VAUBAN
soit élevée contre les malheurs publics-. Dieu l'avait fait naître, dit-il lui-même, le plus pauvre gentilhomme de France. Élevé par un curé de campagne qui lui enseigna le latin et les mathématiques, il apprit le métier d'ingénieur à l'école du chevalier de Clerville et rendit à Louis XIV les plus grands services pendant ses guerres. Le roi l'envoya aux Pays-Bas et en Franche-Comté, et tandis que Gondé, Turenne et Luxembourg gagnaient les batailles rangées, Vauban prenait les places fortes. Devenu maréchal de France, il n'oublia pas son humble origine. Tout en fortifiant les villes frontières du royaume, Dunkerque, Lille, Metz, Strasbourg, Besançon, Belfort, Brianç.on, Perpignan, Bayonne, il écrivit un mémoire en faveur du rétablissement do léditde Nantes, et le livre de la Dîme royale (1707) où la condition du peuple était peinte avec beaucoup de cœur :
Je me sens obligé d'iionneur et de conscience de représenter à Sa Majesté qu'il m'a paru que de tout temps on n'avait pas eu assez d'égard en France pour le menu peuple, et qu'on en avait fait trop peu de cas; aussi c'est la partie la plus ruinée et la plus misérable du royaume; c'est elle, cependant, qui est la plus considérable par son nombre et par les services réels et effectifs qu'elle lui rend; car c'est elle qui porte toutes les charges, qui a toujours le plus souffert et qui souffre encore le plus; et c'est sur elle aussi que tombe toute la diminution des hommes qui arrive dans le royaume....
C'est encore la partie basse du peuple qui, par son travail et son commerce, et par ce qu'elle paye au roi, l'enrichit et tout son
1. Lettre, datée de Marly le i5 juin 1709, et adressée au duc de Bourbon. {Bibliothèque municipale de Dijon, n" 18 743).