Garnier, Chartes de commune..., t. I, p. 35t
2. Voir dans Emile R03-. Le mystère de la Passion en France du XIV' au XVP siècle, 1903, le texte de la Passion de Semur, composée et jouée sur les bords de l'Yonne, la seule des Passions bourguignonnes qui nous soit parvenue.
Le Duché de Bourgogne. chapitre
évêque des fous. Un cortège ridicule se déroule à l'intérieur de la nef, sous l'œil bienveillant du curé, et accompagne ses danses de chansons burlesques; une farce se joue devant le porche. Des sociétés d'amusement organisent à travers les rues des cavalcades avec chevaux et chars, et ceux qui les conduisent lancent du haut de leur siège force plaisanteries aux spectateurs. La Mère folle de Dijon, autorisée par lettres patentes de Philippe le Bon de 1454, a son capitaine, ses officiers, son chancelier; elle ne sera abolie qu'en J630 par ordonnance du roi Louis XIII'. Des associations analogues existent en d'autres villes. Elles donneront naissance aux Gaillardons de Chalon-sur-Saône, aux Ménétriers d'Auxonne, au Papegay d'Avallon.
Comme à l'époque précédente, la quié- HYGiENE ixx(\Q dcs bourgcois est troublée de temps à ASSISTANCE. autre par des incendies, des épidémies, les exploits des mauvais larrons : la peste de 1438 fit d'innombrables victimes. On commence à s'organiser contre tous ces fléaux. Dès que la nuit vient, la sonnerie du couvre-feu avertit qu'il est temps de fermer les portes des maisons et qu'il ne faut se risquer dehors qu'avec précaution. Les tribunaux se montrent sévères pour les malfaiteurs; les bois de justice se dressent en permanence sur la place publique. En cas d'incendie, les habitants doivent mettre des seaux pleins d'eau devant leurs portes. L'hygiène est améliorée, grâce au pavage des rues, à l'établissement de latrines et de bains publics, à l'enlèvement régulier des immondices. Parmi les mesures prises, il s'en rencontre d'une hardiesse imprévue et qui s'inspirent des plus nobles sentiments. A Dijon, un service médical gratuit est organisé. Un médecin et quatre chirurgiens sont commis « pour visiter les pauvres malades qui ne peuvent se faire médiciner à leurs frais » : ils sont déclarés exempts des charges publiques, et des indulgences sont accordées par l'évêque
1. Du Tillot, Mémoire pour seruir à l'hisloire de la fêle des Fous, in-ij, Lausanne, 1741. Rossignol, La fêle des fous el la Mère Folle de Dijon, i855.
QUATRIÈME Lu Cwilisatioii au XV^ siècle.
de Langres à qui les assistera. Dans la même ville, le maire prend des arrêtés pour modérer le prix des denrées de première nécessité; il taxe le pain, sans craindre les protestations des boulangers. Ceux-ci ayant refusé de cuire, il les convoque et leur demande s'ils veulent se contenter de gagner quatre gros par émine * ; sur leur réponse négative, il les condamne à dix livres d'amende, et, de Favis du conseil ducal, « passe marché avec des marchands de blé, qui en acceptent la charge pour un an, et promettent, tant que l'émine de froment ne vaudra pas plus de trois francs, de vendre le cymereaul (pain blanc) du poids de vingt onces à trois deniers, et les miches brunes de soixante-dix onces, pour six deniers ».
L'instruction commence à préoccuper INSTRUCTION les csprits. Des écoles, dirigées par un clerc PUBLIQUE. appelé maître ou recteur [magister, rector), sont généralement annexées aux églises paroissiales et placées sous la surveillance d'un dignitaire du chapitre. On trouve des recteurs à Autun, Beaune, Dijon, même dans de simples villages, Couchey, Champlitte. Ils sont secondés par des sous-maîtres avec lesquels ils ont signé contrat par-devant notaire. L'un de ces actes, conclu entre maître Eude Chardin de Lux, maître de l'école de Beaune, et le clerc Girart Labireaul de Champlitte, commence ainsi :
Maître Eude Chardin de Lux, maître de l'école de Beaune, d'une part, et Girard Labireaul de Champlitte, clerc, d'autre part : lesdiles parties font entre elles les accors, paccions et convenances en et par la manière que s'ensuit, c'est assavoir que ledit Girard est et sera tenu par ces présentes de demeurer avec ledit maître Eude par le terme et espace de un an, commençant le jour de la fête de la nativité de Saint Jean-Baptiste prochainement venant (24 juin 1408), et après continuellement suivant, durant lequel temps ledit Girart sera tenu de servir ledit maître Eude au fait d'écoliers, et aussi sera tenu de tenir ladite école de Beaune avec ledit maître Eude ledit terme
1. L'émine était une mesure de capacité qui valait environ un demi-liectolitre.
Le Duché de Bourgogne. chapitre
durant, au pi-ofit de chacun d'eux, en lui administrant vivre de bouche, selon son état tant seulement.
Maître Chardin promet à son sous-maître qu'il sera logé, nourri, et partagera avec lui tous les revenus de Fécole : il lui abandonne la rétribution en fèves, poissons et vin, de la Saint-Martin, ainsi que la somme de dix sols qui sera payée par chacun des écoliers logés dans la maison. En échange, Girart paiera à Eude la somme de douze francs d'or « tant à cause de son administration que pour le loyer de ladite école* ». Dans d'autres documents du même genre, les sousmaîtres reçoivent des vêtements et la permission d'aller « grumer » pendant les vendanges. L'année scolaire commence à la Saint-Jean. Les enfants apprennent à lire et à chanter les psaumes. L'instruction, asssez sommaire, est payante; elle a un caractère essentiellement reUgieux.
Nulle part mieux que dans la capitale du DIJON duché on ne peut se rendre compte de ce
AU .\Ke SIÈCLE, qu'étaient les villes de Bourgogne au xv^ siècle. Dijon est entouré d'une solide enceinte garnie de dix-huit tours rondes et percée de onze portes monumentales, dont la plus importante, celle de Saint- Nicolas, a coûté cent mille francs de notre monnaie. Au point de vue religieux, la ville se partage en sept paroisses, Notre-Dame, Saint-Jean, Saint-Michel, Saint-Médard, Saint- Nicolas, Saint-Pierre, Saint-Philibert; elle compte aussi deux grandes abbayes, Saint-Bénigne et Saint-Étienne. Au point de vue historique, on distingue la vieille et la nouvelle villes. La vieille ville est la ville romaine, dont les murailles ont été abattues à partir de 1453 sur l'ordre de Philippe le Bon, et qui renferme la maison de ville (maison du singe 2), les hôtels du duc et de ses officiers; la ville moderne, qui s'est développée tout autour, est la région
1. Simonnet, Le clergé en Bourgogne, p. 100-102. Cf. Muteau, Les Écoles el collèges de province depuis les lemps les plus reculés jusqu'en 1789, 1 vol., 1882, ouvrage qui regarde exchtsivement la Bourgogne.
2. On l'appelait ainsi parce qu'un singe était sculpté au-dessus de la porte.
QUATRIÈME La Civiliscition au XV^ siècle.
du commerce et de Tindustrie. Chaque profession a élu domicile dans une rue qui porte son nom. Il existe ainsi des rues de la Boucherie, de la Cordonnerie, de la Parcheminerie, de la Tonnellerie, de la Coutellerie, de la Verrerie, de la Chaudronnerie, de la Draperie, de TArcherie; la rue habitée par les Juifs s'appelle rue de la Juiverie. Les épiciers, droguistes en même temps, vendent des essences de rose, de violette, de citron, de térébenthine, de la camomille, de riiuilc d'amande douce, des sirops, des massepains de Montpellier; les merciers, des tissus de soie, des bourses, des ceintures à boucle et à rosette ; les drapiers, de gros draps de Châtillon, des camelins, des brins de Nevers; les pelletiers ont pour les pauvres gens des peaux de conis (lapin) « bonnes et suffisantes », et, pour les clients riches, des peaux de fouine, de renard, et du ventre de mart u beau et marchand ». La Maison de la Marchandise et la Halle des Champeaux, commencée en 1424 par les soins de la mairie, sont les grands marchés d'approvisionnement.
Les corporations ont leurs statuts, dont le registre conservé aux Archives municipales* forme un véritable Livre des Métiers. Ne peuvent devenir maîtres que les apprentis reconnus « suffisans et idoines » par les « commis sur le fait de la Visitation » et qui ont fait un « chief-d'œuvre ». Chaque corporation élit ses jurés, au nombre de deux ou de quatre, renouvelables chaque année par moitié, de sorte qu'on distingue toujours les anciens et les nouveaux. Le maître récemment admis ne peut exercer son métier que s'il a versé une certaine somme et donné « aux maîtres et compagnons le mangié ou dîner accoustumé ». Les amendes, établies pour infraction aux statuts sans préjudice des autres châtiments, varient de 5 à 20 sols tournois; elles sont également partagées entre la caisse de la ville et celle de la corporation. Sont « amendables » : les boulangers qui donnent du pain mal cuit, de mauvaise saveur, trop brun, de mauvais blé, ou ne font pas bon poids ; les bouchers qui n'apportent
1. Archii'es municipales de Dijon, G. 3, registre en parchciniu de 3i2 feuillets relié en cuir brun. Ces statuts s'échelonnent de 1407 ù 1490.
Le Duché de Bour^osne. chapitre
« chair propre, bonne et convenable pour user à corps humain et qui soit de bonne mort » ; les apothicaires qui vendent de la marchandise « sofistiquée » ; les rôtisseurs qui rôtissent « viandes infectées » ; les tonneliers qui abusent du bois rouge ou des « encoignures » ; les gantiers qui « mettent le ventre de la peau sur la main »; les cordonniers qui mêlent le cuir de veau au cuir de vache. Un moutardier, dont la moutarde n'était pas « de bonne graine et trempée de compétant vinaigre », fut, malgré ses protestations, condamné à 65 livres d'amende '.
La ville a deux jeux de paume, l'un à l'hôtellerie du Pot de Cuivre, l'autre au Tripot de la Croix d'Or, une société de l'Arc autorisée par lettres patentes de Philippe le Hardi de 1393, et de nombreuses buttes « pour esbattre les bourgeois et enfants de la ville et éprendre le trait de l'arbalète, pour la défendre si métier est ». Mais où la vie dijonnaise apparaît le mieux, c'est au Bourg, c'est-à-dire dans la grande rue du Bourg de la boucherie où les bouchers ont leur « écorcherie ^ » et « vendent chair » sur étal :
Durant une grande partie de la journée, la rue du Bourg était convertie en un véritable champ de foire. Dès le malin, on y voyait affluer de tous les points de la ville le queux ^ du grand seigneur, la bourgeoise avec sa meschinelte *, la femme de l'artisan, la chambellicre du prêtre, les frères lais et les autres serviteurs des religieux cloîtrés. C'était l'heure où les religieux mendiants quêtaient aux portes côte à côte av«c les hospitaliers du Saint-Esprit portant leur chasse au col. La société s'y trouvait représentée même dans ses rangs les plus infimes : mendiants, larrons, faux ou vrais pèlerins y grouillaient.... Celte foule, qui circulait avec peine dans cette rue étranglée et encombrée de marchandises et d'animaux, s'ouvrait toujours pour laisser un libre passage à deux individus dont on fuyait le contact avec effroi : l'un était le lépreux en quête de pitance qui, dans ces lieux, agitait constamment la cliquette pendue à sa ceinture; l'autre, c'était le bourreau. Ce redouté fonctionnaire s'arrêtait