CHAPITRE XXII
La bienfaisance à Bonsbecqne. — Table des panvres. Comptes, fondations et rentes. — Extraits des registres de recettes et de dépenses anx Zyi« et XVIl*' siècles. — Bnrean de bienfaisance. — Hospice. — Dames de cbarité. — Société de Saint Vincent de Panl.
La table des pauvres, aujourd'hui le bureau de bienfaisance, était anciennement administrée par un pauvriseui-, nommcj par le magistrat, entre les mains duquel il prêtait serment de se bien acquitter de sa charge, de ne rien distribuer au delà des recettes, sans la participation de l'autorité communale, et de rendre compte de sa gestion quand il en serait requis.
Aucun document ne nous indique l'origine de cette institution qui doit remonter à une époque très reculée. Le plus ancien titre que nous possédons, qui s'y rapporte, est un cahier, écrit en flamand, intitulé « Ceci sont les rentes des pauvres de Bousbecque faites et renouvelées en Van de notre Seigneur mil quatre cent vingt cinq, échéant toutes, la veille de Noël. » (1)
La plupart de ces rentes sont assises sur des terres, des prairies ou des maisons situées à Wervicq ou à Bousbecque. La plus élevée est de 13 sols par an, plusieurs ne sont que de deux, quatre ou six deniers, ce qui correspond à moins que cinq centimes de notre monnaie actuelle.
Le même registre cite deux rentes rapportant chacune « une rasière de seigle, mesure d'Halluin » et il mentionne les diverses propriétés appartenant, à cette époque, à la table
(1) Archives de Bouslxîcque, G. G. 22.
des pauyrôs : « Un bonoier de prairie, sitaê au-deisBus de la Lys, que les pauvres de Bousbecque tienneni^ de H. de Nivelles et qui rapporte 10 havots d'avoine de rente annuelle ; trois cents de prairie situés à Textrémité ouest de la Bàloék à Wervicq ; dix huit cents de terre situés à Touest de la censé de Catherine Serhuus ; un cent de prairie, situé dans les prés de la Lys ; vingt quatre cents de prairie tenus de la seigneurie de Bumene, pour un quartaut et un quart de quartaut de ïroment et deux quartauts et demi d'avoine, de rente annuelle ; neuf cents de terre situes dans le Cruyemersch^ tenus de l*abbaye, dont chaque ceiit rapporte une rente annuelle d'un quartaut de froment et un francquart d'avoine ; enfin, les pauvres ont un cent de terre, de prairie et la moitié d'un bonnier et demi, dont l'église est propriétaire de l'autre moitié. (1)
Une lettre d'amortissement « au prauffict des marg/Useurs^ ^owoemewrs et ministres des église et carité des povres de la paroiche de Bousbecque » de 1475, cite lin grand nombre de donations d'obits, avec secours aux indigents, garanties sur des propriétés qui y sont mentionnées. Nous y voyons : — «...Item, par lo>s des prez aussi pour fondacion d'un obit et cinq sols parisis, par an, pour estre convertiz en aulmosnés en pain, cent et demy de prêt gisant esdits pretz de Bousbecque ; Jean de la Croix donne aussi une rente de vingt sous parisis, sur cinq cents de terré, pour la fondation d'un obit et cinq sols convertis en pain, chaque année; Jehan Garpentier donne 72 sols parisis par an « assignez sur treis^e cens de terre gisans audit Bousbeque pour aussi ung obit par an et vingt six solz parisis estre convertiz et distribuez aux povres pour Dieu...» (2)
La famille seigneuriale avait aussi institué des fondations ireligieuses et charitables. En 1586 << JuUen Ghesquière, commis à la déservitude et comme receveur de la table des pauvres du village de Bousbecque reconnaît avoir reçu de Monseigneur le prévost de la ville de Lannoy, receveur de
(i) Archives de Booabecqiie Q. G. 22.
(2) ArchireB du départemeat du Ndid. 14* reg. des chartes^ folio 260.
Monseigneur le comte de Bure, Josse de Ghastel, la somme de 62 livres 10 gros paxisis, et ce, à cause de certain obit fondé par ^ feu bonne mémoire honorable homme Georges de Ghiselin, en son vivant, seigneur de Bousbecque et damoiselle Madalina de Croix son épouse, douairière de feu Guillaume de Gand, la somme de 62 livres 10 sols. » (1)
Jean Ghyselin, dont la mémoire dut être longtemps chère aux pauvres de cette paroisse, avait fondé une rente de 52 livres parisis « pour être convertis en drap et répartis aux pauvres de la dite paroisse dans la messe de missus, par dessus treize pains de patar, dessus chaque pain un semblable patar, le tout par an, laquelle messe se dit annuellement le mescrédi dans la sepmaine des quatre temps devant le Noël. « (2)
Nous trouvons cette rente portée, en recette et en dépense, jusqu'au milieu du siècle dernier. Le montant en est versé, en 1649, par Pierre de Glippel, bailli, payant pour messire Charles François de Yedeghem comte de Watou, baron de Bousbecque, « ci-devant Marguerite de Ghisselain, dame et douairière de M. Jean de Thiennes, chevalier, seigneur de Wildresis. » En 1666, par « César de Hennin, seigneur de la paroisse et baronnie de Bousbecque » et en 1726, par « messire Guillaume François Le Vaillant, seigneur de cette paroisse, pour M. de Wattines; (3) mais les comptes de cette année, 1726 portent : « quant aux fondations d^obits dues par noble homme Guillaume François Levaillant, seigneur de cette paroisse pour madame des Wastines, en acquit de M. le comte de Watou, à cause de la messe de missus, comme on ne peut recouvrer les sommes et qu'elles passent toujours au rendant, en remise, par résolution tenue en marche des derniers comptes, il a été ordonné de ne plus les porter en recettes. »
Nous avons eu Toccasion de rapporter qu'en 1663, Charles
(i) Archives de Bousbecque. — Ghasserel.
de Yedeghem, baron de Bousbecque, comte de Watou, ayant eu des embarras financiers, s'était trouvé dans la nécessité de vendre la baronnie de Bousbecque. Un procès, dont nous n'avons pu trouver le résultat, eut lieu, à cette occasion, entre la pauvreté de notre village et les créanciers du baron, car une note de nos archives donne ^ Tétat de ce qui est dû aux commissaire» et adjoints, ayant besogné à Tenquête des pauvriseurs de Bousbecque, contre les créditeurs du seigneur comte de Watou. »
La bienfaisance de la famille Gastelain, envers la table des pauvres, au XVII® siècle, mérite particulièrement d'être citée : Nous voyons, en effet, en 1670, une constitution de rente de 6 florins 5 patards, au profit des pauvres de la paroisse de Bousbecque, pour la célébration d'un obit pour l'âme de Nabuchodonosor Gastelain.
En 1680, Jean Gastelain, fils de Nabuchddonosor, et Gathérine Verhaeghe, son épouse, font donation, aux pauvres de cette commune, d'un lieu manoir et 41 cents de terre, occupés par Antoine Gasier, et loués 14 livres 1/2 de gros ; cette donation a été confirmée par leurs héritiers le 4 mai
En 1681 nous trouvons le traifsport d'une rente de 50 livres parisis, aux pauvres de Bousbecque, par Guillaume Gastelain. Les pièces authentiques de ces actes de générosité, que l'on est encore fier de rapporter, deux cents ans après, reposent aux archives de cette commune. (1)
Un chasscrel des biens des pauvres, fait par Antoine Gasier, en 1686, nous donne le détail des recettes annuelles de la pauvreté à cette époque. Nous y voyons que l'institution charitable possédait, outre les petites rentes dont nous avons parlé, sept pièces de terre à labour, formant ensemble 45 cents ; huit parcelles de prairies, situées sur Wervicq et Bousbecque, d'une contenance totale de 26 cents et demi, louées, en moyenne, 8 livres parisis par an ; Tarrentement d'un courtil (jardin), sur la place de Bousbecque, produisant
(1) Archives de Bou8beoc[ue, G. 6. 32.
dix livres parisis, et deux maisons, occupées par dés journaliers, louées 18 livres.
Plusieurs de ces rentes ayant été données à charge de services religieux, la table des pauvres devait faire célébrer, à cette époque, 19 obits de fondations, chaque année. H était dû aussi à la pauvreté de Bousbecque, par la paroisse, une rente annuelle de 20 livres, et par Téglise, une rente de 15 livres par an. (1)
La créance due par la commune provenait de diverses avances faites par la pauvreté, notamment la constitution d^une rente annuelle de 12 livres, gros de flandre, souscrite par le bailli et les échevins de la paroisse et baronnie de Bousbecque, « pour opérer la restitution d'une pareille somme qu'Antoine Dael avait déboursée, pour payer la sauvegarde du roi de France. » (1668) (2) Quant à celle due par Téglise, tout porte à croire qu'elle fut empruntée, lors de la reconstruction de la partie sud de Tédifice, en 1627. (3)
Avec ces ressources, la pauvreté de Bousbecque était en mesure de satisfaire aux besoins des nécessiteux et de leur procurer la nourriture, les vêtements et le logement. Nous pouvons donner quelques extraits des dépenses faites à cette époque par le pauvriseur de cette commune :
« 1597 n « payé pour distribution de pain et de beuiTe, aux pauvres, la somme de 33 livres 6 sols. »
tf 1665 » Payé pour une paire de souliers, à Antoine Cateau, 2 livres 10 sols. — Marie Vanroote reconnaît avoir reçu des mains d'André Ducateau la somme de 4 livres 16 sols à cause d'avoir margenné (logé) Pierre Dugrite à cause des pauvres, n
« 1666 SI Payé à Cattelain de Quesnoy, pour son louage, 6 livres. »
(i) Archives de Bousbecque G. G. 20.
« 1672 » Payé pour la caisson de 4 rasiàres de blé, à François de Lannoy, la somme de 4 livres 16 sols.
>< La pauvreté de Bousbecque accorde à rencontre de Pierre Broux de nourrir sa vieille mère de tout ce qu^il lui faut, 6 livres par mois et un pacaton. Denier à Dieu : un gros, n (1)
Si, jusqu'à cet époque, le montant des recettes de la table des pauvres restait, chaque année, (à Texception des temps de disette) supérieur à celui des dépenses, puisque rétablissement charitable pouvait se créer des rentes et avancer de Targent à l'église et à la commune, cet état de prospérité ne pouvait malheureusement pas durer longtemps. Les charges ayant augmenté de plus en plus, et le chiffre des recettes n'ayant pas suivi cette progression, un demi siècle plus tard, la pauvreté devait emprunter à son tour, et nous trouvons le 12 Février 1706, la constitution d'une rente de 48 florins sur les biens des pauvres, en faveur de PhiUppe Jolente, demeurant à Erquinghem, « pour subvenir aux nécessités des pauvres et Tachât de pains, n (2)
Parmi les ressources dont la pauvreté de Bousbecque pouvait disposer, nous devons mentionner le pain de semaine que le cultivateur, d'après une ordonnance de l'intendant de Flandre, et la déclaration du roi du 2 mai 1750, devait donner aux indigents, suivant les ordres de l'administration. Le dossier relatif à cette affaire, que nous avons trouvé aux archives du département du Nord, nous apprend que l'assiette de répartition était « faite par les sieurs bailH, bourguemaitre et échevins de la paroisse de Bousbecque sur les habitans et occupeurs intranés et forains dudit lieu, tant par rapport à leurs occupations, qu'eu égard à leurs facultés, de la quantité de pain qu'il convient fournir aux pauvres dudit Bousbecque pour leurs subsistances; en laquelle assiette les occupeurs forains et entranés sont cottizés également à l'avenant d'une demi livre de pain au bonnier, chaque se-
(1) Archives de Bousbecq[ae G. G. 29.
mainOy et ceux qui n'occuppent que peu ou point de terre, proportionnellements à leur facultés...»
En I78I, un procès long et curieux eut lieu entre les héritiers de M. Brie, curé de Bousbecque et la pauvreté de ce village, à propos d'une somme de quatre à cinq mille florins, léguée par ce charitable pasteur aux pauvres de sa paroisse et dont le testament devait être annulé, suivant les héritiers, un des clercs du notaire qui avait reçu le testament, ayant servi de témoin, ce qui était contraire à la loi.
La consultation signée par les principaux avocats de Lille, à ce sujet, sur la demande du sieur Façon, bourguemestre de Bousbecque, est d'avis que le notaire devrait être responsable du manque de forme de son testament, quoique les tribunaux se déterminent difficilement à rendre les notaires garants des nullités des actes qu'ils passent ; que les consultants seraient fondés à requérir en garantie, le notaire, s'il était prouvé que le témoin instrumentaire du testament de M. Brie, fut réellement son clerc, parce que ce serait de sa part une faute très grossière et inexcusable, un notaire ne pouvant ignorer la disposition expresse de l'ordonnance, qui défend de prendre ses clercs pour témoins des testaments qu'il reçoit.
Le siège royal de la gouvernance du souverain baillage de Lille ayant envoyé les parties devant un juge commissaire, le 21 Juillet 1781, ce dernier fit une proposition de transaction, qui fut acceptée, après publications et enquêtes, à la condition que la pauvreté de Bousbecque abandonnerait le sixième de la somme, aux héritiers du défunt curé. (1)
La comptabilité de la table des pauvres, est parfaitement tenue, et l'heureuse innovation apportée par l'établissement
(1) Archives de Bousbecque, J. J. 4.
des bureaux de bienfaisance et la formation des budgets n'a fait que continuer les soins apportés par les administrateurs dévoués, qui se sont successivement occupés du soin des indigents dans cette commune.
Le budjet de Tan 1811 mentionne, à cette époque, un revenu, en propriétés et en arrentements, de 1.482 francs. Le produit des ventes mobilières est de 84 £r. 17, celui des offrandes et des pourchats de 23*2 fr. 60, et la subvention de la commune de 400 francs, ce qui porte le total des recettes à 2.199.42. Les dépenses comportent 1.106 frs. 50 c", pour la pension des orphelins ou des personnes âgées ; 559 fr. 45 pour les frais d'achat de grains, de vêtements, de cercueils et d'enterrement des pauvres ; 120 francs pour les honoraires du médecin et 223 fr. 05 en argent.
Aujourd'hui, le bureau de bienfaisance accorde des secours à 46 familles, formant 214 indigents. La pension des orphelins pauvres absorbe une grande partie des ressources de l'établissement charitable, qui consistent en 1147 £r. 50, provenant du fermage des biens ruraux, 288 francs de rentes sur l'état et 1 .600 francs de subvention de la commune, formant un total de 3.037 fr. 50 centimes.
En 1861, notre digne curé M. Duez, secondé dans son zèle charitable par M. Bonduelle auquel la commune doit tant, et qui, non seulement fit donation du terrain où l'hospice est situé, mais s^inscrivit encore pour une large part sur la liste de souscription ouverte à cet effet dans le village, recueillit une somme suffisante pour les frais d'installation de l'hospice, construit avec beaucoup d'intelligence, sur la route de Linselles.
Grâce aux donations successives qui ont été passées à l'hospice et à la direction aussi intelligente que dévouée de la religieuse institutrice qui se charge gratuitement de la gérance, l'établissement est en bonne voie de prospérité. Douze vieillards sont aujourd'hui entretenus à l'hospice dont les ressources consistent, en 950 fr. de rentes sur l'état, 1000 fr. provenant du budget communal, et des dons et legs montant chaque année, à plusieurs centaines de francs.
Deux autres iustitutioiis charitable^, parfaitement organisées, fo|ictipxment régulièrement à Bousbecque et y rendent 4e grands i^eryices awç indigeAts; ce sont : l'association des bames de Charité » ayant pour mission de Tenir en aide aux pauvres malades et de leur fournir les soins, les aliments et Içs literies dont ils ont besoin, et la « société de S. Vincent de Paul n dont les membres actives visitent les ménages pauvres et leur distribuent des secours en argent et des vêtements.
Les dépenses, relativement considérables, nécessitées par ces sociétés de bienfaisance proviennent de la cotisation des Qiep^b^res et du produit des quêtes faites chaque année, à domicile, dans la commune. '