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ET

L'ixDusTRiE. simplement; mais, dans les villes, la liberté engendra un développement remarquable de la richesse publique. Elles ne se distinguent pas tout à fait des campagnes au point de vue économique. Les habitants élèvent de « menues bêtes », porcs, moutons, chèvres, même des vaches et des veaux qu'ils envoient pâturer sous bonne garde dans les prairies d'alentour. Cependant les villes deviennent de plus en plus les centres de l'industrie et du commerce, et des centres singulièrement prospères. Châlillon est une des grandes cités drapières de France : on y fait des draps de toute espèce, des étamines, du bureau, des tiretaines. Partout ailleurs, les industries du vêtement, du meuble, de l'alimentation, sont aux mains de petits boutiquiers, fabricants et négociants à la fois. Il n'est pas de ville qui n'ait son marché la semaine, et, de temps à autre, sa foire.

1. Marc, ConlribiiHon à l'élude du régime féodal sur le domaine de l'abbaye de SainlSeiue, iSjO, p. 4"5, 20.

DEUXIÈME La Cwilisation du XI" an XIV^ siècle.

Les foires les plus suivies sont celles de Chalon, Autun (foire Saint-Ladre et foire

LES FOIRES. , ^ „ \ rv- \ r>

du mont Beuvray), Dijon, Auxonne, Beaune (foire de Beaune et foire des faucilles), Châtillon (en la rue de Cliaumont), Arnay-le-Duc, Tonnerre, Is-sur-Tille. Elles sont ordinairement au nombre de deux, la foire chaude au début de Tété, la foire froide au commencement de l'hiver; elles s'ouvrent à l'occasion de la fête d'un saint et durent plusieurs jours, quelquefois même toute une semaine. Les marchands vendent « soit en étal ou portant au col », des étoffes, des souliers, des poteries d'étain; à côté d'eux se pressent les épiciers, chandelliers, cuitiers (rôtisseurs). Les foires de Dijon, la foire de Saint-Jean érigée en 1109 par Hugue II et la foire de la Toussaint, furent peu fréquentées à partir du xiii'' siècle à cause du voisinage trop immédiat des grandes foires de Champagne; mais il n'en fut pas de même de celles d' Autun et de Chalon qui continuèrent d'attirer les habitants de la Bourgogne méridionale, du Morvan et des régions avoisinantes. La foire du mont Beuvray, pour laquelle des loges de pierre avaient été bâties sur le vieux plateau de Bibracte, avait lieu pendant trois jours; l'on y débitait surtout des fers, des étoffes, des cordes, du sel menu ou du « sel blanche en pains » ; elle se continuait en bas, pendant cinq jours, par la foire « de la descente du Beuvray «.

L'écoulement des vins reste la grande préoccupation des habitants, principalement des Beaunois. Sous le règne de Philippe-xVugusle, les vignerons bourguignons s'entendent avec les marchands de Paris pour assurer le transport de leurs produits par la Seine, et quand le roi interdit, en 1204, le trafic des vins du Poitou, de la Guyenne et de l'Anjou, avec la Normandie, il a bien soin d'ajouter que cette prohibition ne s'étendra point aux vins de Bourgogne. La Saône reste la grande route du duché. Auxonne, Pontailler, Seurre, V^erdun, constituent, avec Saint-Jean-de- Losne, les principales étapes de la navigation et les points où se font les échanges avec la Franche-Comté. C'est à

Le Duché de Bourgogne. chapitre

Auxonne que Joinville, partant pour la croisade, envoie son harnais « en charrettes, pour le mettre là sur la rivière de Saône, pour aller jusques à Arles depuis la Saône jusqu'au Rhône ». Un curieux document de 1341, le rapport de Jacquot Garnier, préposé au péage de Saint-Jean-de- Losne, donne une idée précise des marchandises transitées par les ports de Saint-Jean-de-Losne, du Châtelet et de Seurre. L'importation consiste en chevaux, armures, fourrures, épicerie, harengs, mercerie, draps ordinaires ou de soie, robes vieilles ou faites; l'exportation, en balles de laine, transformées plus tard en étoffes par les ouvriers itahens^

Les Juifs et les Lombards, établis comme JUIFS prèteui's dans les principales villes, facilitent

ET LOMBARDS. \qq iransactious. On rencontre une colonie juive à Dijon en 1196, des Lombards à Seurre, Chalon et Saint-Laurent vers 1275. Robert II, comprenant les services qu'ils rendaient à ses sujets, les protégea. « Je veux, écrit-il dans un acte de 1302, que, si je n'ai meilleur conseil, que le Juif demeurât en ma terre, principalement par humanité, et qu'ils marchandent loyalement et sans usure et vivent de leur labeur, et veux que désormais l'on ne soit point contraint de payer à eux de ce où il ait usure. » L'ordonnance royale de 1306, qui bannissait les Juifs de tout le royaume, les fit disparaître momentanément de la Bourgogne, mais les Lombards demeurèrent et furent en grande faveur sous Eude IV^ -.

Guillaume le Breton, chapelain et histo-

LA muRGOGXE Hographc du roi Philippe-Auguste, qu'il ac-

Au xiii" SIÈCLE, compagna dans ses guerres contre Hugue III,

fut vivement frappé de l'aspect fortuné de

la Bourgogne. Dans son poème la Philippide, il montre le

1. Gauthier. Les Lombards dans /es deux Bourgognes, pièces justificatives, n" 74, p. ■2()6-'2l!^.

2. Simonnet, Juifs et Lombards en Bourgogne, dans Mémoires de l'Académie de Dijon, i8G5. Gauthier. Les Lombards dans les deux Bourgognes, 1907.

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DEUXIÈME La Civilisation du XI'' an A'/ï'^ siècle.

duc « riche par ses trésors, plus riche encore par ses armes et les hommes belliqueux que lui envoie le château de Dijon ou la très antique ville dAutun, ville pleine de ressources, regorgeant autrefois de nombreuses légions et d'une population superbe unie par la foi aux descendants de Romulus..., ville que le roi Arthur enleva à Rome et que le Norvégien Rollon détruisit tant et si bien qu'il en resta à peine des traces ». Parmi les autres cités, il nomme « Beaune la vineuse, heureuse de la fertilité de son sol et dont les vins rouges disposent les têtes aux fureurs de la guerre, Couches, Semur, Flavigny, Mussy, Avallon..., et le noble bourg, le château de Châtillon, l'honneur des Allobroges, le boulevard du royaume, que la Seine traverse et arrose de ses eaux limpides' ». — « Terre fertile, s'écrie-t-il, Bourgogne riche presque tout entière-! » Puis, comme s'il ne pouvait se lasser d'en parler, il recommence à la célébrer comme la terre des vaillants guerriers, admirablement dotée par la nature, « dont le chef inspire au loin la crainte et le respect », et qui « regorge de grains, de denrées et de vins ^ ».

Les chroniques et les chartes mettent de FLÉAUX l'ombre à ce tableau. Il y est souvent question ET ÉPIDÉMIES, d'incendies éi de « mortalités ». Le 28 juin 1137, Dijon est brûlé, et, « à l'exception des murs du castrum, au dedans et au dehors, tout est détruit à ras du sol ». Le 30 juillet 1273, Beaune subit le même sort. Le 22 juin 1280, un tremblement de terre, suivi d'inondations, cause d'importants dégâts. Plus terrible encore est le grand « crôlement de terre » du 18 octobre 1356, jour de la fête de Saint-Luc, dont la seconde secousse se propagea jusqu'en Allemagne « à telle manière que le pauvre peuple, comme tout éperdu , s'enfuit hors des maisons » . Les murailles du château ducal de Dijon et du château de

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