Nolilia diynitalam ulriusque imperii (éd. Bœking
Les Origines. chapitre
la perle inestimable dont rien ne peut ternir le radieux éclat. Au grand jour de la justice, il dévoilera votre folie et celle de tous ceux qui se déchaînent contre ses fidèles serviteurs ». Ces paroles eurent leur châtiment. Attaché à une poulie, Bénig-ne fut déchiré à coups de nerf de bœuf et un soldat l'acheva d'un coup de lance, tandis qu'un autre lui brisait le crâne avec une barre de fer. Vers la môme époque, Andoche et Thyrse, arrêtés à Saulieu, furent suspendus au-dessus d'un bûcher, une énorme pierre liée aux pieds, et, comme la flamme ne les atteignait pas, un pavé leur cassa la tête. Saint Marcel, à Chalon, conduit devant le préfet Pierre, fut mis dans la terre jusqu'à la ceinture, et mourut d'une mort épouvantable . Saint Symphorien à Autun et saint Valérien à Tournus, curent la tète tranchée, comme citoyens romains.
Ces faits, connus seulement par des actes postérieurs et légendaires, ne sauraient être entièrement admis, et leur date doit être reculée de près d'un siècle; mais l'existence des martyrs, qui sont devenus les patrons des principales églises bourguignonnes, est indiscutable. Déjà connue avant eux par les négociantssyriensqui remontaientle cours de la Saône ou la voie d'Agrippa, la foi nouvelle profita de la faveur dont jouissaient en Bourgogne les cultes orientaux, et elle fit peu à peu des prosélytes. Une prière en langue grecque, trouvée à Autun, témoigne de l'ardeur mystique de leurs sentiments :
« O race divine de l'Ichllius céleste, reçois, avec un cœur plein de respect, la vie immortelle parmi les mortels; rajeunis ton âme, ô mon ami, dans les eaux divines, i)ar les flots éternels de la sagesse qui donne les trésors. Reçois l'aliment doux comme le miel du sauveur des saints; prends, mange et bois, tu tiens Ichthus dans tes mains. Ichthus, donne-moi la grâce que je désire ardemment. Maître et sauveur, que ma mère repose en paix, je t'en conjure, lumière des morts, Aschandius mon père, toi que je chéris avec ma tendre mère et tous mes parents; dans la paix d'Ichthus, souviens-toi de ton fils Pectorius '. »
1. Texte grec cl traduction dans Le Blanl, Inscriptions chrétiennes de la (laaleantérieure^i au VIII' siècle, p. lo-ii. Cf. Olto Pnhl, L'Inscription autunoise de richlhys, trad. Déchelette, dans Mémoires de la Société éduenne, igoi.
PREMIER Le Christianisme.
Cependant la foule hésitait encore à quit- SAiNT MAFTiN ter sps ancicns dieux ; dans les campagnes sur-
EN BOURGOGSE. ,11 .•» t • •«' p -i-v . • .
tout, les petites divinités familières tenaient au cœur des hommes. Saint Martin (316- 397?) vint les combattre en personne. Il parcourait les forêts du Morvan, raconte son biographe, quand il se trouva en présence d'un temple païen. Fidèle à sa coutume, il se mit en devoir de Tabattre. Les paysans furieux se jetèrent sur lui, et l'un d'eux, plus audacieux que les autres, saisit même une épée pour le frapper. Tranquillement, saint Martin dépouilla son manteau et présenta son cou au meurtrier; mais celui-ci, au moment où il levait le bras, tomba à la renverse. Effrayé de sa chute, il demanda pardon à Févêque et se convertit avec tous ses compagnons.
Après le départ de saint Martin, les chrétiens poursuivirent habilement son œuvre, substituant leurs églises aux anciens temples, leurs fêtes à celles des Romains, leurs saints à leurs idoles, mettant à la charge de ceux-là les guérisons que ceux-ci étaient censés accorder à qui venait les prier. De curieuses coutumes en témoignent encore. Au Bois de la Fée, près de Santenay, un Gallo-Romain en sayon et en braie préside à des cures merveilleuses sous le nom de saint Éloi. A la Comelle-sous-Beuvray existe, au bord d'une source, une petite chapelle placée sous l'invocation de sainte Claire, qui, le 12 août, attire de nombreux pèlerins venant chercher la guérison de maux dyeux et de douleurs de tête, et son cuUe se confond dans la légende avec celui des déesses mères. Il y a quelques années encore, à la Coquille d'Étalante, le jour de la Chandeleur (2 février), qui n'a fait lui-même que remplacer les Lupercales, les jeunes gens mariés l'année précédente venaient, accompagnés d'un nombreux cortège, au son de la flûte et du violon, le couple marié en dernier lieu occupant dans la marche et près de la source la place d'honneur. Après des ébats au bord de la fontaine, on y jetait des pains et des gâteaux, et c'était à qui les ressaisirait le plus adroitement, entiers ou par fragments.
Les Origines. chapitre premier
Lorsque les édits de Constantin (édit de LES Milan de 313) et de Théodose (édit de 380)
PREMIERES eurent permis le libre exercice de la relierion nouvelle dans l'Empire, les chrétiens de Bourgogne devenus nombreux purent s'organiser. Ils formèrent trois diocèses, Autun, Langres, Chalon, dont les chefs, les évêques, élus par le clergé et le peuple, relevaient du métropolitain de Lyon : Dijon dépendait du diocèse de Langres. Les élections étaient parfois très disputées. A Chalon-sur-Saône, en 470, trois candidats se présentent pour succéder à l'évêque Paul; l'un ne peut vanter que sa naissance, l'autre sa bonne table qui lui a fait de nombreux amis; le troisième promet de partager les biens de l'église entre les habitants. Leurs partisans se combattent jusqu'à ce que le métropolitain fasse nommer un « saint homme appelé Jean, recommandable par son honnêteté, sa charité, et qui n'aspirait nullement à être choisi ».
Parmi les évêques, les uns se faisaient surtout remarquer par leurs vertus évangéliques, les autres par leur illustre naissance; tels Rhéticius d'Autun, « prélat de bonnes mœurs et doué de toutes les grâces spirituelles », et son successeur Simplicius, « de noble origine, puissant et enrichi des richesses du siècle ». Tous avaient une autorité morale considérable, qu'ils tiraient de leur élection et de ce fait que les limites de leurs diocèses coïncidaient avec celles des anciennes circonscriptions civiles. Ils devinrent peu à peu les véritables chefs des cités.
Ainsi s'annonçait, par des signes concordants et certains, l'approche de temps nouveaux. Mais, pour que ces temps s'accomplissent, il fallait un changement politique, dont le point de départ fut l'arrivée sur les bords de la Saône d'un peuple barbare.