‹ Histoire de BourgogneChapitre 121 sur 177 · La Dime royale, éd. Georges Michel, s. d., p. i · texte numérisé non relu

La Dime royale, éd. Georges Michel, s. d., p. i

La Bourgogne Monarchique. chapitre

On ne peut avoir plus d'intelligence et de facilité pour les affaires; il est plein de feu, despote par caractère plus que par intérêt, servant ses amis, mais voulant en être servi de même... Il est impossible d'avoir la tête plus froide, plus vaste, et mieux ordonnée *.

Est-ce à dire qu'États généraux, États particuliers et communes, tous ces corps jadis si vivaces, n'aient plus joué aucun rôle? Leur activité fut au contraire plus grande que jamais : ils cherchèrent dans le développement économique de la province une compensation à la perte des libertés. C'est dans la succession des efforts faits par les États, d'accord avec l'intendant, pour améliorer la condition de l'agriculture, du commerce et de l'industrie, que consiste avant tout l'histoire de la Bourgogne au xviiie siècle.

Dans des Mémoires rédigés vers 1700, MEMOIRES l'intendant Ferrand parle de la fécondité de

DE VlNTENDA.yT . ^ , ,,

FEPBAND. la Bourgogne, « cette belle provmce qui produit abondamment toutes les choses nécessaires à la vie, oii il y a des blés, des vins, des fourrages, des forêts, des bois, des mines et des forges pour le fer ». Il en énumère complaisamment les pays et les villes : Chalon, « centre d'un grand commerce d'une infinité de choses, qui envoie des grains et du foin du côté de Lyon, des vins à Paris, du chanvre à Troyes et dans l'Autunois »; Beaune, dont les vins recherchés par les Parisiens, les Flamands, les Liégeois, les Lorrains, « se voiturent en Allemagne, en Flandre, et passent même en Angleterre «; le Charolais et la Bresse, où sont élevés des bœufs que les marchands vendent à Paris, à Lyon et en Franche-Comté; Barsur-Seine, en relations d'affaires avec la Picardie; Auxerre, débouché de toute l'arrière-côte. Cependant il reconnaît que tout n'est pas pour le mieux. S'il se fait en Bourgogne un grand nourrissage, « le bétail n'y est généralement pas beau » ; les draperies de Châtillon ont été ruinées par celles de Reims; les routes et les voies fluviales sont dans un état

1. J. -Louis Malleste, Testamenl mora/ (manuscrit), cilé par De la Cuisine, t. III, p. 203.

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TROISIÈME L'Ancien Régime.

lamentable. Certains chemins sont si délabrés qu'il n'est plus possible de les rétablir. Les ponts de pierre et de bois tombent en ruines. De grandes dépenses sont nécessaires pour rendre les rivières navigables, empêcher les inondations. La Saône, qui « sert à enrichir par la facihté des voitures et la commodité qu'elle fournit au commerce », a grand besoin d"être curée ; les ronces et les arbrisseaux qui croissent sur ses bords empêchent le tirage des bateaux.

D'accord avec Ferrand, les États de 1700 constatent que le vote d'un fonds annuel de 6000 livres a été insuffisant pour réparer le mal. La grande route de Bourgogne, sous l'ancien régime, est celle de Paris à Lyon par Auxerre, Montbard, Dijon, Chalon, Mâcon, avec embranchement de' Dijon à Montbéhard par Auxonne, Dole et Besançon; une diligence, qui part deux fois par semaine du quai des Célestins de Paris, emmenant dépêches et voyageurs, la suit jusqu'à Chalon où elle est remplacée par un coche d'eau. Pour empêcher cette route de devenir inutilisable, on s'est borné à établir des chaussées pavées « dans les lieux où l'on a remarqué qu'elles étaient absolument nécessaires ». Les chemins de Bresse n'ont jamais été l'objet d'aucun tracé régulier, ni de travaux conformes aux règles de l'art; les habitants de Bourg demandent vainement à être mis en communication avec Mâcon et Lyon.

DÈvELOPPEMENi Restaurcr les anciennes routes et en

DES VOIES DE ouvrir de nouvelles, améliorer la naviga-

coMMMvm- ^ion telle fut l'œuvre à laquelle les États

CATION. < 1 • • 1 11 r. V ^\

consacrèrent pnncipalement leur argent et

leurs soins.

Un règlement royal du 26 mai 1705 prescrivait de construire des chemins plantés d'arbres sur leur bordure; en principe, il ne s'appliquait qu'aux pays d'élection, « le roi ne faisant jamais de fonds pour les ouvrages publics, dans les pays d'État », mais S. M. « excitait les députés aux États d'y donner ordre ». La Bourgogne entra résolument dans ces vues. Une somme annuelle de 30000 livres fut consacrée

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aux voies de communication. Un fonctionnaire particulier, Tingénieur-voyer en chef de la province, fut chargé de veiller à leur entretien. En 1733, un emprunt de 100 000 livres se fit, rien que pour les routes de Bresse. Le Brionnais et le Charolais furent très bien partagés. Charolles fut réuni à Mâcon et à Digoin, ce qui permit d'embarquer sur la Loire les marchandises de Lyon et les vins du Maçonnais. Pontailler, « le premier port et le premier pont sur la Saône en Bourgogne », fut mis en relation directe avec Dijon. 18 000 kilomètres de roules furent ainsi créés ^ Les ingénieurs ne reculaient devant aucun obstacle. A la Rocheen-Brenil, ils construisirent entre deux montagnes et des précipices une superbe levée, « ouvrage digne des Romains, et qui faisait l'admiration des étrangers (1747) ». Plusieurs ponts furent refaits. Le pont de Seurre, bâti en bois sur six piliers de pierre, coûta 55 000 livres; celui de Semur, d'une seule arche en plein cintre de 72 pieds d'ouverture, en coûta 50 000 ; i200 000 livres furent consacrées au rétablissement du pont dAuxonne et de la chaussée de 2350 pas qui y conduisait, portée par 23 arcades « afin de faciliter l'écoulement des eaux dans le temps des inondations ». A Saint- Jean-de-Losne, une digue de 300 toises fut exécutée pour arrêter les crues de la Saône. Les rivières furent réunies entre elles ou avec les fleuves voisins, par des canaux.

L'idée n'était point nouvelle. Les Écono-

LES CANAUX ^^^^^ roijalcs de Sully indiquent comme un

BOURGOGNE, cxpédicnt propre a augmenter la richesse

publique « les conjonctions de la rivière de

Seine avec Loire, de Loire avec Saône, et de Saône avec

Meuse, par le moyen desquelles, en faisant perdre deux

millions de revenus à l'Espagne et les faisant gagner à la

France, l'on ferait passer à travers d'icelle la navigation

des mers Océan et Méditerranée de l'une à l'autre ». Le

1. Tableau contenant l'élal général de toutes les grandes roules faites ou à faire en Bourgogne, la dislribulion des corvéables, la distribution de toutes ces routes en trente-deux directions..., in-4, Dijon, de Faj', 1784.

TROISIÈME V Ancien Régime.

maître des digues royales sous Henri IV, Humphrey Bradiey, conçut le projet d'ouvrir de Dijon à Saint-Jean-de-Losne, par Ouges et Brazey, un canal d'une profondeur moyenne de quatre pieds d'eau assurée par des « portereaux » ou écluses, avec trois ponts et un port pouvant contenir vingt bateaux. En 1665, les États de Bourgogne votèrent 600 000 livres pour la « jonction des mers » par la Dheune et la Bourbince. Bouchu, accompagné par M. de Francine- Grandmaison, intendant des eaux et fontaines de France, et M. de Charmoy, architecte du roi, explora ces deux rivières ainsi que les étangs de Longpendu et de Montchanin; il dressa un devis des travaux à exécuter qui s'élevait à 2 324 140 livres, et fit publier l'entreprise pendant six dimanches consécutifs dans les villes de Chalon, de Dijon et de Lyon'. En 1676, Riquet, le constructeur du canal du Midi, présenta un rapport. Tous ces projets, qui n'avaient jamais existé que sur le papier, furent repris au xviii^ siècle. Alors commencèrent les trois canaux qui desservent la Bourgogne actuelle : le canal de Bourgogne, le canal du Centre, le canal du Rhône au Rhin.

Un très grand ingénieur, nommé Abeille, fit le tracé du Canal de Bourgogne « par le seuil de Pouilly»; il établit en trois ans (1724-1727) tous les plans, nivellements et devis, mais les intrigues du Marseillais Marchand d'Espinassy réussirent à l'écarter. Les premiers travaux furent faits en 1775 seulement, du côté de l'Yonne, par Laurent, directeur des canaux de Picardie; puis, sur la demande des États, les ateliers furent transportés à Dijon et placés sous la conduite de Dumorey et Gauthey, ingénieurs de la province. Le Canal du Centre est l'œuvre exclusive de ce dernier; il en fit approuver le dessin par l'assemblée des ponts et chaussées de 1779, et s'installa à Chagny, pour l'exécuter,

1. L'initiative de ces mesures appartient à Colbert, qui s'était également occupé des cliemins. Le 23 avril 1679, il écrivait à Bouchu : « Il faut employer les fonds de la province aux grands chemins qui peuvent être utiles aux peuples par les grandes voilures qui y passent et la consommation des denrées, et ces grandes routes sont d'ahord celles de Lyon el de Dijon, et ensuite celles qui vont des grands vignobles aux rivières qui servent à emporter les vins et autres denrées de la province. »

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vers la fin d'avril 1783. Le projet du Canal du Rhône au Rhin, anciennement dit de Franche-Comté, étudié aux frais des deux Bourgognes par Fingénieur Bertrand, fut présenté le 1" mars 1725, et adopté six ans après. Les 23 et 24 juillet 1784, le prince de Condé posa, au nom du roi, la première pierre de la première écluse de chacun des trois canaux, à Chalon-sur-Saône, Saint-Symphorien, Saint- Jean-de-Losne. Mais il ne suffisait pas d'avoir organisé cette colossale entreprise; il fallait la mener à bonne fin. L'argent, les ouvriers, les contremaîtres manquaient; les habitants, ne comprenant pas leur intérêt, arrachaient les piquets qui jalonnaient les champs à parcourir. L'énergie des ingénieurs, la persévérance des États, la volonté de l'intendant triomphèrent de tous ces obstacles. Des peines sévères furent édictées contre ceux qui arrêteraient les travaux. Les directeurs de chantiers purent employer, pour les terrassements, des soldats, les mendiants des dépôts, et môme ils furent autorisés à faire travailler par corvées « en ce qui concerne les voitures des matériaux, sans surcharger les corvéables d'un plus grand nombre de corvées que celles qui sont réglées et d'usage ». Pendant Ihiver, Gauthey formait ses contremaîtres à l'aide de dessins et de modèles établis par lui ; lété, il les conduisait sur le terrain. En 1791, l'eau fut mise dans le canal du Centre et dans la partie du canal de Bourgogne comprise entre Pont-de-Pany et Saint-Jean-de-Losne. Dès 1783, les États avaient fait frapper une médaille, avec cette inscription : Ulriusque maris Junctio triplex, fossis ab Arari ad Ligerim, Sequanani et Rhenum simul apertisK

La vigne et le blé constituaient toujours

AGRICULTURE |j^ richessc agricole de la province. A Givry

INDUSTRIE. se trouvaient les caves de Vivant Millard, à

double voûte, sans charpente, contenant

2000 pièces de vin et neuf foudres de vingt à soixante ton-

1. Par les canaux ouverts de la Saône à la Loire, à la Seine et au Rbin, les deux mers ont été trois fois unies.

RÉJOUISSANCES A DIJON APRKS I.'AI TINTA I Di: DA.MIKNS (2 FÉVRIER 1757).

/;/')/. nat., Effampcs. <Jh 70.

l'ROJET DU CANAL Dr. liO IIU.( )C;N K l'Ait l.i: SI LU. DK l'OLII.l.y.

/libl. liai.. Enluiiipes. Va 33.

PI. 25, p. 318.

TROISIÈME L'Ancien Régime.

neaux placés dans des niches taillées dans le roc. Mal avisés, beaucoup de paysans plantèrent des vignes dans les terres arables, si bien qu'en 1720, la récolte ne réussit pas à couvrir les frais. On revint à temps aux céréales, et même, dans les plus mauvaises années, la Bourgogne regorgea de blé. Les États installèrent des pépinières de mûrier blanc et distribuèrent gratuitement des plants à ceux qui voulaient élever des vers à soie. Ils firent venir du Roussillon des béliers mérinos pour la reproduction ; d'autres furent achetés en Espagne par le « berger » Daubenton, qui les établit dans une ferme modèle, à Fain-les-Moutiers près de Montbard. « L'intention des administrateurs de la Province, dit Gourtépée, est de répandre des lumières sur cette partie négligée de l'économie rurale. » Les moutons de l'Auxois, de l'Autunois, du Charolais, acquirent une grande réputation due à l'excellence de leur chair, à l'abondance et à la finesse de leur laine. Les Etats particuliers du Maçonnais répandirent à de nombreux exemplaires le Traité du chanvre de Mercandier. Des tentatives furent faites pour acclimater dans la Bresse la culture du lin.

L'industrie bénéficia de cet accroissement de la production. Dans la plupart des villes, on rencontre les industries dérivées du travail de la laine ou du lin. Les manufactures de Seignelay fabriquent des serges « façon de Londres », des draps pour habiller la maréchaussée de France. Semur, Saulieu, Ghâtillon, Auxerre, Avallon, confectionnent des draps « façon de Semur » et de gros droguets pour l'usage des gens du peuple. On fait à Dijon les velours de coton; à Vitteaux, Saulieu, Seurre, les toiles d'étoupes; à Montbard, les lacets en fil; à Saint-Rambert-en-Bugey, les nappes et serviettes « en grande et petite Venise » ; à Autun, une étoffe commune « assez singulière et qui ne se trouve en aucun autre endroit du royaume », la tapisserie de Marchant, « toute de poil et de fil et de plusieurs couleurs », qui sert à faire des couvertures de lit et de chevaux, des tapis de pied, et à doubler les belles tentures; le Maçonnais a la spécialité des filatures de coton « façon de Rouen » :

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il y en a jusque dans les villages, où elles occupent femmes et enfants. Les habitants de la Bresse et du Bugey s'adonnent à des travaux plus fins, mousselines de Belley et de Nantua, soieries de Pont-de-Veyle.

Le blé, le vin, le bétail, les produits manufacturés, sont Tobiet d'un important

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