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LA TERREUR

Site. Souvent le Comité de salut public intervint pour suspendre les « arrêtés destructeurs » et annuler ceux qui tendaient à « substituer la volonté individuelle à l'expression de la volonté nationale ». Maure, tout en tonnant contre les prêtres, laissait les paysans chanter dans les églises, réprimait les excès des adm.inistrateurs locaux qui, « par un zèle inconsidéré », prenaient des mesures « ultra-révolutionnaires », et faisait mettre en liberté les détenus « plus faibles que méchants ». Gouly, bien qu'il eût adopté pour règle de conduite « les maximes de Robespierre et de Billaud-Varennes », estimait que « la rigueur républicaine doit être tempérée par le sentiment de la justice et de l'humanité »; il trouvait le peuple de l'Ain « bon et confiant »,et disait que « le fanatisme avait

PREMIER La Révolution.

besoin de beaucoup de prudence pour être anéanti sans commotion dangereuse «. Javogues, Albittc et Bernard, sans être comparables à Lebas ou à Carrier, lurent de vérifables tyrans. Bernard se faisait appeler Pioche-Fer pour donner une idée de sa dureté. Albitte, sous prétexte que Bourg était entré « dans la rébellion ouverte de Lyon », eût voulu lui étendre les mesures prises contre Commune-Afîranchie. Javogues, dont Couthon déclara qu'il avait exercé ses pouvoirs " avec la cruauté d'un Néron », ne voyait partout que fédéralistes déguisés et aristocrates; il marchait, escorté d'une armée révolutionnaire de 400 hommes, accusait le Comité de salut public d'être « en pleine contre-révolution », parlait de raser Chalon, et eût voulu faire « le bonheur de tous les sans-culottes par le tombeau et la mort de tous leurs ennemis ». Autour d'eux se pressaient des hommes violents : dans l'Ain, Baron dit Challier et Bollet dit Marat, agent national près le district de Bellcy; dans Saône-et- Loire, Brutus-Marat-Bauzon, président du tribunal criminel; dans la Côte-dOr, l'accusateur public Ligeret, le chef du bureau des émigrés Delmasse, le maire de Dijon Sauvageot, orateur et poète, qui, à la tête d'une petite troupe soldée 6000 francs par mois, avait institué « une traque permanente, commandée par la raison et le besoin d'union »,

Les autorités locales et les sociétés populaires furent épurées. A Chalon et à Auxerre, les comités de surveillance, « composés de citoyens zélés défenseurs de la liberté », s'occupèrent sans relâche de découvrir les suspects. Javogues institua à Bourg et à Mâcon des commissions populaires pour arrêter « la horde des brigands connus sous le nom de ci-devant nobles, de prêtres, de seigneurs, de praticiens, de gros négociants, de banquiers, d'accapareurs et d'égoïstes ». Les prisons se remplissent de détenus. Il y en a 300 à Chalon, oOO à Bourg, TiSO à Dijon. Les locaux ordinaires ne suffisant pas, le vieux château de Dijon, les couvents sont disposés pour les recevoir. Il n'y eut pas en Bourgogne de trii^unaux révolutionnaires : les tribunaux criminels ordinaires suffirent. Ils acquittaient volontiers,

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à la grande colère de Javogues qui eût voulu transporter le tribunal criminel de Saône-et-Loire, de Chalon, « le second Carthage de la République », à Autun, « la montagne du département de Saône-et-Loire ». On ne compte que deux condamnations à mort prononcées par le tribunal de l'Yonne, six par celui de Chalon, onze par celui de Dijon. Mais il faut y joindre celles qui vinrent de la commission révolutionnaire de Lyon et du tribunal révolutionnaire de Paris. Albitte dirigea sur Lyon 18 détenus dont 15 furent exécutés; il organisait un nouveau convoi de 14 personnes quand le Comité de salut public le rappela. Pioche-fer Bernard, instruit que les détenus des prisons de Dijon « se permettaient de se qualifier de barons, comtes et marquis, et tenaient d'atroces propos contre la Convention », manœuvre « tendant à la dissolution de la représentation nationale et au rétablissement de la royauté en France », envoya les coupables devant le tribunal révolutionnaire de Paris, qui en fit guillotiner 23 sur 25. Quinze personnes, dont les procès avaient été instruits par les tribunaux de Saône-et-Loire, périrent de la même façon. C'étaient des nobles, des magistrats, des prêtres, des domestiques; la plupart furent inculpés d'émigration. Parmi les victimes bourguignonnes de la Terreur parisienne figurent aussi les députés girondins Carra, Boillcau et IMasuyer, le montagnard Basire, l'évêque constitutionnel d'Autun, J.-L. Gouttes.

D'autres mesures signalèrent le temps de MESURES ^ la Terreur. Les localités, dont les noms rap- N AIRES.' pelaient les souvenirs de la féodalité ou de la religion, reçurent de nouvelles dénominations. Cent un bourgs, villages ou hameaux de la Côte-d'Or changèrent ainsi d'état civil, entre autres Arnay-le-Duc (Arnay-sur-Arroux), Saint-Jean- de -Losne (Belle- Défense), Pagny-le-Château(Pagny-rÉgahté),Sainte-Marie-sur-Ouche (République-sur-Ouche). Bourg-en-Bresse devint Bourg- Rôgénéré, et Saint-Rambert Mont-Ferme. 11 y eut, dans

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l'Yonne, Mont-Armance (Saint-Florentin); en Saône-et-Loire, Bellevue-les-Bains (Bourbon -Lancy), Belleroche (Saint- Martin-de-Senozan), l'Union (Saint-Laurent) K Les décrets de la Convention, établissant un maximum du prix des grains et autres denrées, avaient peut-être amélioré la situation économique ; mais aussi elles avaient créé « des indignations sourdes, la haine et la misère ». Le district d'Auxerre manqua de pain ; les paysans se nourrirent d'herbes cuites. Les municipalités recoururent aux procédés habituels, création de comités de subsistance et de greniers d'abondance. A Auxerre eut lieu un véritable essai de collectivisme. La ville fut partagée en sections, dont chacune eut son boulanger qui délivrait le pain au vu d'une carte ^

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Les prêtres furent mis en demeure d' « abdiquer leurs prétendues fonctions et de re-

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NisATioN, mettre leurs lettres de prêtrise ». Quelquesuns gagnèrent la Suisse ou la Savoie; d'autres furent déportés; beaucoup obéirent. Albitte se vantait d'avoir marié à lui seul 80 ecclésiastiques. Les églises servirent aux cultes révolutionnaires. Marat fut honoré dans l'église de Brou. « Dans l'Yonne, écrit Maure, la Raison marche à grands pas, précédée du flambeau de la philosophie »; et il raconte en ces termes la solennité qui s'accomplit le 9 janvier 1794 à la cathédrale d'Auxerre transformée en Temple de la Raison :

Nous avons célébré hier, dans le Temple de la Raison, la deuxième décade du quatrième mois. La fête a été consacrée au respect dû à la vieillesse, au triomphe bien mérité pour les victoires remportées sur le despotisme par les soldats de la liberté, et en l'honneur de l'agriculture, le plus ancien et le plus utile de tous les arts. Le

1. Voici encore quelques exemples caractéristiques. Dans la Côtc-d'Or, devinrent : Chàteauneuf, Montfranc; Chaudenay-le-Château, Chaudenay-la Roche; la Roche-Pot, la Roche-Fidèle; Mont-Saint-.Iean, Mont-Serein; Saint-Bernard, Brétigny-la-Rue; Saint-.Ican-de-Bœuf, Bœuf; Sainl-NicoIas-les-Cîteaux, Unité ; Sainl-Sauveur-sur-Vin^eanne, Alpha; Saint-Seine-en-Bâchc, Bcauséjour. Dans Saône-et-Lolre, Château s'appela la Combe; Sainte-Cécile, Pont-sur-Grosne; la Chapelle, Guinchay; Chàteauneuf, Pont-Sornin.

2. Voir Porée, Les subsistances dans i Yonne (Introduction au t. V des Procèsverbaux de l'administration départementale de l'Yonne).

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représentant du peuple a été honoré par ses concitoyens. Ceint de l'écharpe nationale, ses mains robustes ont conduit une charrue attelée de deux bœufs et tracé de pénibles sillons. Il était environné d'agriculteurs portant des instruments aratoires. 11 a senti vivement le prix de cette faveur et l'importance de cette fonction. Les citoyens du département de l'Yonne, et surtout les habitants d'Auxerre, ont appris, par une dure et fâcheuse expérience ', combien cet art est nécessaire et combien il doit être honoré. Leurs cœurs sont à la patrie; leurs mains sont élevées vers elle; elle pourvoira aux besoins de ses enfants.

Une multitude de citoyens de tout sexe formait le cortège. Réunis dans le temple de la Raison, des chœurs, accompagnés de musique et de danse, ont chanté alternativement la Liberté et la victoire de ses enfants. Quelques discours simples et naturels comme l'action dont on représentait la moralité, ont été i)rononcés. LÈtre suprême a souri à ces hommages des enfants de la nature et réservé sa foudre pour frapper le fanatisme et la tyrannie 2.

Des cérémonies semblables eurent lieu à Saint-Bénigne de Dijon, Sainl-Vincent de Mâcon, Notre-Dame de Bourg. « Ici, plus d'églises ni d'évèques ni de prêtres, dit Pioche-Fer Bernard, le temple seul de la Raison et les discours patriotiques suffisent aux Dijonnais. « Le culte de l'Être suprême, qui succéda au culte de la P>aison, fut l'occasion d'une très belle fête à Trévoux, le 10 juin. Le bruit du canon ébranla, dès l'aube, la voûte du ciel; après un silence, éclata le son des tambours et des flageolets : les rues, ornées de feuillages, se couvrirent de citoyens chantant des hymnes patriotiques.

Avant ces événements, la Bourgogne VABT ET LA offrait une admirable réunion d'églises et de RÉVOLUTION, châteaux de toutes les époques ; c'était comme la synthèse de l'art français, marqué au coin d'une originalité puissante. La Législative et la Convention prirent des mesures capables de préserver ce beau patrimoine. Tout en ordonnant la destruction des « monuments restes de la féodalité >!, ces assemblées recommandèrent d'épargner ceux qui pouvaient « intéresser les arts », et chargèrent une commission spéciale d'en arrêter la liste.

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