PRÉLIMINAIRES DE LA RÉVOLUTION
L'ANCIEN Régime a été, pour la Bourffoe-nc, une époque de grandeur intellec-
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ET SES CAUSES, tuelle, non seulement parce qu une partie des habitants tourna son activité du côté des choses de Tesprit, mais parce que les efforts individuels furent encouragés par les États de Bourgogne, aussi clairvoyants, aussi généreux en cette matière qu'ils l'avaient été en ce qui concerne l'industrie et le commerce. Le registre
1. Sources : Courlépée, DescripHon générale el particulière du duché de Bourgogne, !, vol. in-8, 1847. Souvenirs du préddenl Johj de Blaisij (1610-1679), publiés par Ernest Petit dans Mémoires de la Société bourguignonne de géographie el d'histoire, 1899. Lantin de Damerey, Extraits de son journal intéressant le XVIII' siècle, dans les Deux Bourgognes, t. VIII. Journal d'un professeur à l'Université de Dijon (1742-1774). Mercure dijonnais (1748-1789), publié par Dumay dans Mémoires de l'Académie de Dijon, i885-i886. Milsand, Notices et documents pour servir à l'histoire de l'Académie de Dijon, 1870.
Ouvrages modernes. — 1" Lettres et arts : Jacquet, La vie littéraire dans une vdle de province sous Louis XIV. Élude sur la Société dijonnaise pendant la deuxième moitié du XVII' siècle d'après les documents inédits, 1886. Abbé Deberre, La vie littéraire à Dijon au XF/ZY* siècle, 1902. H. de Fontenay, La société d'Autun au XVIII' siècle d'après les mémoires de Crommelin, dans Mémoires de la Société éduenne, 1877. Mignard, Histoire de l'idiome bourguignon et de sa littérature propre, i856. Fertiault, Histoire des Noëls en Bourgogne, 1842; Les Noëls bourguignons, 1808. Kleinclausz, Les origines de l'Université de Dijon, 1904. Muteau, Les écoles et collèges en province avant 1789, 1882. De Charmasse, L'instruction primaire dans l'ancien diocè.ie d'Autun au XVII' el au XVIII' siècle, 1878. Ouantin, Histoire de l'instruction primaire el secondaire avant 1790 dans les pays qui forment le déparlement de l'Yonne, 1875-1877. Perraull-Dabot, L'art en Bourgogne, 1904. Pougin, Rameau, essai sur sa vie el ses œuvres, 1876.
2" Préliminaires de la révolution : Correspondance de la mairie de Dijon, t. III, Introduction. De la Cuisine, Histoire du Parlement de Bourgogne, t. III. Marion, Le garde des sceaux Lnmo'ignon et la réforme judiciaire de I78S, igoS. Voillery, Fin de l'Ancien Régime en Bourgogne, 1907.
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de ces assemblées est plein de délibérations prises pour favoriser les écrivains, les artistes, faire imprimer des livres utiles, dresser des cartes, subventionner des établissements d'instruction, élever des monuments. Des sommes importantes sont votées à cet effet. Un décret en justifie Tusage dans ces termes d'une noble simplicité :
Le goût des arts et des sciences est en quelque sorte le partage de la nation. Dès l'origine, elle se montra avide de s'éclairer et de marcher dans les routes du savoir. Aujourd'hui surtout, la science est comme un trésor public où chacun va puiser, et toutes les connaissances humaines sont peut-être plus avancées parmi nous que chez aucun peuple de l'Univers. Pour entretenir cette noble émulation et encourager les talents, la Province consacre annuellement certaines sommes pour l'avancement des lettres et des sciences '.
A Dijon, « nouvelle Athènes », le succès fut particulièrement éclatant. Au xvii* siècle, Pierre Bayle, Fauteur du Dictionnaire historique, déclare tenir la capitale de la Bourgogne pour « une des plus jolies et des plus savantes villes du royaume, où il y a mille fois plus de livres qu'à Rotterdam ». Au siècle suivant. Voltaire dit qu'après Paris, il n'y a pas de ville qui ait fourni tant de sujets à la République des lettres, et que « le mérite de l'esprit semble y être un caractère des citoyens ».
Le besoin de s'instruire est général, LE MILIEU parmi les gens aisés. Enfants, ils sont confiés BOUBGuiGNON. ^ (j^s préccptcurs nourris, des lettres classiques, qui leur enseignent les rudiments de l'archéologie et le latin ; adolescents, ils partent pour Paris faire leur droit; puis ils vont en Italie compléter leur éducation par l'observation directe des hommes et des choses. Ils n'ignorent l'Angleterre ni la Hollande; mais, à leurs
1. Registre des Étals de Bourgogne : décret du 30 novembre nsi (Archives départementales de la Côle-d'Or, série C, .Soi.',, folios i48-i5o). C'est dans ces registres, qui n'ont pas été dépouillés, qu'on trouve les lémoisnagcs de la protection accordée par les Etats aux lettres cl aux arts. Voir notamment C. 8009, 8224, 8228, surtout 3694-
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yeux, il n'est « d'endroit si gracieux et si agréable que la Bourgogne » :
Tout y flatte nos regards D'une diversité charmante; Ici, des monts et des coteaux, Là, des villages, des châteaux.
Mais les fruits les plus doux qu'on voie Autour de ces monts sourcilleux, Ce sont ces raisins merveilleux Qui réi)andent partout la joie.
Presque dans toutes nos collines, On trouve des vins excellents, Qui, doux ou forts, rouges ou hlancs, Bannissent les humeurs chagrines.
Au retour, les jeunes voyageurs entrent au Parlement ou à la Chambre des comptes, briguent les charges municipales, deviennent présidents, conseillers, maires, échevins, mais leur office une fois rempli, ils aiment à s'entretenir de science et d'art. La langue qu'ils parlent est claire, d'une grande noblesse due au choix des mots et à l'usage fréquent du style périodique.
Deux Dijonnais, les présidents Joly de joLY DE BLAisY Blaisy et Bouhier, sont les modèles accomplis ET nouniER. (le ces Bourguignons d'autrefois. Joly de Blaisy (1649-1725), après avoir eu plusieurs précepteurs, entre autres Barbier de Langres, qui « écrivait joliment en vers et en prose » et devint académicien sous le nom de d'Aucourt, étudie le droit à Paris, prend sa licence à Orléans, visite Gênes, Milan, Florence, Rome, Venise, faisant « comme les Français font ordinairement, beaucoup de folies et de dépenses ridicules », Devenu président au grand conseil sous Louis XIV, il habite la capitale, mais il ne passe pas une année sans venir à Dijon, où il possède un hôtel entre cour et jardin, une vaste bibliothèque, de magnifiques tapisseries. Malgré des « langueurs, causées par ses vapeurs », il aime « tout ce qui peut plaire dans la conversation et dans le commerce du monde », et
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« se divertit aux recherches généalogiques », en compagnie de Gaignières et de d'Hozier.
Issu de parlementaires versés dans le droit et la littérature, le président Bouhier (1673-1746) apprend à Dijon la versification latine, à Paris la jurisprudence, tout en sachant qu'il ne peut « acquérir parfaite connaissance, sans y mêler celle des bonnes lettres et de Thistoire ». Conseiller au Parlement de Bourgogne en 1693, président en 1704, il ne veut pas rester « les bras croisés, comme un bonhomme qui n'est propre à rien »; il commente les anciennes coutumes du pays; il apprend le grec, l'italien, l'hébreu, correspond avec des savants français et étrangers, traduit Pétrarque et Cicéron. En 17:27, il est reçu à l'Académie française par cette parole trop élogieuse du président Hénault : « Vous avez atteint dans la poésie française la beauté des plus grands poètes de l'antiquité ». Sa bibliothèque renferme 35 000 volumes imprimés et 2000 manuscrits « tous bien choisis et parfaitement conditionnés ». Quand il rentre du palais, il fait toujours devant ses livres une station, ne serait-elle que d'un quart d'heure; quand il s'habille, il a quelque ouvrage ouvert devant lui, et il y jette les yeux. D'ailleurs sa bibliothèque n'est point la seule. On cite encore à Dijon celle de du Tillot, qui renferme 600 volumes d'estampes et 1 600 médailles d'or et d'argent; à Semur, le cabinet d'histoire naturelle de Guéneau de Mussy et la bibliothèque de l'avocat Varenne.
Parmi les Bourguignons lettrés du genre LES GRAXDs ^^^ j^u. jg Blaisv et de Bouhier, beaucoup BossuET. demeurent ignores. 11 en est d autres auxquels leurs discours et leurs écrits assurent une place importante dans l'histoire littéraire de la France. Au premier rang de ceux-là, et hors de pair, figurent Bossuet et Buffon.
Bossuet (1627-1704) naquit à Dijon d'une famille de magistrats : l'un de; ses aïeux fut conseiller au Parlement royaliste de Semur. Avant d'être envoyé au collège de
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Navarre à Paris, il étudia chez les jésuites de Dijon, sans d'ailleurs se faire remarquer. Il passa ses thèses de théologie (1648), reçut la prêtrise (1632), et débuta dans l'art oratoire, en prêchant à Metz les protestants; il devint ensuite évêque de Condom (1669), précepteur du grand dauphin, évêque de Meaux (1681). L'année suivante, Bossuet inspira au clergé de France la fameuse déclaration qui formulait les libertés de l'église gallicane : indépendance des rois au temporel, infaillibilité de l'Église universelle et non du pape. Orateur, historien, philosophe, ses principales œuvres sont : les Sermons, les Oraisons funèbres, parmi lesquelles la plus remarquable est peut-être celle du grand Condé, le Discours sur l'histoire universelle, où sont indiqués « les grands changements arrivés dans l'état de l'humanité »,'V Histoire des variations des églises protestantes composée pour ramener les calvinistes à la foi catholique, le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, la Politique tirée des propres paroles de VÉcriture sainte, dont le principe est qu' « il n'y a point de puissance qui ne soit de Dieu. » Bossuet vint rarement en Bourgogne. Il prêcha à Dijon le 7 mai 1656, traversa la province en 1674; il ne semble pas qu'il ait été goûté de ses concitoyens, encore qu'un d'entre eux se félicite d'avoir entendu saint Paul et saint Augustin parler par sa bouche. Et cependant, il avait les fortes qualités de sa race. « C'était un robuste Bourguignon, de sang riche, de tempérament bien réglé, simple, lucide, franc, sans brutalité comme sans flatterie, ennemi du tortillage et du mensonge... La qualité éminente de son esprit, c'est le bon sens, lamour et le discernement du vrai... Son style tire sa perfection de son absolue et candide probité ' ».
Buifon (né à Montbard, 1707-1788) était fils dun conseiller au parlement de Dijon. 11 semblait devoir entrer dans la carrière paternelle ; mais son goût l'entraîna de bonne heure vers les mathématiques et l'histoire naturelle. Il fit de nom-