Aulard, op. cit., p
PREMIER La Révolution.
qui ne dura guère moins de deux ans, « il a créé quatorze armées, improvisé des généraux, dirigé les opérations militaires, organisé sur toute la frontière la défense nationale. Les archives du Comité de salut public prouvent que tous les décrets et toute la correspondance militaire étaient l'œuvre personnelle de Carnot. Presque toutes les minutes sont de sa main *. »
Profondément attaché à la République, Carnot expliqua son vote contre Louis XVI en ces termes : « Dans mon opinion, la justice veut que Louis meure, et la politique également. Jamais, je l'avoue, devoir ne pesa davantage sur mon cœur que celui qui m'est imposé. » On lui a reproché d'avoir mis sa signature à côté de celle de Robespierre, au bas des actes proscripteurs du Comité de salut public. Il a répondu que ces signatures étaient « une formalité prescrite par la loi », des « certifiés conformes » apposés sans lire parce qu'il était « dans l'impossibilité physique » de faire autrement; mais ces explications n'ont pas été généralement acceptées. Ses amis vantaient « son caractère, son savoir, sa probité, la solidité de ses princpes et la pureté de ses mœurs » ; ses ennemis reconnaissaient que, « chargé de la partie militaire, il Tavait fait avec activité, intelligence, application ». La postérité a ratifié ce jugement.
La Bourgogne n'a pas seulement fourni
LA DÉFENSE « l'organisatcur de la victoire » ; elle a pris
NATIONALE. uuc part activc à la défense nationale. Proche
de l'Allemagne et des Alpes, elle fut une des
bases de ravitaillement des armées du Rhin et d'Italie. Les
usines du Creusot ne cessèrent de fabriquer des canons,
des fusils, des projectiles. Des fonderies ou des forges
« nationales >> furent installées à la Magdelaine près Autun,
Charolles, la Canche(Côte-d'Or), une fonderie et un arsenal
de construction à Saint-Émiland, une fabrique de sabres
et de baïonnettes à Châtillon-sur-Seine. Auxerre eut des
1. Charavay, Correspondance générale de Carnot {en cours). — Mémoireft sur Carnot par son fils Jlippolijle Carnot, 2 vol., i863.
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La Bourgogne Contemporaine. chapitre
ateliers pour la fabrication du salpêtre révolutionnaire. Le Conseil général de la Côte-d'Or se chargea d' « extraire de la Suisse » les chevaux nécessaires à la cavalerie.
Les volontaires de 1791 s'enrôlèrent avec enthousiasme*. Le^balaillon de Saône-et-Loire fut reçu parmi les acclamations dans Dijon illuminé; les dons patriotiques affluèrent. Mais les premières recrues, composées de très jeunes gens, manquaient du nécessaire; beaucoup revinrent sans permission, disant qu'ils étaient dans la misère et n'avaient ni vêtements ni souliers. La proclamation de la patrie en danger, le décret sur la levée en masse, ranimèrent le patriotisme. Le contingent de 1793 dépassa partout le chiffre fixé par la loi. Une petite commune, la commune de Revonnas, près de Bourg, arrêta que les vignes et les ciianips des citoyens enrôlés seraient cultivés aux frais de ceux qui restaient, et cet exemple trouva de nombreux imitateurs. Les routes étaient « couvertes de volontaires marchant au combat avec l'assurance de la victoire et poussant un seul cri : Périssent les tyrans et vive la république! »
La Bourgogne fournit ainsi aux armées ^^^ de la Révolution 67 bataillons de volontaires
BOURGUIGNONS • p , ^ ,
AUX ARMÉES. OU compaguics tranches. On les rencontre sur tous les champs de bataille. A Valmy (21 septembre 1792), le premier bataillon de Saône-et-Loire participe à la défense du moulin avec de vieux régiments, et montre une contenance « qui aurait fait honneur, dit Kellcrmann, aux troupes les plus anciennes et les plus accoutumées au feu ». A Jemmapes (6 novembre 1792), se distinguent le l'^'^ bataillon de la Gôte-d'Or et le 3* bataillon de l'Yonne. « Républicain, brave, intrépide au feu », celui-ci rencontrant Dumouriez qui s'apprête à trahir, accueille « le scélérat, le monstre » aux cris de : « A bas le traître! » et, sur l'ordre de Davout, le poursuit à coups de fusil ainsi
1. Us élurent pour chefs d'anciens militaires, de la Borde, Pille, le vieux CazoUe « âgé de soixaiile-quinze ans et connu pour cinquante années de services distingués dans Tartillerie ».
PREMIER La Révolution.
que son escorte. Le bataillon des grenadiers de la Gôte-d'Or, le bataillon des chasseurs de Saône-et-Loire, le 2® bataillon de l'Ain font partie des héroïques garnisons de Mayence et de Valenciennes qui, après avoir subi un siège redoutable, se retirèrent avec les honneurs de la guerre (21-27 juillet 1793). Envoyés en Vendée avec tous les Mayençais, les chasseurs de Saône-et-Loire, commandés par un ancien garde national de Dijon, Chevardin, se firent tuer à Torfou pour permettre au reste de l'armée d'opérer sa retraite. Pendant ce temps, le 1*'" bataillon de l'Yonne soutenait bravement l'action de l'artillerie au combat de Pirmasens (14 septembre), le 4' bataillon de la Côte-d'Or, commandé par Goste, tentait de passer le Rhin à Niffer, et le 1" bataillon de Saône-et- Loire s'élançait, sous les ordres de Hoche, à l'assaut du Geisberg. Cette vaillance générale fut rehaussée par plusieurs traits dhéroïsme individuels. Un petit grenadier de l'Ain, Glande Emonet, dont le frère en faction sur les bords du Rhin avait eu la tète enlevée par un boulet, ramassa le fusil du mort et dit au caporal ces simples mots : « Je vais achever la faction de mon frère ».
Plusieurs généraux des armées de la République sont Bourguignons ^ : Antoine Bard (né à Montmort, près Toulonsur- Arroux, en 1759), blessé à Jemmapes et à Gholet; Jean Boillaud (né à Dijon en 1738), fils d'un ancien greffier des Etats de Bourgogne, lieutenant-colonel élu des grenadiers de la Gôte-d'Or, fait général de brigade au siège de Valenciennes « en face de l'ennemi et à l'embouchure du canon » et qui se retira du service « exténué, chargé d'incommodités »; Boisgérard (né à Tonnerre en 1767), chef d'état-major de Kléber qu'il suivit en Vendée, mort en 1799 de blessures reçues au combat de Gaiazzo; Nicolas Brûlé (né à Véronnes-lesPelites, Gôte-d'Or, en 1758), commandant du 2'^ bataillon de la Gôte-d'Or, qui servit avec distinction au siège de Toulon et fut tué en 1794 dans le défilé de Saorgio; Glande dcGhanipeaux(né àGourban, Gôte-d'Or, en 1767), blessé mortellement à Marengo. Les plus illustres
2. Jacques Charavay, Les généraux morl.'! iwur In /ni/r/e (1792-1S04). 1898.
La Bouj'gogne Contemporaine. chapitre
sont Charlet, Davout, Dufour et Joubert. Etienne Charlet (né à Dijon en 1750), général de division à l'armée des Pyrénées-Orientales, fut tué en 1795 à Loano. Davout, d'abord officier du Royal-Champagne, puis commandant du 3* bataillon de l'Yonne, devint chef de brigade à l'armée des côtes de la Rochelle, quand on voulut avoir des « agents militaires qui eussent déjà beaucoup d'expérience dans le métier des armes » ; les commissaires de la Convention le louèrent, bien que noble, pour « son patriotisme, son civisme, ses connaissances militaires ». Dufour (né à Saint- Seine en 1758), divisionnaire à l'armée de Rhin-et-Moselle, est un modeste, qui refusa de signer la capitulation de Verdun. Le brave Joubert (né à Pont-de-Vaux, en 1769), débuta comme caporal au 3"" bataillon de l'Ain, contribua aux victoires de Loano et de Rivoli, présenta au Directoire les drapeaux pris en Italie, devint général en chef à la place de Moreau, et fut tué d'une balle au cœur à la bataille de Novi (1799).
Pendant que la guerre éclatait aux fron-
couvERNEMENT tièrcs, la Convention, préoccupée des dangers
RÉVOLU- d'une contre-révolution, avait décrété, le
TIONNAIRE. .,-. , , ,^,,., , , J 1
10 octobre 1 /93, que « le gouvernement de la France serait révolutionnaire jusqu'à la paix ». Dans toutes les communes de l'ancienne Bourgogne, des Comités de surveillance se chargèrent de faire incarcérer les gens suspects. Les Sociétés populaires, dont elles émanaient, et qui n'étaient autres que les anciennes Sociétés des amis de la Constitution, dcA^nrent les plus fermes soutiens de la République. On en rencontre à Arnay-le-Duc, Autun, Auxerre, Beaunc, Belley, Bourbon-Lancy, Bourg, Buxy, Chalon-sur- Saône, Charolles, Chatillon-sur-Seine, Châtillon-sur-Chalaronne, Cuiseaux, Dijon, Is-sur-Tille, Joigny, Louhans, Mâcon, Meursault, Pont-de-Vaux, Saint-Fargeau, Saint- Jean-de-Losne, Saint-Trivier, Saulieu, Senneccy, Seurre, Talmay, Tournus, Verdun-sur-le-Doubs, Villeneuve-l'Archevêque. Leur lieu de réunion est la maison d'école ou quelque