SADI-CARNOT
Pliot. Boyer.
PI. 31. p. 40«.
DEUXIÈME Le Dix-Neuvième Siècle.
menl provisoire; Hippolyle Garnot • devint ministre de l'Instruction publique; l'historien Edgard Quinet, de Bourg, fut nommé colonel de la onzième légion de la garde nationale parisienne, en attendant que ses compatriotes l'envoyassent siéger à l'Assemblée constituante où il se montra le champion de la politique avancée. Aussitôt après la proclamation de la république, un certain nombre d'ouvriers et de paysans formèrent des sociétés de secours mutuels ou des associations agricoles d'un caractère nettement démocratique; ils subventionnèrent des journaux pour la défense de leurs intérêts : le Crédit agricole et industriel d'Auxerre, les Hommes libres de Bourg, la Nouvelle Montagne de Joigny. Partout on plantait des arbres de la liberté et on les arrosait de vin parmi les chants et les danses. Aux élections de 1849, les « listes rouges » passèrent à de fortes majorités dans l'Ain et Saône-et-Loire. Le député Saint-Ferréol déclara « que les républicains de la Montagne se mettraient en communauté avec le peuple, près duquel ils viendraient puiser de nouvelles forces pour la lutte ».
Cependant les intentions de Louis Bonaparte, élu président de la Répubhque, devenaient de plus en plus évidentes. Lors du voyage qu'il fit à Dijon, le 1" juin 1851, pour inaugurer la section de chemin de fer de Dijon à Tonnerre, il répondit au toast du maire par ces déclarations inquiétantes :
Je voudrais que ceux qui doutent de l'avenir m'eussent accom pagné à travers les populations de l'Yonne et de la Côle-d'Or; ils se
la politique comme libéral sous la Restauration, et représenta Paris à la Chambre de 1842 à i848- Ministre des Travaux publics du gouvernement provisoire, puis ministre de la .lustice sous le général Cavaignac, non réélu député en 1849, il retourna au barreau où il remporta d'éclatants succès. C'était un homme justement honoré « pour la droiture de son caractère et l'élévation de sa pensée ».
1. HippoLYTE Carnot, sccoud flis de Lazare Carnot, né à Saint-Onier le 6 octobre 1801, mort à Paris le 16 mars 1888, se fixa, après la mort de son père, dans la maison de sa famille, à Nolay, et consacra plusieurs années à l'étude des questions sociales. Déi)uté de Paris de 1889 à 1848, il s'associa à la campagne des banquets réformistes. Ministre de l'Instruction publique du gouvernement provisoire, il proposa l'obligation et la gratuité de l'enseignement primaire. Elu de nouveau député de Paris après le coup d'Etat du Deu>i-Déccml>re, il refusa d'abord de siéger pour ne point prêter serment à l'Empereur, mais, en 18G4, il consentit à entrer à la Chambre où il fit partie de l'oppositiou républicaine. Il fut élu sénatewr inamovible, le 16 décembre 1875.
La Bourgogtie Contemporaine . chapitre
seraient rassurés en jugeant par eux-mêmes de la véritable disposition des esprits. Ils eussent vu que ni les intrigues, ni les attaques, ni les discussions passionnées des partis ne sont en harmonie avec les sentiments et l'état du pays. La France ne veut ni le retour à l'Ancien Régime, quelle que soit la forme qui le déguise, ni l'essai d'utopies funestes et impraticables.... Une nouvelle phase de notre ère politique commence. D'un bout de la France à l'autre, des pétitions se signent, pour demander la revision de la Constitution. J'attends avec confiance les manifestations du pays et les décisions de l'Assemblée, qui ne seront inspirées que par la seule pensée du bien public. Si la France reconnaît qu'on n'a pas eu le droit de disposer d'elle sans elle, la France n'a qu'à le dire : mon courage et mon énergie ne lui manqueront pas.
LE Le coup d'État, que ces paroles faisaient
covp D'ÉTAT pressentir, aurait dû rencontrer en Bourgogne DEUX-DÉCEMBRE ^^^ sérieusc résistance. Dans plusieurs villes, à Beaune, Montbard, Chalon, Nantua, Trévoux, les sociétés secrètes avaient établi des dépôts de poudre et des fabriques de balles, afin de pouvoir se mettre en insurrection au premier signal venu de Paris. Mais les républicains étaient plus remuants que nombreux, et ils ne pouvaient rien contre un pouvoir qui disposait de la force armée, de la justice, et, il faut bien le dire aussi, de l'opinion publique. Dans la Côte-d'Or, les principaux chefs de la démocratie dijonnaise, Carrion, Flasselle, se bornèrent à tenir une réunion, au cours de laquelle ils furent d'ailleurs arrêtés. Les républicains de Châtillon, maîtres de Thôtel de ville, se retirèrent sur la simple injonction du maire et du sous-préfet. Dans Saône-et-Loire, une poignée de dragons suffit pour calmer l'effervescence qui avait paru se manifester à Chalon, Chagny. Tournus; une troupe de paysans, qui marchait sur Màcon, fut dispersée à coups de fusil par les soldats et les gendarmes, sans que personne dans la ville songeât à la défendre. Le seul incident sérieux eut lieu dans l'Yonne. Le 7 décembre, à la foire de Saint- Sauveur, le vétérinaire Thibault ayant appelé les assistants aux armes, 4 à 500 hommes répondirent à son appel, occupèrent la mairie, et marchèrent en deux bandes sur Auxerre; mais ils furent écrasés à Toucy et à Escamps, et
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des colonnes mobiles firent pendant plusieurs jours la « chasse aux rouges ».
La plébiscite du 20 décembre assura au parti du coup d'État une écrasante majorité, même dans le département de Saône-et-Loire, qui semblait profondément acquis à la démocratie. Par surcroît de précaution, les chefs de l'opposition furent mis dans l'impossibilité de nuire. Les représentants Pierre Joigneaux ' de la Côte-dOr et Charles Boysset de Saône-et-Loire, qui s'étaient joints à Victor Hugo pour inviter le peuple à « châtier le rebelle », furent exilés, ainsi que leur compatriote, le général Changarnier ^, sous prétexte que « leur présence en France pouvait empêcher le calme de se rétablir ». De nombreux citoyens furent emprisonriés, pour cause d'insurrection ou d'affiliation à des sociétés secrètes. « Les arrestations opérées par mesure administrative, écrit le procureur de la république d'Auxerre à la date du 22 décembre 1851, deviennent un embarras pour la justice qui n'est saisie d'aucun fait à leur égard. Le nombre des personnes arrêtées s'accroît chaque jour. La maison d'arrêt, la caserne, un autre bâtiment affecté à ce service sont encom.brés. »