‹ Histoire de BourgogneChapitre 141 sur 177 · FUITE DU PRINCE DE CONDE ET DE L ABBE MAUKY · texte numérisé non relu

FUITE DU PRINCE DE CONDE ET DE L ABBE MAUKY

Bibl. nal., EsUimpes. Qb 92.

J^tAJUrv

ASSASSINAT DU DÉPUTÉ I.E rEIlKTIIU (de SAlNT-FAUGEAu).

llihl. nnt., h'flamix:-: Qh OS.

ri. 28, p. 36*.-

PREMIER La Révolution.

quelques fermiers des moines, et surtout des capitalistes appartenant à la bourgeoisie urbaine. Du moins ils revendirent par fragments leurs acquisitions, et le morcellement de la propriété foncière commença.

Les fêtes de la fédération furent pour le FÊTES peuple l'occasion de manifester son enthou-

LA FÉDÉRATION, siasmc cu favcur de ces réformes « tombées du ciel ». Le 7 décembre 1789, les Dijonnais jurèrent de rester unis « pour le maintien de la paix et l'exécution des décrets de l'assemblée nationale ». Le 18 mai 1790, les milices bourgeoises des quatre départements de la ci-devant province de Bourgogne, appelées maintenant gardes citoyennes ou encore gardes nationales, formèrent à Dijon une « coalition ». Le fds de Buffon, qu'elles avaient nommé leur colonel général, les passa en revue près de la Chartreuse, puis traversa la ville à leur tête. Un Temple de la Liberté avait été élevé au rond-point du Parc; ses murs étaient couverts de peintures représentant la chute de la Bastille et d'autres sujets « analogues aux événements présents » ; au milieu se dressait un autel. Après que Volfius, alors aumônier de la garde nationale, eut dit la messe, 3 000 fédérés prêtèrent le serment suivant :

Nous, députés des gardes nationales des quatre départements formant ci-devant la province du duché de Bourgogne, pénétrés de la grandeur des motifs qui nous rassemblent; certains de notre persévérance dans l'union que nous avons contractée; animés du même esprit et de cette fermeté inaltérable qu'inspire aux hommes l'ardeur généreuse d'être libres; jurons sur l'autel de la patrie, en présence du Dieu des armées, de maintenir de tout notre pouvoir la Constitution du royaume, d'être fidèles à la Nation, à la Loi et au Roi, d'exécuter et de faire exécuter les déci'ets de l'Assemblée nationale, sanctionnés ou acceptés par le Roi.

Nous jurons de respecter et faire respecter la liberté publique et la liberté individuelle des citoyens; de garantir les propriétés légitimes et reconnues pour telles par les décrets de l'Assemblée nationale, d'assurer la perception dos impôts légalement établis, la libre circulation des subsistances dans l'intérieur du royaume; de maintenir partout où nous serons appelés l'ordre et la paix et d'y employer la force de nos armes, lorsque nous en serons requis conformément à la loi.

La Bourgogne Contemporaine. chapitre

Nous déclarons qu'inflexiblement opposés à tous les genres de désordres, nous le serons surtout à ceux que fomenteront les ennemis de la Constitution. Nous jurons de poursuivre, avec le fer, les téméraires qui oseraient tenter une contre-révolution ; et nous reposant, avec sécurité, sur la protection de l'auteur de toutes choses, nous nous engageons mutuellement par l'honneur, le sang et nos fortunes, de nous rassembler au premier signal d'un péril commun, pour combattre, vivre libres ou mouiùr '.

Les fédérations du Dauphiné et du Vivarais envoyèrent des adresses à celle de Bourgogne, qui leur répondit en les félicitant d' « opposer le courage et la vertu aux insinuations perfides des ennemis de la régénération de Tempire français ». Le 14 juillet suivant, jour de la fédération nationale, villes et villages envoyèrent leurs représentants à la cérémonie du Champ de Mars à Paris. Les députés de l'Ain étaient porteurs dune lettre pour La Fayette, ce « héros de la liberté, formé sous un grand maître dans le nouveau monde ». Mais chaque localité voulut avoir sa solennité. Dijon fit une illumination générale. A Mâcon, Tévèque officia sur le quai en présence de toutes les autorités, après quoi il bénit une charrue ornée de fleurs, « symbole de Tagriculture ». A Auxerre, un autel portatif fut déposé au milieu de la nef de la cathédrale, et les gardes nationales ayant prononcé la formule du serment le conduisirent sur la place publique pour le serment général « qui fut prêté par les citoyens des deu.x sexes avec de grandes acclamations de joie ». A Bourg, l'autel fut élevé sur un perron de huit marches, surmonté d'un grand crucifix et d'un dais de verdure que soutenaient des fûts d'arbres ornés de trophées. Dans certains villages, les paysans (jui travaillaient aux champs, furent avertis par le maire de « lever la main, quelque part qu'ils se trouvassent dans la campagne, à l'instant qu'ils entendraient sonner les cloches ». En même temps, des clubs se formaient un peu partout, sous le nom de Sociétés des amis de la Conslilulion.

i. Procès-verbal de la Confédéralion des gardes nalionales des déparlemenls formant ci-deuanl la province de Bourgogne, Dijon, 1790.

PREMIER La Réi>olntion.

PREMIÈRES Cependant les bienfaits des réformes

'ZnmruiREs' int^'O^^ites par la Constituante ne devaient (JUIN-SEP- se faire sentir pleinement que dans la suite. TEiiBRE m?). La cherté des blés était excessive. Les philosophes imaginaient des projets chimériques « pour extirper la mendicité ». Plus pratiques, les municipalités se coalisaient pour empêcher la hausse des grains et les accaparements; elles arrêtaient les convois à destination de Paris, multipliaient les greniers d'abondance et les ateliers de charité, nommaient des commissions spéciales chargées d' « assurer la subsistance de la province ». Malgré ces mesures, la misère grandit. Le peuple l'attribua à l'absence dans les villes, depuis l'émigration, de « maisons de condition » où les indigents pussent trouver du travail, et sa colère se tourna contre les nobles et les prêtres « réfractaires » qu'il considérait comme leurs alhés naturels.

Dès le mois de juillet 1790, on parle à Dijon de lanterner les aristocrates et l'on chante le Ça ira. Pendant l'année 1791, les habitants enlèvent les armoiries des hôtels, détruisent les signes de la féodalité et tout ce qui rappelle le nom de Condé; un mannequin représentant le pape est brûlé. Dans les campagnes, des nobles sont chassés à coups de pierre et les autels profanés. Le 1" janvier 1792, le directoire du département de la Côte-d'Or invite la municipalité de Dijon à recueillir « toutes informations » sur un rassemblement d'individus « se disant capucins », qui font des « démarches propres à exciter l'intolérance, le fanatisme et l'esprit de parti ». Les 17 et 18 juin ont lieu de véritables journées, dont le contre-coup se fait sentir à Beaune. Les sans-culottes, suivis de leurs femmes et de leurs enfants, envahissent les maisons habitées par les ecclésiastiques qui n'ont point prêté serment, en arrêtent 129, et les enferment au séminaire parmi les huées; puis vient le tour des religieuses et des curés de campagnes. Tous ces captifs sont élargis le 4 juillet, mais, après la journée parisienne du 10 août, 200 suspects, hommes et femmes, nobles et prêtres, procureurs et notaires, sont emprisonnés, et le Conseil général de la commune fait

La Bourgogne Contemporaine . chapitre

construire un échafaud pour recevoir la guillotine récemment inventée. A la nouvelle des massacres de septembre, quelques enragés parlent de s'en servir, mais on leur répond « qu'il n'y a point eu de sang répandu jusqu'ici et qu'il ne faut point qu'il y en ait ». Ce sont les premières journées révolutionnaires en Bourgogne. Elles coïncident avec un changement important dans les dispositions de l'esprit public.

Au début de la Révolution, le peuple FORMATION s'était montré unanimement fidèle à la RÉPUBLICAINE, l'oyauté. Il se détacha d'elle, quand il crut le roi complice des réfractaires et des émigrés. Le 27 février 1791, la municipalité d'Arnay-le-Duc arrête Mesdames, tantes du roi, qui se rendent en Italie, et ne les relâche que sur un ordre du ministre. La fuite de la famille royale est qualifiée de « désertion » autant que d' « enlèvement », et l'acte de Louis XVI apparaît comme le « parjure d'un roi ci-devant citoyen ». Le 18 juin 1791, les Dijonnais députent à Paris pour annoncer « qu'ils ont fait serment de ne pas se laisser conduire par l'exécutif qui leur paraît suspect et sont prêts à répandre leur sang pour la défense de leurs droits ». Lorsque la Législative se réunit, le 1^" octobre 1791, les représentants de la Côte-d'Or sont tous de même opinion, « attachés aux principes d'une sage liberté » ; trois mois après, ils se divisent en deux camps, les constitutionnels et les républicains, parmi lesquels Basire qui prit une part active à la journée du 10 août '.

Le péril extérieur accentue cette évolution. Une semaine après la déclaration de guerre à l'Autriche, Carra, député de Saône-et-Loire, se déclare dans les Annales patriotiques (29 avril 1792) « pour un gouvernement purement républicain » ; il affirme que l'état de roi est un « état contre nature, ainsi que le démontre la suite de crimes, de forfaits et d'actes de démence que les rois ou tyrans couronnés ont commis

1. Les ConstiUilionnels élaient : Xavier, Gélot, Béquin, Balault, Demartinécourt; les Jacobins : Prieur, Oudot, Lambert, Guyton-Morveau, Basire. (G. Clément, Journal des Débals du 23 mars iSgS, d'après les notes de Demar- . linécourt.)

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