‹ Histoire de BourgogneChapitre 91 sur 177 · A HENRI IV. . . ."' , X- TT · texte numérisé non relu

A HENRI IV. . . ."' , X- TT

causa partout une vive émotion. Un conseiller ligueur, Gabriel Breunot, s'en fait l'écho dans son journal :

L'on sait assuré que le Roj , le 23 de ce mois, fut à l'église à Saint-Denis avec les princes et seigneurs de sa cour, que ceux de Paris y voulaient aller, qu'on fut contraint de fermer les portes pour les empêcher de sortir, qu'il y fut reçu par M. de Bourges à la porte de l'église avec une grave et sainte remontrance, qu'il doit faire ses Pâques le 1" de ce mois, le 2 doit prendre l'ordre, puis après faire son sacre.

La Bourgogne Monarchique. chapitre

Élienne Bernard invita les gens de bien à se défier de cette conversion, et Jean de Tavanes rappela que « c'est au temps que les ennemis de Dieu chantent victoire que celui-ci leur prépare la fosse pour tomber dedans ». L'intluence de ces deux hommes fut contrebalancée par celle de l'avocat Jeannin, devenu président au Parlement de Bourgogne, qui, tout en étant du parti de la ligue, inclinait ses compatriotes vers la modération. Les Bourguignons étaient las de la guerre, des impôts, des pillages. Leurs députés aux États de la Ligue se monlrèrent hostiles à l'Espagne; les nobles déclarèrent qu'ils voulaient « ne point opiner pour traiter avec les étrangers et que telle avait toujours été leur intention * ». Les États généraux de la province, réunis au mois d'octobre 1593, ne cachèrent pas leur désir de paix. A toutes sortes d'indices, on reconnaissait un changement de l'esprit public. Les orfèvres dijonnais fabriquaient des bagues, dans lesquelles était gravée une fleur de lis. Rencontrant un ligueur qui portait à son cou de grandes patenôtres appelées ligues, un homme du peuple lui dit : « Mon ami, à ce que je vois, vous êtes encore à Paler noster. Ceux de Paris sont à Agimus tibi gratias. Ils sont bien plus grands clercs que vous ». Et à Etienne Bernard : « N'est-ce pas cet Espagnol, lequel, avec trois ou quatre autres, fait ruiner tout le monde? A quoi tient-il que l'on ne se jette sur lui et que l'on ne l'assomme avec les autres qui sont en cause? » Les habitants de Semur traînèrent sur une charrette une femme laide et décrépite « qui s'en allait mourir, ayant au derrière un panier tout berneux » ; ils disaient que la Ligue serait morte avant Pâques.

L'on apprit alors, par des lettres fort aimables de

1. La «lépiilation de Bourgogne fut la plus complète après celle de Paris, et elle reçut les plus grands honneurs. L'un de ses membres, François de Rabutin, baron de Forléans, fut président de la noblesse, un autre, Jacques Venot, évangélistc de la Chambre du tiers état; mais le membre le plus éminent fut encore Etienne Bernard. — Voir : Aug. Bernard, Registres et procès-uerbaux des Etais ile /5.''3, dans la Collection des documents inédits; D. Plancher, op. cit., t. IV, Pr. CCCXIV, liste des députés bourguignons; Lettres d'Etienne Bernard, au t. Il, de la Correspondance de la Mairie de Dijon.

pREMiEB La Li^ne.

Henri IV, la déclaration du Parlement de Paris du 3 janvier 1594, ordonnant à tous de le reconnaître comme souverain seigneur dans le délai d'un mois, le sacre de Chartres (27 février), l'entrée à Paris (22 mars). En vain Mayenne voulut dénaturer le sens de ces événements, parlant avec dédain de « l'accident de Paris et des moyens desquels le comte de Brissac s'était servi pour porter au roi de Navarre une si grande et catholique ville », niant l'authenticité de l'arrêt du Parlement comme « chose inepte et indigne d'un sénat si célèbre ». La débâcle de la ligue commença Mâcon, Auxerre, Avallon ouvrirent d'abord leurs portes. Le 20 avril 1595, le maréchal de Biron fut nommé gouverneur de Bourgogne. Tandis que Mayenne se retirait darjs le sud de la province, le maréchal occupa Nuits, Beaune, s'empara d'Autun « par pratiques ». A Dijon, les ligueurs étaient en nombre et ils avaient mis à mort un ancien maire, Jacques Laverne, qui conspirait pour Henri IV; mais « les politiques remuaient les cornes, se sentant forts ». Sur la nouvelle que Biron campait à Champmaillot et sommait la ville de lui ouvrir ses portes, une assemblée, composée de membres du Parlement, de la Chambre des comptes, de la Chambre de ville, et de quelques notables, se réunit au Logis du roi sous la présidence de Brûlart; après trois jours de pourparlers, elle accepta les articles de la capitulation.

Le maréchal fit son entrée à Dijon le

HENRI IV 28 mai. Henri IV le suivit le 4 juin. Il arriva

A DIJON. ^ jjj, heures du matin, en pourpoint de

futaine blanche percé aux deux coudes. Un

témoin oculaire nous a gardé le souvenir de l'événement :

Le 4 est arrivé, en personne, le Roy Henri IV, Roy de France et de Navarre, avec grandes forces, et est enlré par la porte Saint- Pierre, attendu que le château (resté en possession des liiçueurs) lirait toujours à coups d'artillerie. Messieurs de l'Église, de fa Cour de Parlement, des Comptes, maire, échevins, bailliage, et généralement tout le peuple lui a été au-devant, le recevant humainement. Le trésorier et chanoine d'Esbarrcs lui présenta la bonne volonté du clergé; ainsi firent tous les autres. U vint descendre les degrés

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de la Sainte-Chapelle, et là M. d'Esbarres lui présenta la croix, laquelle il accola et dit et protesta à tout le clergé et aux dits sieurs qu'il voulait vivre et mourir en notre mère Ste Église, catholique, apostolique et romaine. De là, il entra dans l'église où on lui avait préparé un poêle, cuit une messe basse au grand autel, pendant laquelle les chantres étant au jubé chantèrent le Te Deum, les orgues avec toutes leurs réjouissances; de là passa par la galerie en son logis où il a dîné et couché'.

Les Registres municipaux disent que « le peuple était tellement en allégresse que les rues en étaient toutes couvertes, les fenêtres remplies, tous criant à haute voix : Vive le Roy! et se rencontraient bien heureuses femmes et enfants qui se pouvaient approcher de lui et lui baiser les cuisses ».

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