CHAPITRE XVIII
L TopograpUei nature et compositioii dnsol. — II. Goateiunee et diTiiioii dn territoire. — m. PopnUtion. — IF. Armoiriet. — T.Hiome, mœurs et caraetère des habitante.
La commune de Bousbecque, département du Nord, arrondissement de Lille, canton de Tourcoing-Nord, est située à la frontière de France. Adossée à la Lys, qui la sépare, au Nord, de la Belgique, elle tient à TEst à la commune d'Halluin, au sud à celles de Roncq et de Linselles et à rOuest à celle de Wervicq-France. Placée sous le 0*^ 82' de longitude Est et le 56"^ 39' de latitude Nord, elle se trouve à 257 kilomètres de Paris, 16 de Lille et 8 de Tourcoing.
La surface de son sol offre des ondulations et des déclivités assez sensibles. La vallée baignée par la Lys s'élève presque
partout en pentes, légèrement inclinées. Le point le plus élevé, par une bizarrerie inexplicable, s'appelle, depuis un temps très-reculé : la basse ville. Le repaire placé sur la côte voisine de la ferme de Gros Chêne indique une position de 32™ 378 plus élevée que le niveau de la mer; celui placé dans la rue de Linselles 19™ 590, et celui de l^établissement des eaux de la Lys, des villes de Roubaixet de Tourcoing, 12™ 947.
Grâces aux travaux consciencieux de M. Meugy, il nous est permis de donner la constitution géologique de notre village. Dans son tableau statistique des communes de Tancienne Flandre wallonne, ce savant auteur assigne au sous sol de Bousbecque trois couches : celle des alluvions, anciens et modernes et le système Yprésien. Les substances minérales utiles, que contiennent ces couches, sont : Targile jaune, le gravier, le sable et la terra glaise. Le sable jaune, plus ou moins argileux, qu'on rencontre surtout le long de la plaine de la Lys, doit être rapporté à la partie inférieure du limon, eu égard au caractère particulier de son gisement ; c'est le sable campinien de M. Dumont. U existe à une profondeur moyenne de quatre à cinq mètres (1).
On trouve des cailloux au bas des bois près du chemin de Boubecque à Roncq.
D'après un grand nombre de géologues, notamment M. Elie de Beaumont, l'espace de terrain que nous occupons, à l'épo- , que tertiaire, se trouvait caché sous une vaste mer. Serait-ce à la présence de l'océan sur notre territoire qu'il faudrait attribuer le gissement de coquillages que l'on a trouvés, à plusieurs reprises, à une grande profondeur, en creusant des puits, dans les environs du hameau de la Verte-Feuille ?...
(i) Mémoire delà société des sciences et des arts de Lille, années 1850, }851 et 1852,
Tous les anciens documents, que nous avons parcourus, donnent au village de Bousbecque 4^3 bonniers 12 cents. Legroux, seul, est dans Terreur, en portant le chiffre rond de 300 bonniers, qu'il n'aura pas cherché à vérifier.
Le dénombrement de 1544 partage le territoire de la manière suivante :
Manoirs et Jardins 16
bonniers
1 7 cents.
Riez 25
Prés 12
Bois 13
Terres. à labour 350
Ce q\â fait un total de 419 bonniers 7 cents.
Si nous y joignons les terrains occupés par l'égUse, la place, les routes et les cours d'eau, nous arrivons approximativement, au chiffre fixé par tous les écrits de cette époque, ainsi que par les cadastres qui ont été établis depuis.
Le mesurage fait par M. Arnould Lambin, arpenteur à Comines, en 1725, donne un total de 446 bonniers 1220 verges.
Le cadastre actuel, qui date de 1830, partage notre territoire comme ci-après :
Terres labourables 493 hectares 97 ares.
Prairies 46
centiares.
Terrains plantés 48
Bois 19
Rivière et cours d'eau 3
Propriétés bâties 7
Routes, Chemins vici-
naux. Place, Église et
Presbytère 18
soit une contenance
totale de. 637 hectares 64 ares 61 centiares.
Les terres labourables sont divisées en quatre classes évaluées à 90, 75, 60 et 40 francs l'arpent métrique ; les prairies sont aussi partagées en quatre divisions, de 180, 150, 90 et 45 francs, pour la même mesure. Les vergers sont taxés à 120, 90, 75 et 60 francs, et les jardins en deux catégories fixées à 120 francs, pour la première, et 90 francs pour la seconde.
D'après l'enquête de l'an 1449, le village de Bousbecque n'avait, à cette époque, que " 74 personnes payant taille et 13 mainies ; » celle de 1485 porte 50 feux, ce qui correspond environ, à 340 habitants.
Nous trouvons 69 feux, soit approximativement 475 habi* tants en 1491, et ^Si feux ou 570 habitants en 1505. Le recensement de 1677 est plus explicite, et montre la progression sensible qu'a suivie notre population. A cttte époque, le village était composé de « 78 feux, renfermant 342 communiants et 172 enfantB mm aygés, donnant un chiffre de 514 habitants, dont 75 capables de porter les armes. »
Une note des archives de la mairie porte, pour Tannée 1718, 716 habitants.
Legroux cite, pour 1730, le chiffre de 600 communiants environ.
Dans son dictionnaire historique et politique des Gaules et de la France, l'abbé Ëxpilly donne à Bousbecque, en 1762, 142 feux, soit, en prenant pour base le contenu de chaque foyer, précédemment cité, un total de 935 habitants.
Le recensement de Tan IX de la République porte 1543 habitants, celui de l'an XIII en donne 1623, et celui de
Tannée 1806, 1649 répartis en 336 ménages occapant 335 maisons.
En 1821, on comptait à Bousbecque 1883 habitants, et en 1827, 1997. A dater de cette époque, le mauvais état du commerce du lin amène une décroissance de la population qui se réduit à
1937 habitants en 1832.
Pour reprendre, avec la prospérité des affaires, et monter à
1862 habitants en 1856.
La population actuelle, d'après le recensement de 1877, comporte 2147 habitants, formant 466 ménages et habitant 457 maisons. La population masculine est de 1110, le sexe féminin n'en comporte que 1037. Cette différence provient particulièrement de la quantité, relativement importante de jeunes filles, qui se mettent en service à Tourcoing, à Roubaix et à Lille.
La population agglomérée est de 726, celle éparse de 143K Parmi le sexe masculin il y a 894 Français et 216 Belges : La population du sexe féminin compte 839 Françaises et 198 Belges.
L'état civil se répartit en 724 garçons, 339 mariés, 47 veufs, et en 616 filles, 335 femmes et 86 veuves.
Les professions sont classées: pour Tagriculture 533, pour l'industrie 1443, pour le commerce 96 ; les professions libérales 33, les personnes vivant de leurs revenus 37, les pensionnés de l'état, 5.
Cinq hommes ont atteint Tàge de 80 à 90 ans ; 2 femmes de 90 à 95 ans. Aucun habitant «ne dépasse cet âge.
Tous les anciens ouvrages héraldiques ou généalogiques blasonnent Bousbecque « de sinople à trois tierces feuilles d'or, n Le recueil historique des archives du département du Nord, attribué à Ferdinand de Maubus, et les notés généalogiques de Muyssard disent que Bousbecque porte : de sinople à trois trèfles d'or « alias » d'argent à la fasce de gueules.
Le manuscrit de C. L. Jacobs, seigneur d'Hailly, mentionne les armes de Bousbecque « de sinople à trois trèfles d'or, 2 et 1, et Antoine Baillet, dans son livre sur Véiat tant ecclésiastique que séculier, de la province de Lille, les porte tt de sinople à trois tierces feuilles d'or. »
Le supplément au nobiliaire des Pays-Bas, par HoUebert, s'exprime ainsi, relativement aux armoiries de Bousbecque : « de sinople à trois trèfles, ou pour mieux dire, à trois trifeuilles d'or, étant feuilles commes les quintes feuilles, et sans la moindre tige ni queue. »
Ce village n'ayant pas fait enregistrer ses armoiries à l'armoriai général dressé par ordre de Louis XIV, de 1696 à 1710, on manque de pièces authentiques pour établir l'écu ; mais en présence des données que nous avons recueillies, près des auteurs sérieux que nous venons de reproduire, nous pouvons quali^er les armes de Bousbecque « de sinople à trois trifeuilles d'or. »
Le langage populaire, à Bousbecque, est un français yicié par une mauvaise, ou plutôt grossière prononciation, qui a altéré un grand nombre de mots ou de locutions.
Nous trouvons, dans le patois parlé en cette commune, un assemblage de mots Romans, composés du latin, en grande partie, du Tudesque et du Celte, avec quelques emprunts au Celto-Gael, au Breton et au Saxon. On pourrait se faire une idée de Tidiome Bousbecquois, en lisant les mémoires de Philippe de Gomines, dans lesquelles on trouve un grand nombre de tours singuliers et d^expressions triviales employées encore aujourd'hui, par la population ouvrière des bords de la Lys.
L'œil critique de l'observateur trouverait, sans doute, des défauts et des travers en étudiant le caractère et les mœurs des habitants de Bousbecque, mais, au risque d'être traité d'optimiste, par nos concitoyens, et surtout de partialité à l'étranger, nous dirons, qu'à côté de quelques imperfections que nous devons reconnaître (quelle est la population qui n'en a pas ?) nous pouvons, certainement, constater bien des vertus et des qualités.
Si fioulainvilliers a pu dire, en parlant des habitants du département du Nord, en général, qu'ils sont exacts à la messe et au sermon, le tout, sans préjudice du cabaret, qui est leur passion dominante, cette expression ne saurait être appliquée aux habitants de Bousbecque, pour ce qui a rapport à l'estaminet ; car, si l'ouvrier de notre village passe volontiers quelques heures, le dimanche après vêpres, à faire, en été sa partie d'arc, de boule ou de fléchette, et en hiver son jeu de cartes, au cabaret, il se remet le lundi matin, de bonne heure, au travail, jusqu'au dimanche suivant. Sobre, économe et laborieux, il n'a pas d'autre ambition, que celle
d'élever conTenablement sa famille et c'est uniquement vers ce hvit que tendent tous ses efforts.
Qui dira Tesprit d'ordre et Famour sincère de la religion qui régnent, au sein de nos premières familles, où généralement les maîtres, par leur fidélité au service de Dieu, sont des modèles pour leurs ouvriers et leurs inférieurs?.. Qui dira les œuvres de charité qui se font, sans éclat, par les personnes favorisées de la fortune, dont le plus grand bonheur est de soulager les misères du pauvre?..
Aimant peu la politique, ennemi des révolutions et de Tanarchie, l'habitant de Bousbecque est naturellement sympathique au pouvoir existant, même quand le gouvernement ne représente pas ses idées de prédilection. Pour lui, dans toutes les élections, le candidat qu'il porte de préférence est celui qui présente le plus de garantie au point de vue religieux, car la foi catholique est restée très vive dans cette commune, où l'on retrouve les mœurs patriarcales, qui n'ont que trop disparues, en beaucoup de localités, à travers toutes les commotions politiques.