GRANDE FAMINE DE
Glaber, raconte que, de son temps, une épouvantable famine se produisit en Bourgogne :
On essayait de fuir la mort en déracinant les arbres dans les forêts, en arrachant l'herbe dans les vallées; mais tout cela ne ser-
1. Sources : Raoul Glaber, Cinq livres ciliidoiies, éd. Prou, imQ. Chronique de Tournas, dans Chifllet, Histoire de Tournas. Chronique de Hugae, abbé de Flavujmj, dans les Monamenla Gevmanix historica, SS. Vlll. Vie de Hugae, abbé de Clunij, dans Migne, Palrologie latine, l. iSg. Ordcric Vital, //i'siofre ecclésiastique, éd. Le Prévost, i84o-i855. Chronologie de Robert, chanoine de Saint-yjarien d'Auxerre, et Clironique (champenoise) A'Albéric de Trois-Fonlaines, dans les Monumenta Germanise liistorica, in-P, l. XXVl et XXIII. Actes des ducs de Bourgogne, dans Petit, [lisloire des ducs de Bourgogne. Pérard, Recueil cité. — A consulter en outre, pour la participation des ducs aux croisades, le Recueil des historiens des croisades; historiens occidentaux, et, pour leurs rapports avec les rois de France : le Recueil des historiens des Gaules et de la France (notamment Vies de Louis Vil par Suger, de Philippe-Auguste par Rigord, de saint Louis par Joinville), les Hisloriœ Francorum scriplores de Duchesne, et les Layettes du Trésor des Charles.
Ouvrages moueilnes : Dom Plancher, Histoire générale de Bourgogne, t. I et IL Ernest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, avec des documents inédits et des pièces justificatives, 9 vol. in-8, iSSô-igoô (capital), et, du même auteur, différents articles dans l'Annuaire tiislorique et le Bulletin des
Le Duché de Bourgogne. chapitre
vait à rien. On vit alors, grâce aux tortures de la faim, reparaître ces atrocités si rares dans l'histoire; on vit des hommes se jeter sur la chair humaine.... Un scélérat cul l'imprudence d'en porter au marché de Tournus, afin de la vendre cuite comme celle des animaux; il fut arrêté, convaincu de son crime et jeté au feu. Un autre se leva pendant la nuit pour voler cette chair qu'on avait enfouie en terre : il en mangea et fut condamné au même supplice.
Dans la forêt de Chàtenay, à trois milles de Màcon, auprès d'une chapelle dédiée à saint Jean et éloignée de toute habitation, un scélérat s'était bâti une cabane, où il égorgeait les voyageurs pour se repaître de leurs cadavres. Un jour, un homme vint lui demander l'hospitalité avec sa femme pour prendre quelques moments de repos; mais, en scrutant des yeux tous les coins de la cabane, il aperçut des têtes d'hommes, de femmes et d'enfants, Aussitôt, tout troublé et blême de peur, il veut sortir, malgré les efforts de son hôte qui prétend le retenir contre sa volonté. Mais la peur double la force du voyageur qui finit par s'échapper avec sa femme et s'empresse de courir à la ville. Il communique aussitôt au comte Eude et à tous les habitants l'horrible découverte qu'il vient de faire. Un grand nombre d'hommes sont envoyés sur-le-champ pour contrôler la vérité de son récit; ils arrivent à la hâte et trouvent cette bête féroce dans sa tanière, avec quarante-huit têtes d'hommes qu'il avait égorgés et dont il avait déjà dévoré la chair; emmené dans la ville, il fut attaché à une poutre, puis jeté au feu. J'ai été moi-même témoin de son supplice.
Beaucoup de gens pétrissaient avec ce qui leur restait de farine ou de son une terre blanche pareille à l'argile et en faisaient des pains pour apaiser les tortures de la faim. Nul autre espoir d'échapper à la mort. Mais ils n'obtinrent pas de ce moyen le succès qu'ils en attendaient. Ces malheureux avaient la figure blême et décharnée, la peau tendue et gonflée; ils parlaient d'une voix grêle et qui ressemblait au cri plaintif d'un oiseau qui va ex])irer. 11 y avait trop de morts pour qu'on pût songer à les ensevelir; des troupes de loups, qu'attirait depuis longtemps l'odeur des cadavres, accouraient dévorer leur proie. Comme on ne pouvait donner à tous les morts un tombeau à part en raison de leur grand nombre, des personnes remplies de la grâce de Dieu creusèrent en quelques endroits des fosses vulgairement appelées charniers. On y jetait 500 corps et quelquefois plus, suivant la profondeur de la fosse. Ces cadavres gisaient pêle-mêle, à moitié nus, souvent même dans une nudité complète.
r.clences lihloriques et naturelles de l'Yonne. Kleinclausz, Le gouvernement de la Boarijogne sous les premiers ducs capétiens (io32-ii62), en latin, 1902. Pfister, Etudes sur le règne de Robert le Pieux, i88ô (important pour l'établissement de la maison capétienne). Luchaire, Louis VII et Philippe-Auguste, dans {'Histoire de France de Lavisse, 1901 ; Cartellieri, Philipp II August, Kùnig von Frankreich, 2 vol. in-8, 1899-19115 (importants pour le règne de Ilugae 111). Elie Berger, Histoire de Blanche de Castille, 1890 (important pour la régence d'Alix de Vergy cl les débuts de lîugue IV).
PREMIER Les Ducs capétiens.
A défaut de cimetière, on ensevelissait les morts dans les carrefours ou dans les fossés qui bordaient les champs.
Parfois des malheureux entendaient dire autour d'eux qu'il y avait des pays où le fléau sévissait moins cruellement. Ils parlaient pour s'y rendre, mais ils tombaient épuisés et mouraient en chemin. Cette mortalité effrayante dura trois ans, en punition des péchés des hommes '.
CONQUÊTE DE Ouclqucsannées auparavant, Ic 15 octobrc
LA BOURGOGNE dc Taii 1002, Henri, dernier des ducs béné- PAR ROBERT ficiaires, mourut à Pouilly-sur-Saône sans laisser d'enfants. Deux candidats à sa succession se présentèrent : son beau-fils, le comte de Bourgogne Otte-Guillaume, et son neveu, le roi de France Robert le Pieux. Très populaire en Bourgogne, OtterGuilIaume avait été choisi par le duc défunt pour le remplacer ; il comptait dans son parti Brunon de Rouci, évêque de Langres, Guillaume, abbé de Saint-Bénigne, Landry, comte de Nevers, et tous les possesseurs de châteaux qui craignaient que le roi ne mît un terme à leurs usurpations. Robert le Pieux n'avait qu'un partisan parmi les nobles, Hugue de Chalon, évêque d'Auxerre. Du moins possédait-il une bonne armée et Talliance de Richard, duc de Normandie.
Les troupes royales mirent d'abord le siège devant Auxerre; elles furent repoussées, bien que le roi eût dirigé l'assaut, cuirasse au corps et casque en tête (1003). Robert le Pieux ne se laissa pas décourager. Presque à chaque printemps, il renouvela son expédition, acquérant toujours quelque nouvel avantage. Il prit ainsi Eeaune (1004), Avallon, dont les habitants se rendirent, mourant de faim derrière leurs remparts à demi ruinés (1005), Auxerre, Sens. En 1015, il arriva sous les murs de Dijon qui dépendait alors des évêques de Langres. Deux officiers, Humbert de Mailly et le vicomte Guy le Riche, avaient pris les mesures nécessaires à la défense de la place, tandis que l'abbé Guillaume mettait en sûreté les objets précieux de son monastère; mais Brunon de Rouci mourut, et son successeur, Lambert de Vignory,