, jour des rois qui était un dimanche, il s éleva un vent et un froid si excessif et si grand que la rivière, de la nuit du lundi au mardi, en fut gelée, ce qu'on n'avait jamais vu, en sorte que nous fûmes obligés de prendre des commodités pour nous rendre à Auxerre. J'étais fourré d'une bonne robe de chambre et mon manteau par-dessus; j'avais sur ma perruque un bon bonnet fourré qui se boutonnait depuis le nez jusque sous le menton, et ayant été obligé de se servir de carrioles où l'on se mettait presque à quatre et où l'on avait soin de mettre du foin dans les paniers pour en envelopper les pieds et les jambes, ma robe de chambre et mon manteau par-dessus. Cela fit que je supportai le froid jusques à Auxerre, mais d'Auxerre ici ayant été obligé de m'en venir à cheval, je ne puis exprimer l'horreur du froid que je sentis; je fus obligé de descendre à lous les villages que je trouvai sur mon chemin pour me chauffer, et comme j'étais couvert, il n'y avait que depuis le genoi' en bas et depuis le nez en haut où je souffrais le martyre; on trouvait du monde mort sur le chemin, et ce fut un miracle, étant Agé de 6S ans, que je pus me rcnilre chez moi sans aucun danger». (Vtyloz, Documenls inédits surla diselle en Aitxois au XVHI' siècle, dans Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de Semur, igciC, p. i33.)
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un bien qu'ils désirent avec raison, mais quil faut acquérir avec de nouveaux efforts, puisque les conditions immenses que j'aurais accardées sont inutiles pour le rétablissement de la paix publique' ».« Les députés consentirent de nouveaux sacrifices pécuniaires, dans l'espérance dobtenir enfin la paixc ferme et solide » qu'ils souhaitaient.
La Bourgogne donna naissance à Vauban, l'auteur de la protestation la plus vive qui se