LES ARTS ET
On ne rencontre pas dans l'art bourguignon la même puissance ni la même origina- LEs ARTISTES, lïté qu'au xv^ siècle. Beaucoup de monuments sont l'œuvre d'artistes étrangers à la province. Les architectes Gabriel et Noinville, les sculpteurs Edrae Bouchardon et Claude Attiret, disciples de Guillaume Coustou et de Pigalle, importèrent directement les formules de Versailles. Cependant la Bourgogne ne fut pas inféconde; elle peut se glorifier d'une belle lignée d'artistes. Au xvii« siècle appartiennent : l'architecte Le Muet (de Dijon, 1591-1669), auteur de la coupole et de la façade du Val-de- Grâce; le peintre Nicolas Quentin (de Dijon, mort en 1636), qui se consacra tout entier à la peinture religieuse, et dont Poussin am^ait dit que « s'il allait en Italie, il y ferait fortune » ; le sculpteur Jean Dubois (de Dijon, 1626-1694), qui décora les églises de sa ville natale et dont deux ouvrages, la statue du président Joly de Blaisy et celle de l'intendant Bouchu (chapelle Sainte-Anne de Dijon), sont de vivants portraits. Au xviii-^ siècle, l'architecte Soufflot (né à Irancy près d'Auxerre, 1713-1780) commence le Panthéon, exécute la façade de l' Hôtel-Dieu de Lyon et donne les plans de l'hôpital de Mâcon; le peintre Jeaurat, fils d'un marchand de vin de Vermenton et chanceher de l'Académie de peinture en 1781, se fait connaître par des intérieurs et des scènes de la vie locale. Mais Greuze (de Tournus, 172o-180o) surtout jouit d'une grande faveur auprès de ses contemporains, qui trouvent dans ses tableaux (le Vieux paralytique, la Cruche cassée, V Accordée de village, la Petite fdle aux chiens), de quoi émouvoir leur fausse sensibilité.
La Bourgogne Monarchique. chapitre
Le plus grand artiste bourguignon de cette époque n'est cependant ni un architecte,
RAMEAU. . , , • • t . L
ni un sculpteur, ni un peintre; c est un musicien, le Dijonnais Rameau (1683-1764). Bien que son père le destinât au barreau, il préférait à l'étude du droit celle du clavecin, de l'orgue, du violon; il voyagea en Italie, devint au retour élève de l'organiste parisien Marchand, et fut lui-même organiste à Lille, Glermont, Paris. Il lit 27 opéras {Castor et Pollu.v^ Dardanus, Hippolyte et Aricie), des ballets (les Fêtes d'Hébé, les Indes Galantes), et un Traité de l'harmonie, où il pose les lois de la science des accords. Le roi le décora de l'ordre de Saint-Michel, lui donna des lettres de noblesse, 2 000 écus de pension, le titre de compositeur de son cabinet. Les États de Bourgogne lui octroyèrent 500 livres pour rétablissement d'un concert à Dijon. Arrivé au moment où la musique française subissait une véritable éclipse, Rameau reprit et perfectionna la tragédie musicale imaginée parLulli; il « augmenta sa force expressive, y ajouta le prestige d'un style, sinon très souple et très varié, du moins vigoureux et original, et d'une instrumentation colorée. Il prépara de la sorte les voies au grand Gluck. »
Les États instituèrent à Dijon, en 1767, L-ECOLE SOUS la direction de François Devosge, une
DES BEAUX-AHTS , , , , • - l-l • i> i i n
DE DIJON. école de dessin, aujourd hui Lcole des Beaux- Arts. Elle comprenait 150 élèves, répartis en huit classes; il y avait leçon tous les jours, sauf le dimanche; l'on étudiait d'après le modèle vivant. Des médailles d'or et d'argent étaient attribuées chaque année aux plus méritants ; en outre avait lieu tous les quatre ans un concours, à la suite duquel un peintre et un sculpteur partaient pour Rome étudier aux frais de la province. Ces « pensionnaires » devaient envoyer quelques-unes de leurs œuvres en Bourgogne, afin qu'on pût suivre leurs progrès; ils exécutaient, pour finir, la copie de quelque tableau ou statue. Ainsi furent formés des sculpteurs corrects (Renaud, Bertrand, Bornier) et des
QUATnîÈME La Société sous Vancien Résime
peintres honorables : Claude Naigeon (1753-1832), l'un des fondateurs du Musée du Luxembourg ; Lallemant (1710-1802), dessinateur précis qui eût excellé dans la composition de cartons de tapisserie; Bénigne Gagneraux (1776-1795), qui servit le roi de Suède Gustave III et mourut avant d'avoir pu donner sa mesure. L'École de Dijon devait s'illustrer avec Rude et Prud'hon*.
Les bienfaits de l'art s'étendirent aux NOUVEAU villes. Les rues furent élargies, multipliées, DES VILLES. éclairées avec des lanternes, les places ornées de fontaines, les maisons garnies de balcons en fer forgé. A Dijon, Auxerre, Chalon, Beaune, Avallon, les anciens remparts, hérissés de tours, de bastions et de contrescarpes, sont métamorphosés en promenades plantées de tilleuls et de marronniers. Avec son nouveau quai bordé de belles maisons et son port rempli de bateaux montant et descendant « qui remplissent les yeux agréablement », Chalon « réunit les agréments de la vie, la tranquillité, la propreté d'une ville de province à la magnificence de la capitale d'un canton et au charme d'une superbe campagne,
Où la Saône enchantée, à pas lents, se promène, N'arrivant qu'à regret au Rhône qui l'entraîne ».
Des églises sont construites, dans le style jésuite du P. Martellange ou surmontées de coupoles par le frère Louis de l'Oratoire (église des Carmélites et chapelle Sainte- Anne à Dijon, chapelle de l'Oratoire à Beaune, églises Saint- Pierre de Chalon et Notre-Dame d'Autun). De nombreux hôtels s'élèvent, reconnaissables encore à leurs salons garnis de hautes cheminées, à leurs vastes escahers, leurs lucarnes et leurs portes ouvragées dans le style caractéristique (Jes règnes de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI : tels à Dijon l'hôtel de Vogué et le local de l'Académie. Dans les
1. Voir le chapitre sur le Dix-neuvième x'ùde, p. /jag, et Garnier, Notice sur l'Ecole nationale des Beaux-Arls de Dijon, clans Annuaire déparlemenlal de la Côte-dVr, i8Si.
La Bourgogne Monarchique. chapitre
campagnes, des châteaux confortables, entourés de parcs et de jardins, remplacent les derniers châteaux forts. Les plus remarquables sont ceux de Bussy-Rabutin et de Chagny; celui-ci, semblable aux Invalides, reste intéressant malgré les mutilations qu'il a subies. Le Palais des États de Bourgogne, à Dijon, se distingue entre toutes les constructions du temps par ses proportions grandioses, son allure majestueuse. Précédé d'une cour rectangulaire qui rappelle celle de Versailles, il se compose de deux bâtiments semblables tracés en retour d'équerre, qui se terminent chacun par une colonnade; il renferme des salles magnifiques, la Salle des États et celle des Festins, où les Condés donnaient leurs repas. Entrepris de 1682 à 1720 par Noinville, il fut complété, entre 1775 et 1784, par Gauthey, Dumorey et l'architecte Le Jolivet'.
Un entreposeur des tabacs, J.-B. Crom- AUTUN melin, a tracé de la bonne société d'Autun,
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SIÈCLE. "^'srs 1778, un tableau qui peut s'étendre à toutes les villes de la province :
On n'avait qu'une seule occupation, celle de se donner du plaisir: qu'un seul souci, celui de varier le plus possible. Aussi n'était-ce chaque jour que dîners, soupers, concerts, bals, jeux, promenades, fêtes et parties de toutes sortes.
Le matin, après le café ou le chocolat, chacun se rend à ses affaires; les commis vont à leurs bureaux, les gens de loi montent au présidial, les oisifs se réunissent sur la place du Champ. L'heure du dîner approche. On a rendez-vous chez M. le Gouverneur, qui traite souvent et bien dans son hôtel, rue de l'Arquebuse; chez M. d'Autun, où les appartements sont splendides, la vaisselle somptueuse et la table bien garnie; au donjon, avec le chapitre de la collégiale; aux Jésuites, qui distribuent des prix; aux Capucins, dont c'est la fête, ici, là, à propos de tout et de rien, sans autre motif que celui de se divertir et de divertir les autres.
' L'après-dîner se passe en promenades à la porte des marbres, au temple de Janus, sur le chemin de Parpas.... C'est encore l'heure des exercices publics du collège ou des répétitions musicales et dramatiques. Les dames montent en carrosse ; les élégants les escortent à cheval; au retour, l'on rend quelques visites, on tire l'oiseau