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DUC D'ORLÉANS, léaus, scigueur d'une moralité douteuse, mais libéral, instruit, aimant les lettres et les arts. Jean sans Peur le détestait et, comme Louis avait choisi pour emblème un bâton noueux, le duc de Bourgogne adopta un rabot, ce qui voulait dire qu'il saurait bien quelque jour « planer » ce bâton. En 1405, la guerre parut sur le

1. Coville, Les Cabochiens et l'ordonnance cabochienne, p. 32 et suir.

TROISIÈME Les Ducs de la maison de Valois.

point d'éclater. Jean sans Peur, qui avait de puissantes alliances, fit venir Tévêque de Liège avec 800 lances, 1 200 couteliers et 500 archers, les gens du duc d'Autriche, du comte de Wurtemberg, du duc de Savoie, du prince d'Orange ; de son côté, Louis réunit une armée, « et déjà y avoit foison de gens d'armes en Brie, Gâtinais et Sologne et Beauce, et avec lui le duc de Lorraine et le comte d'Alençon ». Les deux adversaires reculèrent devant les conséquences du conflit, mais, deux ans après, le duc d'Orléans mourait assassiné à Paris, dans des circonstances que le chroniqueur Monstrelet a fidèlement rapportées.

Dix-huit hommes environ avaient été logés dans un hôtel qui avait pour enseigne l'image de Notre-Dame, auprès de la porte Barbette, et, pendant plusieurs jours, ils préparèrent leur crime. Quand vint le mercredi, ils envoyèrent un nommé Thomas de Courteheuse, qui était valet de chambre du roi et leur complice, vers le duc d'Orléans qui était allé voir la reine dans un hôtel qu'elle avait acheté au pied de la porte Barbette. Et Thomas dit au duc pour le tromper : « Sire, le roi vous mande que sans délai vous veniez vers lui et qu'il a à parler à vous hâtivement, et pour chose qui grandement touche à lui et à vous ». Le duc ayant entendu le commandement du roi, monta aussitôt sur sa mule, et en sa compagnie partirent deux écuyers sur un cheval et quatre ou cinq valets de pied devant et derrière portant torches; et ses gens qui le devaient suivre ne se hâtaient point

Quand Louis d'Orléans arriva assez près de la porte Barbette, les dix-huit hommes « qui étaient couverlement armés >■ l'attendaient auprès d'une maison. Il faisait •< assez brun ■> pour cette nuit. Et alors incontinent ils sautèrent sur lui, et il y en eut un qui cria : « A mort! à mort! », et il le frappa de sa hache tellement fort qu'il lui coupa un poing. Le duc, voyant la cruelle entreprise ainsi faite contre lui, s'écria : « Je suis le duc d'Orléans! » Et eux, en le frappant, répondirent : « C'est ce que nous demandons », et, « prestement par force et abondance de coups, il fut abattu de sa mule et sa tête toute écartelée en telle manière que la cervelle tomba sur la chaussée, et ils le retournèrent et renversèrent et si terriblement martelèrent que là présentement fut mort et occis piteusement ».

Ses gens, qui étaient arrivés sur ces entrefaites, le voyant mort, coururent à l'hôtel de la reine, en criant le meurtre, et ceux qui avaient tué le duc se mirent à crier de leur côté : ■< Le feu! " En effet l'un d'eux avait mis le feu dans l'hôtel qu'ils habitaient. « Et puis les uns à cheval, les autres à pied, ils s'en allèrent hâtivement où ils purent le mieux, en jetant derrière eux des chaussetrappes de fer afin qu'on ne pût les suivre ni aller après eux '. »

i.Chroniqued'Enguerrand de Monslrelel.l, 36, éd. Douetd'.Vrcq, t. I,p.i-j5-i58.

Le DiicJié de Bourgogne. chapitre

La culpabilité du duc de Bourgogne n'é- DiscouRS tait pas douteuse, et la seule raison invoquée DE JEAN PETIT, par SOU liistoriographc officiel pour sa défense, c'est qu'il avait dû tuer pour ne pas être tué. Un docteur en théologie, Jean Petit, fit par ordre l'apologiedu crime. Son discours, prononcé en l'hôtel Saint-Pol, devant une multitude de nobles, de docteurs, de bourgeois et de peuple de tous états, constitue l'un des monuments les plus curieux de l'art oratoire de cette époque.

Partant de ce principe qu' « il est licite et méritoire de tuer le tyran traître et déloyal à son roi et souverain seigneur », Jean Petit se propose de démontrer que le meurtre du duc d'Orléans a été « perpétré pour le très grand bien de la personne du roi, de ses enfants et de tout le royaume ». Il invoque douze raisons, en l'honneur des douze apôtres, dont les trois premières sont tirées des philosophes moraux (Anaxagore, Cicéron, Boccace), les autres des Pères de l'Église (parmi lesquels saint Thomas), des lois civiles et impériales, de la Sainte Éciiture (Moïse, Phinéas, l'archange saint Michel). Sa conclusion est la suivante :

J'ai déclaré et remontré comment le criminel duc d'Orléans a commis crime de lèse-majesté au quart degré et en plusieurs manières...., pour parvenir à sa damnable et mauvaise intention, à savoir à la très noble couronne et seigneurie de France, et l'ôter et soustraire au roi notre sire et à sa génération.... S'ensuit clairement que mon dit seigneur de Bourgogne ne veut et ne doit en rien être blâmé, ni repris dudit cas avenu en la personne dudit criminel duc d'Orléans, et que le roi notre sire ne doit point tant seulement être content, mais doit avoir mon dit seigneur de Bourgogne et son fait pour agréable, et l'autoriser en tant que métier serait. Et avec ce le doit pardonner et rémunérer en trois choses, c'est à savoir en amour, honneur et richesse, à l'exemple des rémunérations qui furent faites à monseigneur Michel l'archange et au vaillant homme Phinces..., et l'entends ainsi en mon gros et rude entendement, que le roi notre sire lui doit plus que devant sa loyauté et bonne renommée faire prononcer par tout le royaume, et dehors le royaume, publier par lettres patentes, par manière d'épitres et autrement. Icelui Dieu veuille que ainsi soit-il fait, qui es! benedicius in secula seculorum. Amen '.

1. Chronique d'Enguerrand de Monslrclct, 1, 89, éd. Douct d'Arcq, t. I,p. 2/I2.

TROISIÈME Les Ducs de la maison de Valois.

Celte apologie fit « grand murmure ARMAGSAcs Jedans la ville de Paris ». Le royaume de

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BOURGUIGNONS. Fraiice se divisa en deux camps : celui des Armagnacs, qui tiraient leur nom de Bernard d'Armagnac, beau-frère du jeune duc d'Orléans, et se reconnaissaient à leur écharpe blanche; celui des Bourguignons, qui portaient la croix de Saint-André cousue à leurs habits. Les Armagnacs comptaient dans leurs rangs quantité de chevaliers. Jean sans Peur sut louvoyer parmi tant de périls. Par sa diplomatie, il obtint le traité d'Auxerre (1412) qui le réconciliait avec le fils de sa victime; il parut avec lui sur le même cheval et l'embrassa publiquement. En appuyant les réclamations de la bourgeoisie et de l'Université de Paris contre l'arbitraire royal, il réussit à devenir l'idole des Parisiens, et, chaque fois qu'il venait dans leur ville, son retour était salué « avec une très grande joie par les habitants et mêmement les petits enfants en plusieurs carrefours à haute voix qui criaient : Noël ! » D'autre part, il intriguait avec les Anglais, et, tandis que son frère, Antoine de Brabant, se faisait tuer à Azincourt, il ne paraissait pas sur le champ de bataille, mais empêchait son fils de s'y rendre (1415).

La paix d'Auxerre se rompit, et les Armagnacs réussirent à reprendre Paris. Dans la nuit du 28 au 29 mai 1418, les Bourguignons y rentrèrent en ordre de bataille, criant : « A mort ! A mort ! Ville gagnée. Tuez tout, tuez tout ». Les portes des hôtels occupés par les chefs du parti ennemi furent enfoncées; un héraut annonça, au son de la trompette, que ceux qui connaissaient la retraite d'un Armagnac devaient la dénoncer, sous peine de confiscation de corps et de biens. Les prisonniers furent entassés au Châtelet, au Louvre, au Palais, à Saint-ÎMagloire, à Saint-Martin-des- Champs « comme si fussent chiens et moutons ». La foule s'y porta, et pendant trois jours, frappa, assomma, à coups de maillet, de hache, de massue, de bâton. Le nombre des victimes s'éleva à 10 500 environ. On voyait les cadavres dépouillés « en tas comme porcs au milieu de la boue ». Bernard d'Armagnac fut parmi les victimes ; les Bourgui-

Le Duché de Boiwgogne. chapitre

gnons lui enlevèrent deux bandes de peau, pour simuler son écharpe blanche. Lorsque Jean sans Peur arriva, le 14 juillet, avec la duchesse, on lui jeta des fleurs du haut des fenêtres, mais il mit un terme à ces cruautés.

Pendant ce temps, des tentatives de rap- LE PONT prochement avaient lieu entre le duc de DE MONTEREAU. Bourgognc ct son cousin le dauphin Charles, le futur roi Charles VII, qui avait épousé la cause des Orléans. Une première entrevue eut lieu, le 11 juillet 1419, à Pouilly, près de Melun. Les deux princes, « négligeant les suspicions et les imaginations qui s'étaient engendrées en leur cœur et celui de plusieurs de leurs officiers et qui les avaient empêchés de vaquer avec concorde aux grandes affaires du royaume », jurèrent de « s'aimer, se soutenir, et se servir mutuellement, comme bons et loyaux parents », et enjoignirent à leurs serviteurs « s'ils y voyaient empêchement, de les en avertir selon leur loyal devoir ». Le 10 septembre suivant, ils se réunirent de nouveau sur le pont de Montereau, au confluent de la Seine et de l'Yonne. Chacun d'eux était escorté de dix chevaliers vêtus de cottes et armés d'épées ; parmi les seigneurs bourguignons figuraient Guillaume de Vienne, Antoine de Vergy, Jean de Montaigu, Gui de Pontailler. Arrivé en présence du dauphin, le duc ôta son bonnet de velours et, s'agenouillant devant lui, le salua humblement. A peine s'était-il relevé qu'une mêlée obscure s'engagea, et tandis que Tanneguy Duchâtel, l'un des compagnons du dauphin, emportait son maître au château de Montereau, le duc de Bourgogne tombait frappé de plusieurs coups d'épée. Le premier lui descendit le long du côté droit du visage et lui trancha la main avec laquelle il cherchait instinctivement à se protéger ; le dernier lui perça le ventre, après quoi, « il commença à s'étendre le rein, en poussant un soupir ». Ramassé et enseveli par le curé dans le cimetière de la ville, il y fut retrouvé quelques semaines après, n'ayant plus que son pourpoint, sa culotte et ses houseaux, tant que « c'était chose piteuse à

RIVALITÉ DES AKMAG.XACS ET DES BOL RCrl IGNONS

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