‹ Histoire de BourgogneChapitre 66 sur 177 · Nerlinger, Pierre d'Hagenbach · texte numérisé non relu

Nerlinger, Pierre d'Hagenbach

Le Duché de Bourgogne. chapitre

pelait la Lotharingie carolingieinie, ce beau royaume qui allait de la mer du Nord au Rhône, des Cévennes aux Alpes, et avait à sa tête un roi, fils d'empereur. Pourquoi son chef au xv^ siècle ne serait-il pas roi à son tour? L'empereur Frédéric III, toujours à court d'argent, désirait faire contracter à son fds Maximilien un mariage avantageux. Charles le Téméraire lui offrit sa fille unique, Marie, en échange de la couronne royale.

A la fin de septembre 1473, les deux souverains se rencontrèrent à Trêves. L'entrée de Charles le Téméraire fut merveilleuse. Il était monté sur un cheval couvert d'un caparaçon violet et or qui descendait jusqu'au sol, et sur son armure d'acier poli flottait un manteau chargé de rubis et de pierres précieuses; il tenait à la main un chapeau de velours sur le devant duquel brillait un diamant d'une valeur incomparable. Derrière lui venait une escorte de cavalerie et d'artillerie; ses chariots étaient chargés de tentes somptueuses, de vaisselle d'or et de vermeil, de bahuts pleins de bijoux et de riches vêtements. Pendant huit semaines que durèrent les négociations, ce fut une série ininterrompue de fêtes et de divertissements. Charles était convaincu qu'il touchait au but. Enfin il allait être roi, peut-être même empereur, et, pour justifier cette éclatante fortune, il s'apprêtait à reprendre les projets de croisade de son père. C'est ce qu'affirme son maître d'hôtel Olivier de la Marche, qui eut maintes fois occasion de l'entendre :

Je ne fay nulle doute que plusieurs, parlant du duc Charles, murmureront et diront : « Que falail-il à ce grand duc, qui tant avait «Je seigneuries, de pays et de richesses? Que se demandait-il, d'entreprendre sur ses voisins et de vouloir conquérir le monde sur autruy? » et plusieurs autres langages contre lui. A ce je répons que la volonté et extrême zèle qu'il avait au service de la foi chrétienne et à l'augmentation de l'Église lui faisait emprendre et faire ce qu'il faisait. Car son désir et affection était d'aller contre les infidèles en sa personne, et désirait de se faire si grand et si puissant qu'il put être conducteur et meneur des autres ; et, si Dieu luy eut donné vie elprospérité, il eut montré par effet que mon récit, en cette partie, est véritable, car je le sais par lui-même, non pas par ouï-dire à autrui i.

1. Olivier de la Marche, Mémoires, Introd., 2!,; éd. Beaiine, l. I, p. ]^5.

TROISIEME

Les Ducs de la maison de Valois.

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