CHAPITRE XXHI
aage ilii lia. — lleiwM reftrieiiTes k eett« lidulrif. — >•• fro» t99ti0B. -r lapcirtasM dm caniBerce Aelia àBouli^cqii. — Svyé- Kîoirtté ta rviinAfo ta lin tam 1» Lji.
Lorsque César fit la conquête de la Gaule Belgique, on y cultirait déjà le lin, que Ton couyertissait en toile. Sous là domination ciyilisi^trice des Romains, on rit s'établir des g&^hs, où Ton s'occupait spécialement de la filature du lixi et de la laine et de la fabrication des étoffes ; mais ces élans d'une industrie naissante ne survécurent point à la puissance rpmaine.
Dès la fin du V* siècle, Tintasion des barbares vint couvrir FEurope de désastres et de ruines. A travers les ténèbres de ces siècles d'ignorance et ie malheurs, les ateliers de travail des romains n'avaient pas été, toutefois, si a\>8olttment détruits, que sous Charlemagne on ne put encore en réunir quelques éléments. Le feu sacré de l'industrie s'était conservé en Flandre, sous les ruines amoncelées par la main des barbares, et du temps de ce grand monarque, on fabriquait encore de la toUe et des étoffes de laine ; aussi notre pays devait-il être le premier à suivre le mouve* ment industriel et commercial que.ronconstateauX* siècle.
En 958, Baudouin ni, associé à son père, Âmould le Vieux, jeta les fondements de la prospérité future des Flandres. Protecteur de la fabrication des draps, pour laquelle il établit des foires à Bruges, à Tourcoing et à Courtrai, il s'attacha surtout à encourager le commerce : l'argent manquait généralement au développement des aflhires, et les transactions
ne pouvaient se faire, le plus souvent, que par échange : On donnait trois pigeons ou deux poules pour une oie, deux oies pour un porc, trois agneaux pour un mouton, trois veaux pour une vache, une mesure de froment pour une plus forte mesure d'orge ou de seigle.
Philippe d'Alsace ayant ohtenu, en 1173, de Tempereur Frédéric P' un privilège, par lequel ses sujets pouvaient vendre des draps fabriqués en Flandre, aux principaux marchés d'Allemagne, les fabriques de draps prospérèrent, et rien n'était plus florissant, aux XIP, XIIP et XIV® siècles, que les fabriques de pannes, serges, trippes, camelots, camelandes et autres étoffes en laine, de Bergues, Hondschoote, Bailleul, Warnêton, Wervicq, Armentières, Comines, Halluin, Bondues, Tourcoing, Lannoy, La Bassée, Haubourdin, Orchies et Valenciennes.
n se fabriquait aussi des draps, à Bousbecque, et à la demande de Marie de le Lys, veuve de William de la Pontenerie, seigneur de Bousbecque, Eustache de Rubemont accorda aux drapiers de ce village, le 14 Avril 1352, le droit d'apposer sur leurs étoffes un scel de plomb *< d'argent en ung chief de gueulles à ung haston d'or y une fleur de Lys au haston^ et pardeseure^ pour l'enseigne du roi, une fleur de Lys couronnée »
Jusqu'à cette époque, et d'après nae ancienne coutume, les drapiers de Bousbecque s'étaient toujours servis, pour marquer leurs draps, du scel de la draperie de Wervicq. Malgré la faveur qu'on leur avait accordée, en leur donnant une empreinte spéciale, plusieurs drapiers de Bousbecque continuaient à marquer leurs étoffes du scel de la fabrication de Wervicq, prétendant qu'ils avaient le droit de maintenir cette marque « qui avait été acceptée, de part et d'autre, jusqu'alors, » tandis que les drapiers de Wervicq prétendaient au contraire, conserver, exclusivement pour leur fabrication, le scel aux draps de cette ville.
La question étant dévolue au conseil d'état, à une audience dont nous ne possédons pas la date certaine, mais nécessairement circonscrite entre 1369 et 1374, époque de la série d'où
nous avons tiré ces documents, (1) un accord intervint entre les drapiers de Wervicq et ceux de Bousbecque, qui décidèrent, d'après le conseil du seigneur, à s'en rapporter à l'arbitrage du bailli de Lille et de Roger de Lichtervelde ; promettant de se mettre d'accord, en se conformant, réciproquement, à la décision qui serait intervenue.
A la demande de Geoiges Ghiselin, seigneur de Bousbecque, l'empereur Charles-Quint, par lettres patentes du 7 Juin 1531, étendit les privilèges de la draperie de ce village, voulant que « les manans et habitans en ladite seigneurie qui se mesleront et entremettront d'icelle puissent vendre et faire mener vendre leurs draps en nos villes de Lille, Ypre, Courtray et aultres villes et lieux de nos pays et seigneuries ainsy et par la manière qu'ils ont faict de tout le temps passé jusques à présent en payant le droict accoustumez, sans aulcun empeschement, pourveu toutesfois qu'ils en ayent duementjoy et usé et sauf nostre droict etTaultruy entouttes chose, n
Malgré la sollicitude des- seigneurs et la haute protection des souverains, la draperie de Bousbecque ne fit que végéter, et nous avons vu, d'après l'information prise sur « la faculté et puissance, » des villes, villages et plat pays de la châtellenie de Lille, pour la réformation de l'assiette des « tailles et aides, » en 1491, que le sieur Jacques Thevelin, de Tourcoing, qui conduisait les trois quarts des métiers, était disposé à cesser, à cause des charges énormes qui incombaient à la commune, renseignements coïncidants avec les lettres données, quarante ans plus tard, par l'empereur Charles-Quint, déclarant que la draperie de Bousbecque est " bien petite. »
Au XVP siècle, le rouissage du lin s'effectuait dans la Lys, à Gand. A cette époque, d'une production alimentaire
(1) Archives de l'état, à Gand. — Conîseil de Flandre. — Senliueus, série J.
généralement faible, la pêche en mière avait une importance plus considérable qu^aujourd'hui ; aussi, voyons-nous, en 1542, paraître une ordonnance sur la pêche, par laquelle on défend de rouir le lin et le chanvre dans la Lys, et c'est dans les rivières de Gand que le rouissage est interdit, malgré les réolamations des intéressés.
Les prescriptions gênantes apportées aux rouisseurs de lin des environs de Gand diminuèrent dans ce pays, la préparation du lin, qui s'étendit davantage dans la Deûle et dans la Lys française et mitoyenne.
Un édit de 1669, que Ton cite encore aujourd'hui, quand on propose des mesures restrictives contre le rouissage, fût porté aussi, dans notre contrée, interdissant le rouissage dans la Deûle et dans la Lys, mais cet arrêté était resté à l'état de lettre morte, jusques vers 1704.
A cette .époque, les officiers de la maîtrise des eau3( et forêts, en France, ayant voulu appliquer l'ordonnance de 1669 et empêcher le rouissage, avaient fait à cet effet, plusieurs calangiées, et prononcé des condamnations d'amendes contre les habitants.
Les rouisseurs de lin s'étant pourvus devant le conseil d'état, obtinrent un arrêt, du 25 Janvier 1704, par lequel ils sont maintenus dans la possession où ils étaient de fiedre rouir leurs lins, attendu que » non cbstant les anciennes défenses portées par les placards lesdits habitants ont toutjours été dans une continuelle possession de faire rouir leurs lins, n (1)
D'après cette décision, le ro^issage du lin dans la Lys n'est pas compris dans la défense de 1669, et comme l'arrêt du conseil d'état du 25 Janvier 1704 n'a pas été levé, il reste en vigueur, comme l'a très judicieusement démontré le savant gouverneur de la Flandre Occidentale, au conseil provincial de Bruges.
(1) V. . Pièces instificatives,
Les conséquences de cet arrêt furent des plus importantes pour notre pays : le rouissage se propagea considérablement en France, et devint presque nul aux environs de Gand. Aussi, nous verrons bientôt les habitants de Gand, de Courtrai et de Menin, si opposés aux anci^ennes mesures restrictives, se plaindre du rouissage dans la Lys. En 1725, les habitants de Courtrai trouvent que le rouissage « corrompt les eaux, expose les habitants à des maladies, ainsi que leurs bestiaux ; qu'il porte préjudice aux brasseries, aux blanchisseries, et qu'il cause d'autres grands désastres, n Ceux de Menin, qui ne sont pas moins pressants, exposât « que le blanchissage des fils et toiles souffre infiniment, par la raison que l'eau corrompue et gâtée, au lieu de blanchir, les noircit ; que plus est, le brassage des bières blanches, qui est le principal négoce de la ville et au moyen duquel une ferme partie de ses habitants subsiste, en souffre con-* sidérablement, d'autant qu'étant composé de l'eau de la Lys (n'en ayant pas d'autre) on n'en voudrait plus. »
Malgré toutes ces doléances, l'arrêt du conseil d^état fut maintenu, et quand des mesures vexatoires étaient prises contre le rouissage du lin, on faisait toujours cette réserve, que cette défense ne s'appliquait pa^ aux lins de la Lys et de la Deûle.
Grâce à cette mesure, l'industrie linière prospéra beaucoup en France. Wambrechies et Comines devinrent les centres importants de préparation du lin, et nous avons trouvé, aux archives du département du Nord, une pétition signée des bailli, gens de loi et manans de Wambrechies, en 1710, exposant « que le produit le plus considérable de toutes leurs récoltes estant celui des lins, dont il se fait un gros commerce, par les marchands de Lille qui les envoient dans la Flandre Espagnole, en Hollande et ailleurs, ils viennent d'apprendre, avec doideur que par les tarifs qu'il a plu à leurs excellences, MM. les Députés des états généraux des provinces de Lille, d'arrêter depuis la glorieuse conquête
qu'elles ont faites de la ville de Lille, lesdits lins sont imposés de quarante pitons, du cent pesant, pour la sortie des nouveaux pays conquis, n
Qimntumnutati àb illis !... S'écrie avec raison le regretté gouverneur de la Flandre Occidentale, dans son excellent rapport au conseil provincial. Quand les habitants de Manin et de Courtrai virent l'industrie linière se propager en France, grâce à la non exécution des mesures prohibitives contre le rouissage, ils oublièrent bien vite leurs réclamations de 1725 et sollicitèrent avec autant d'instance l'autorisation de rouir cRns la Lys, qu'ils avaient mis de passion à en demander la défense ; aussi, en 1755, Marie Elisabeth, gouvernante des Pays-Bas, accordait-elle l'autorisation de continuer à rouir le lin dans la Lys, comme en France.
Nous devons supposer que l'administration supérieure ne tentera pas de nouveaux efforts, pour entraver le rouissage du lin dans la Lys, cette branche vitale pour l'industrie, le commerce et l'agriculture de notre contrée ; mais si le fait devait se reproduire, aux nombreuses raisons si concluantes que nous aurions à émettre, comme nous avons déjà l'occasion de le faire, contre une mesure aussi injuste que vexatoire, nous pourrions citer l'arrêt du conseil d'état de 1704, ainsi que Topinion du savant et regretté M. Vrambout, gouverneur de la Flandre Occidentale qui constate que cet (Mrrêt n*est pas périmé, et soutenir, avec raison, que pour notre pays, le rouissage dans la Lys est un droit et non une simple tolérance, comme l'ont parfois assuré, ceux qui ignoraient, sans doute, la décision du conseil d'état, favorable au rouissage du lin dans la Lys, sur la rive française de cette rivière*
La commune de Bousbecque est le centre de la préparation du lin de la Lys, connu dans le commerce sous le nom de lin de Courtrai, à cause du marché au lin qui se tient le lundi de chaque semaine dans cette ville. La fabrication du lin s'opère en ce village sur une matière première de
neuf à dix millions de kilogrammes de lin en paille, chaque année. L'importance de ce commerce a considérablement augmentée, depuis que le teillage mécanique a presque entièrement remplacé ]e travail à la main. *
En tous temps, les lins de la Lys ont été renommés par leur qualités supérieures, qu'il ne faut pas seulement attribuer aux eaux de cette rivière, éminemment favorables au rouissage du lin, mais aussi aux soins appoi'tés, par les rouisseurs à la préparation de cette plante textile.
Avant rétablissement des filatures mécaniques, les fileoses à la. main tenaient à avoir des lins très forts, afin de donner à leur fil une grande résistance; mais depuis que les broches mécaniques ont supplanté le rouet et la quenouille de nos excellentes fileuses Flamandes, Tindustrie a demandé des lins plus souples, qui se filent plus régulièrement. En scindant l'opération du rouissage, les riverains de la Lys sont parvenus à produire ces lins soyeux et doux, tant recherchés par les meilleurs filateurs anglais, et tout-à-fait favorables à la filature des mmiéros supérieurs.
A cette époque, on tenait aussi à avoir des lins d'une belle conteur blanche, produisant des fils d'une teinte claire, très recherchée. L'application sur une plus grande échelle de la découverte de BerthoUet à changé ces conditions; les lins blancs furent de moins en moins demandés, et ont presque entièrement disparu ; aussi tous les lins de la Lys sont-ils aujourd'hui rouis deux fois et le blanchissage du lin a-t-il cessé d'être pratiqué.
Ce qui distingue particulièrement les lins de la Lys, qui, du reste, sont uniquement employés pour les fils de qualité supérieure, et spécialement pour les fils à coudre, c'est leur finesse, jointe à la force et à la régularité. Les progrès accomplis en filature permettent de faire d'excellents fils avec des lins de qualité inférieure, ce qui fait que les bons lins sont moins employés, et que leur prix n'est plus en rapport avec les frais considérables que leur fabrication nécessite; mais pour la fabrication des produits de qualité vraiment supérieure, il n'y a pas de lins pouvant rivaliser avec les nôtres.
Si Boaabeçqne est la commune de France qm fabrique le ploâ de lin, c'est aussi celle qui donne les meilleures qufiJités, comme le constatent les nombreux acheteurs anglais qui* Tiennent s'y approrisionner chaque semaine. Dans toutes les expositions, nos lins ont obtenu les premières récom^ penses, jet le jury de Texposition universelle de Paris de 1878, a confirmé les décisions nombreuses des expositions précédentes, en accordant à là commune de Bousbecque, un diplôme dlionneur équivalent à une médaille . d'oir, pour ses lins de la Lys.