Ténot et Dubost, Les suspects en IS
DEUXIEME
Le Dix-Neuvième Siècle.
Combattre les candidatures administratives, c'est combattre l'Empereur lui-même. En adopter et en patronner d'autres, c'est également servir et recruter contre lui. Ne pas les combattre, mais aussi ne pas les soutenir, c'est l'abandonner, c'est rester l'arme au pied dans la bataille. Votre indiflférence me causerait de la surprise et du regret; votre hostilité serait à mes yeux une lâcheté coupable et sans excuse i.
La liberté de discussion n existait plus, L'OPPOSITION et cependant, de temps à autre, les indices RÉPUBLICAINE, d'un réveil de l'opinion apparaissaient. Le préfet de la Côte-d'Or, rendant compte de l'esprit public dans son département, constate que « cette masse flottante qui se range toujours du côté de la force, apporte au gouvernement un immense appui », mais il ne se dissimule pas « que les villes sont encore gangrenées » et que « les mauvaises passions y exercent toujours leur empire sur les classes ouvières ». De son côté, le préfet de Saône-et-Loire observe que les républicains placés sous la surveillance s obstinent à ne pas vouloir faire leur soumission, préférant rester assujettis aux mesures de sûreté dont ils ont été frappés à la suite des événements de décembre. A Chalon-sur-Saône, au lendemain de l'attentat d'Orsini, une quarantaine d'hommes se précipitent sur un petit poste d'infanterie, en criant : « Vive la République! La République est proclamée à Paris! » (1838).
L'opposition avait eu ses candidats, l'année précédente, dans les départements de la Côte d'Or, de Saône-et- Loire et de l'Yonne. Elle ne réussit à faire passer aucun d'entre eux, mais elle recueillit 46 278 voix. En 1863, ce chitîre s'éleva à 77175, et un démocrate, M. Joseph Magnin,
1 Taxile Delord, Histoire du Second Empire, t. II, p. 298; l. III, p. 408-A09. — Parmi les serviteurs de l'Empire fisurent MM. Eugène Schneider, le directeur des usines du Creusot, qui fut ministre de rAgricullure cl du Commerce en i85i, président du Corps législatif de i865 à 1870, et le maréchal Vaillant. Né à Dijon en 1790, Vaillant fit, sous Napoléon I", les campagnes de Russie et de Waterloo. Officier du génie, il commanda une fraction de Varmée d'Algérie et dirigea le travail des fortifications de Paris (1B40). Il adhéra de suite à l'empire et devint maréchal de France, sénateur, grand maréchal du palais, ministre de la Guerre (iSôi-iSSg). ministre de la maison de l'empereur avec les Beau.x-Arts dans son département. Il est mort en 1S72.
La Bourgogne Contemporaine. chapitre
fut élu à Dijon '. Agé de trente-neuf ans ^, doué de beaucoup d'activité et dune grande facilité de parole, M. Magnin se fit une place dans le Corps législatif, à côté de Gambetta; il signa les propositions déposées par la gauche, et appuya ramendement des quarante-cinq, qui invitait l'Empereur « à donner au geste de 1860 le développement qu'il comporte », mais il se chargea surtout de critiquer la gestion financière de l'Empire. Ses interventions dans la discussion des budgets de 1865, 1868, 1869 furent particulièrement remarquées. Il soutenait que l'état des finances et du crédit public dune nation dépend du régime politique, et demandait avec Jules Favre « le gouvernement du pays par lui-même, pour et par la liberté ». En 1870, il fut de ceux qui recommandèrent au peuple et à l'armée de répondre « non » au plébiscite, opinion qui raUia en Bourgogne 87 912 électeurs ^ A côté de lui figurèrent, après les élections de 1869, huit partisans de l'Empire libéral et deux opposants de droite, MM. Rampont et Javal, de l'Yonne.
La guerre de 1870-1871, qui mit fin au LA GUERRE sccoud Empire, éprouva particulièrement la
FRAXCO- . r ' I r
ALLEMANDE. régiou dc l'Est. Envahie après la capitulation de Strasbourg par le XIV'^ corps allemand (badois) du général de Werder, la Bourgogne devint l'un des principaux théâtres des hostilités. Les épisodes caractéristiques de la lutte sont : la première bataille de Dijon, les exploits des Garibaldiens, la bataille de Nuits, la seconde bataille de Dijon.
1. Voir dans Tchernoff, Le parti républicain sous le Second Empire, le détail de ces éleclions.