‹ Histoire de BourgogneChapitre 142 sur 177 · ARKESTATION DIS TA M ES DE LOUIS XVI, A AKN AY-I.E-DUC · texte numérisé non relu

ARKESTATION DIS TA M ES DE LOUIS XVI, A AKN AY-I.E-DUC

HiU. liai., Ef lampes. Ql> s*.

IM. 29. p. 3r,S.

PREMIER La Révolution.

dans tous les siècles ». Au mois de juillet, plusieurs communes de la Côte-d'Or et de l'Ain envoient des adresses hostiles à la royauté. Les habitants de TAin félicitent TAsscmblée « de donner aux peuples une leçon de sagesse politique » et jurent de « maintenir la liberté et Tégalité ou de mourir en les défendant ». La pétition des « citoyens libres » de Seurre est ainsi conçue :

Législateurs,

La patrie est dans le plus grand danger! La liberté est de toutes parts assaillie! Le pouvoir exécutif détruit ouvertement la constitution par la constitution même. Nous avons juré de la maintenir; mais, avant tout, nous avons fait le serment de vivre libres ou de mourir.

La nation ne reprendra point les fers qu'elle a brisés dans l'antre affreux de la tyrannie; elle ne perdra point son droit de souveraineté solennellement reconnu dans la Déclaration des droits de l'homme, article 3.

Législateurs, que dans l'état de crise où nous sommes le salut du peuple, la loi suprême, soit notre unique guide! Pleins de confiance dans l'énergie et la pureté de votre patriotisme, adoptant en entier les considérations énoncées dans les pouvoirs que vous ont adressés les citoyens de Bourg, département de l'Ain, frappés surtout de la justesse de la réflexion qui les termine, " que l'organisation du pouvoir exécutif actuel ne peut plus subsister sans opérer la subversion générale de l'empire, attendu que c'est un véritable monstre politique qu'un corps dont la tête conçoit d'une manière, et dont le bras agit en sens inverse »; en vertu de l'article l" du titre 7 de l'acte constitutionnel, qui reconnaît au peuple le droit de changer et de modilier la constitution; voulant parvenir à ce but urgemment nécessaire pour conserver la conquête de notre liberté, sans faire éprouver une secousse fatale à l'empire ; nous vous remettons, législateurs, tous nos droits et pouvoirs, et nous vous adjurons de vous former promptement en Convention nationale, à l'effet de changer ou de modifier la constitution, seulement en ce qui concerne le pouvoir exécutif. Nous laissons à votre prudence et à vos lumières le soin de l'organiser dans telle forme qui vous paraîtra la plus convenable pour assurer le triomphe de la liberté. Nous promettons et jurons d'employer nos armes et de sacrifier nos vies pour assurer l'exécution entière des lois, veiller à votre conservation, maintenir la tranquillité publique et déjouer les trames odieuses de vos ennemis et des nôtres >.

Les assemblées, réunies pour choisir les députés à la

1. Aulant, Histoire polilique de la Révolution française, p. igô. — Celte pclition fut reçue par i'assemblée te i8 juittet 1792.

La Bourgogne Contemporaine. chapitre

Convention, tiennent des propos analogues. L'assemblée de la Côte-d'Or exprime le vœu que « la Convention crée un gouvernement propre à des hommes libres » ; celle de l'Ain repousse la Constitution de 1791 comme « un chef-d'œuvre apparent de politique », et proclame la nécessité d'une constitution « plus analogue au caractère actif et indélébile des Français ».

La réunion de la Convention et Tétablis- LA BOURGOGNE gement de la République (21 septembre 1792) LA CONVENTION, furent accueillis dans ces conditions avec un grand enthousiasme. Les directoires de l'Yonne et de Saône-et-Loire félicitèrent officiellement l'assemblée de sa décision. Lorsqu'eut lieu la scission entre Montagnards et Girondins, il sembla que la Bourgogne, le département de l'Yonne excepté, fût hostile à la Montagne. Le conseil général de l'Ain, considérant que « la Convention ne jouissait plus de la plénitude de sa liberté » , affirma « qu'il y avait lieu de requérir les députés suppléants de se rendre à Bourges » ; le Conseil de la Côte-dOr invita les autres départements à signer une adresse portant que a tous les citoyens devaient se tenir prêts à marcher pour assurer l'inviolabilité de la représentation nationale, résister à toute autorité despotique ou dictatoriale et combattre toute suprématie de commune ». La Convention inquiète envoya deux de ses membres, Garnier et Bassal, « éclairer les citoyens égarés et ramener à leurs devoirs les autorités constituées qui auraient pu s'en écarter ». Ces manifestations, qu'on a qualifiées de « fédéralistes », furent inspirées uniquement par la crainte de voir « dissoudre le corps politique » et retarder le voie de la constitution démocratique, « cette arche sainte vers laquelle tous les citoyens tendent d'avancer leurs bras ». Lorsque la Constitution de l'an I eut rassuré les esprits, on jura la mort des tyrans de toutes les espèces, on se déclara « fermement attaché à l'unité et à l'indivisibilité de la République et résolu à ne point se séparer des centres d'unité ». Le Directoire de la Côte-d'Or félicita la

PREMIER La Résolution.

Montagne d'avoir terrassé l'hydre du fédéralisme. « C'en était fait de la liberté sans toi, ô Montagne sacrée! La foudre qui sortit de ton sommet écrasa les représentants infidèles. Tu sauvas la liberté et méritas bien de la patrie. »

L'attitude des Bourguignons, lors de l'insurrection de Lyon, prouve la sincérité de ces discours. Les paysans s'armèrent de faux et s'apprêtèrent, avec l'assistance de quelques cavaliers et canonniers, à arrêter « la colonne des royalistes ». Mâcon fournit 500 hommes à l'armée que Kellermann conduisait devant Lyon; à Chalon, 800 soldats furent équipés en quatre jours; les citoyens de Buxy se déclarèrent décidés à marcher sans retard contre les rebelles. Dans le combat du 9 octobre 1793, livré au faubourg de Vaise et qui assura la défaite des Lyonnais, le contingent bourguignon fut fortement éprouvé. De même, la Côte-d'Or se prononça pour la formation d'une armée intérieure contre les Vendéens, et Saône-et-Loire projeta d'organiser un bataillon pour voler au secours « des départements occidentaux ».

Tous les rapports adressés à la Gonven- FouciiÉ tion mentionnent cette conduite. Saône-et- A DIJON. Loire est représenté « marchant d'un pas ferme dans les sentiers dun pur patriotisme » ; Chalon « a bien mérité de la patrie » ; la Côte-d'Or « est parfaitement dans le sens de la Révolution ». Fouché, envoyé comme représentant dans le centre et l'ouest, raconte en termes hyperboliques sa visite aux Dijonnais :

Citoyens mes collègues, Depuis deux jours seulement, je suis dans le département de la Côte-d'Or. Je ne connais encore que le chef-lieu. Vous ne serez point étonné d'apprendre que Dijon, qui fu^ longtemps le berceau des institutions gothiques et avilissantes, compte dans ses murs un certain nombre d'hommes qui tiennent à leurs vieux privilèges et qui croient aux revenants. L'habitude de la domination ne meurt jamais dans le cœur de l'homme; c'est une chimère de croire que l'égalité puisse pénétrer dans le cœur de celui qui apprit à traiter ses semblables comme des bêtes de somme. Notre extrême créduhté à cet égard nous a été funeste.

La Bourgogne Contemporaine. chapitre

Il est satisfaisant de trouver dans cette même cité un patriotisme énergique, soutenu i)ar une municipalité qui s'honore et qui mérite de marcher sur la même ligne que celle de Paris, cl par une Société de chauds républicains. J'ai été témoin de la manière dont ils reçoivent les circulaires des fédéralislcs. Le mépris dont ils les couvrent démontre mieux que ne le pourrait faire l'indignation le sentiment profond qu'ils ont de leurs propres forces. Quand on s'adresse à de pareils hommes, on est assuré de i)roduire de l'effet. Une jiremière proclamation a suffi pour les mettre en mouvement. C'était le moment de rassembler la garde nationale. A six heures, ce matin, elle était sous les armes. Je lui ai présenté le tableau raj)ide des événements qui déchirent la ville de Lyon, le monstre enfanté par le fédéralisme et l'aristocratie dévorant la statue de la Liberté, le patriotisme opprimé dans les fers ou noyé dans des flots de sang. A cette vue, des cris de rage et de vengeance m'ont interrompu. Tous les bataillons voulaient partir. « Marchons, disaient-ils, sonnons partout le tocsin de la mort sur les assassins du j)euple. » J'ai eu de la peine à contenir leur bouillante ardeur pour la mieux diriger.

11 serait impolilique, dans ce moment, de dégarnir la cité de Dijon qui renferme un magasin précieux d'équipements de tous genres pour l'infanterie et pour la cavalerie. D'ailleurs, il ne sera i)as nécessaire, je pense, de déployer tant de forces. Un seul bataillon, deux compagnies de canonniers, quelques cavaliers parlant de Dijon, rassembleront, avant d'arriver à la colonne des royalistes, des milliers de bras pour la renverser. Tous les paysans des cités sont prêts à descendre de leurs chaumières et à employer contre tous les ennemis de la Ré|)ublique tous les instruments terribles dont ils se sont servis pour leur moisson.

P.-S. — Vous pouvez compter sur six mille habits complets, sept mille aunes de toile propre à faire des tentes ou des chemises, et sur un bon nombre d'équipements de cavalerie qui se trouvent dans les magasins de Dijon. Ces provisions étaient sans doute destinées pour la coalition des directoires, mais les sans-culottes détruiront partout les projets de ces messieurs '.

LES Les députés bourguignons à la Con-

BouRGUiGSONs ygnlion volèrent presque tous la mort de

AUX COMITES . ' . • . , , Cl

ET Louis Xvl, sans sursis ni appel. Ils se firent

AUX MISSIONS, une place considérable dans les comités et les missions. Guyton-Morveau, ancien avocat général au Parlement de Dijon, orateur et juriste, chimiste et physicien, « affable, enjoué, éloquent », appartint au Comité de défense

1. Recueil des Actes du Comité de salut iniblic, t. V, p. 34o-34i ; lettre datée de Dijon, le 22 juillet 1793.

PREMIER La Révolution.

générale et au premier Comité de salut public. Basire, ex-archiviste des Étals, auteur de la loi sur le tutoiement, figure parmi les membres les plus influents du Comité de sûreté générale. Berlier fut au Comité de salut public, chargé de la correspondance générale, du 5 juin au 10 juillet 1793; euA^oyé à Tarmée du Nord avec Trullard, pour y prendre toutes les mesures de défense qu'il jugerait convenables, il montra une activité qui le fît nommer plus tard président de la Convention; il fut remplacé à Tarmée du Nord par Florent Guiot, de Semur. Guyton-Morveau, Basire, Berlier, Trullard, Guiot, étaient députés de la Côte-d'Or. Au département de Saône-et-Loire appartiennent Carra et Baudot, qui fut en mission aux armées du Rhin et de la Moselle réunies sous le commandement de Hoche. L'Yonne est représentée par Michel le Pelletier (de Saint-Fargeau), le « premier martyr de la République », assassiné au Palais Royal le 20 janvier 1793 par le garde Paris; Turreau et Bourbolte, qui entraînèrent au son du tocsin les troupes républicaines contre la Vendée '.

Prieur de la Côte-d'Or-, capitaine du génie et mathématicien, a résumé lui-même ses services dans cette note : « Est resté pendant près de sept années consécutives aux assemblées nationales et a toujours été pendant ce temps membre d'un comité ou chargé de missions particulières ». Il fît partie en efTet des comités de l'instruction publique, des finances, de salut public, fut envoyé en mission en Suisse, aux côtes de l'Océan, aux côtes de Cherbourg, en Vendée, à l'armée du Nord; il eut, pendant quatorze mois,

1. Les députés de la Bourgogne à la Convention furent : Ain, Deydier, Gauthier, Royer, Jagot, Mollet, Merlino. Côtk-d'oh, Basire, Guyton-Morveau. Prieur-Duvernois (dit de la Côte-d'Or), Oudot, Guiot, Lambert (de Belan), Marey (jeune), Trullard, Rameau, Berlier. Saône-et-Loire, Gelin, Masuyer. Carra, Guillermin, Reverchon, Guillemardet. Baudot, Berlucat, Mailiy, Jloreau, Anacliarsis Clootz ((|ui opta pour l'Oise et fut remplacé par Mont- Gilbert). Yonne, Maure, Le Pelletier Saint-Fargeau, Turreau, Boilleau, Précy, Bourbotle, Ilérard, Final, Cliaslellain. — Le conventionnel Goujon, de l'Ain, était député de Seine-et-Oise.

2. Né à Auxonne en 1763. Ses collègues de la Côte-d'Or, Guyton-Morveau, Basire, Berlier, naquirent à Dijon en 1737, 17G.',, 1761. — GalTarel, Priear de la Côle-d'Or, dans Revue bourguignonne de renseignement supérieur, 1899.

La Bourgogfie Contemporaine. chapitre

la lourde charge de procurer aux armées tout le matériel dont elles avaient besoin, armes, munitions, poudres et salpêtres, aérostats. Un nom est inséparable du sien et plus glorieux encore, le plus glorieux de tous, celui de Carnot.

Né à Nolay, le 13 mai 1753, de Claude LAZARE Carnot, avocat et notaire, Lazare-Nicolas- CABNOT. Marguerite Carnot fit ses éludes de littérature chez les Oratoriens d'Autun et sa philosophie au séminaire de cette ville. Cependant sa vocation l'entraînait vers les sciences exactes. Il entra à Técole de Mézières le 1" janvier 1771, et en sortit officier du génie. Tout en menant la vie de garnison, à Calais, le Havre, Béthune, Arras, Carnot étudiait les questions sociales. Il obtint en 1783 le prix de TAcadémie de Dijon, pour un Éloge de Vauban dont il donna lecture dans une séance solennelle présidée par BufTon ; le 2 avril 1790, il adressa à TAssemblée constituante un Mémoire sur le rétablissement des finances. Député du Pas-de-Calais à la Législative, puis à la Convention, il se fit une situation exceptionnelle, due à son instruction générale, à sa compétence militaire, à son ardeur patriotique. On l'envoya au camp de Châlons pour organiser Tarmée chargée de refouler Tinvasion austroprussienne, aux Pyrénées-Orientales pour préparer la frontière contre une agression possible de TEspagne : à Tarmée du Nord, il marcha avec Jourdan, le fusil à la main, en tête des colonnes qui assaillirent Wattignies (15-16 octobre 1793). Carnot fit partie des comités de diplomatie et de défense générale; mais il se distingua surtout comme membre du deuxième Comité de salut public où il entra avec Prieur le 14 août 1793. « C'est bien lui qui, dans les choses militaires, est le ministre dirigeant, en particulier pour ce qui concerne le personnel ', » ou, comme disaient les contemporains, « le moral ». Il ne prenait pas le temps de rentrer chez lui, vivant d'un morceau de pain sec mangé au coin d'une table et d'un verre de limonade. Grâce à ce labeur

Page 1