CHAPITRE XXIV
Agriculture. -- Produetioii agricole du Tillâge de Bottébeotiie, deyaSi le XV' siècle. — Valenr dei terres. — Prix de locctioB. — Salaire des oaTriers. — - Prix des denrées. — Rendement et prodnctien.
I^es renseignements précis que nous possédons sur l'agricultui^ du village de Bousbecque ne remontent pas au-delà du XV'' siècle. Le terroir porte « bleds, lain, colsat et légumes, dont la consommation se fait à Lille. » (1) La partie du territoire tirant vers Halluin est « faible terroir. » (2) La propriété est très morcelée, et il ne se trouve « tant bonnes que mauvaises que X ou XII attelées « mais la quantité de vaches, et surtout de moutons, est considérable.
Le recueil « des bêtes chevalines, à cornes, blanches, ensemble les«mouttons et brebis lesquels sont trouvés présentement au village de Bousbecque ; joinct les noms et surnoms et lieux de demeures de ceux à qui les dictes bestes appartiennent, faict par les bailly et gens de loy dudict villaige de Bousbecque, le 4^ de Janvier 1592, n constate que presque chaque foyer avait sa vache, puisque sur 125 feux qui composaient alors le village, 83 possédaient des bêtes à cornes : plus de la moitié des ménages n'en avait qu'une ou deux.
Cette intéressante statistique nous apprend que Télevage se pratiquait, dans le pays même, la plupart des possesseurs étant désignés comme ayant des « petits veaux » ; cependant il n'y avait pas de pâturages communs. Il est à supposer
(t) Archives du département du Nord. — Porte-feuille de MuysBart. (2) > > > > Informalion de 1485, f> 15.
que les vaches étaient conduites dans les bois, qui existaient alors, en grande quantité, sur notre territoire, et que le lait et le beurre, qu'on en retirait, étaient vendus à Lille, avec les autres produits de consommation qu'on y conduisait.
Les chapons de notre pays étaient très renommés au moyen âge, et formaient une branche productive pour les éleveurs des environs de Menin. *< En ce lieu, dit Gucciardin, dans sa description de tout le Pays-Bas, se trouvent les plus grands et gros chappons qu'on vit jamais ; combien que ceux de Bruges aient si grand bruit, et qu'ils soient une autre fois aussi grands, que les chappons ordinaires. » (1)
Les informations et les enquêtes, que nous avons rapportées, nous apprennent que la terre en labour valait, en 1448, 74 livres (2) le bonnier, et qu'elle se louait 60 sous par an ; qu'en 1605, le bonnier valait 100 livres et se louait 100 sous. Le prix de la terre a augmenté progressivement : nous le trouvons à 120 frs. les cent verges, à la fin du^XVP siècle ; à 200 francs, vers la moitié du XVIP siècle ; à 300 frs., en 1815 ; à 440 frs., vers 1840, et actuellement à 550 frs.
Le bonnier de terre qui se donnait à ferme pour 7 ou 8 livres parisispar an, à la fin du XVP siècle, se louait 40 livres en 1687, et 128 livres au milieu du XVIII® siècle; Les progrès de l'agriculture ont fait augmenter la valeur du sol. Au commencement de notre siècle, la terre en labour se louait, à Bousbecque, en moyenne 130 francs le bonnier, et de 1840 à 1845, 155 francs. Aujourd'hui, la grande culture, favorisée, paie un peu moins de deux cents francs, les parties morcelées, de 220 à 245 francs, le bonnier.
La journée de travail était de deux sous et demi en 1384.
(i) GucciardÎD, édition de 1568, article Menin.
(2) La livre pariais était de 12 sous et deAi, ou dix patarda ; la valeur du florin était de i fr. 25 centimes, soit de 20 patards. — Le bonnier, qui est encore la mesure usuelle de notre contrée, correspond à i hectare 41 ares, et se divise en 16 cents verges, cent verges éqm- Talant à 8 ares 86 centiares. — La rasière est de 75 litres ou la moltîé d'un sac d*mi hectolitre et demi.
Dix ans après elle était à cinq sous, et elle augmenta pro^ gi-essivement jusqu'aujourd'hui : le prix des denrées a augmenté dans la même proportion. Les archives de Bousbecque nous donnent pour la seconde moitié du XYP siècle, un prix moyen de cinq à six livres parisis, pour une rasière de blé, tandis que la rasière de seigle valait les deux tiers de la rasière de froment.
Un bon cheval, en 1412. coûtait 110 sous ; un bœuf 35 sous ; un mouton, 7 sous ; un agneau trois sous et demi ; un porc, 25 sous ; une oie, 14 deniers ; un chapon, 9 deniers ; une poule, 9 deniers, cent œufs, deux sous : un cochon de lait, 3 sous, ^
En 1607, on payait à Bauduin Cardinal, ^ pour 19 tonneaux de bière fournis aux soldats de Menin, qui sont venus se rafraîchir à Bousbecque, 190 livres parisis. m Les ordonnances de 1667 portent que « la bière vendue, par le brasseur, cincq florins le tonneau, debvra estre débité par le tavernier un sol et demi le pot ; la bière vendue par le brasseur sept florins et demi debvra estre débité par le tavernier, deux sous le pot. n Le vin blanc était taxé à 22 sous et le vin rouge, clair, à 36 sous le pot. En 1715, on paie poui* deux tonnes de honne bière, donnée aux R. P. capucins de Menin, 30 livres parisis.
La même ordonnance de 1667 porte que *< la chair de bœuf ne pourra être vendue, par livre, pas plus, mais bien moins de deux sous et demi ; le veau et le mouton, quatre sous et demi, le portq quatre sous, n
Une enquête faite en 1774 nous donne le relevé de ce que le cultivateur pouvait produire, dans une bonne récolte ordinaire, c'est-à-dire, le » résultat que Ton doit naturellement espérer d'une terre bien travaillée, bien fumée, et bien cultivée. » Dans ces conditions, par une année moyenne, le bonnier de terre rapportait à cette époque : en froment, 32 rasières ; en gros blé ou méteil, 34 rasières. Le seigle en rapportait 36, l'avoine 60, le colza 48. Le bonnier de fèves donnait 3.200 gerbes, celui d'hivernage 3.600. Le produit
du bonnier de lin était de 640 bonjots : (1) le bonnier de tabac donnait 4.000 livres et le bonnier de pommes de terre, 208 sacs.
Le blé valait, cette année (1774) 7 florins 10 patards la rasière : le pays n^en produisait que la moitié de la quantité nécessaire à sa consommation, et le reste était acheté au marché de Lille. Entr'autres remarques intéressantes, que nous donnent ces chiffres, nous y voyons que Tintroduction de la pomme de terre, dans nos assolements, doit remonter à une date plus reculée que celle qu^on lui assigne généralement, puisqu^en 1774 cette culture donnait déjà une quote part d'un hectolitre, par habitant, quantité qui n'est que faiblement inférieure à celle des récoltes actuelles dans Tarrondissement de Lille.
Aujourd'hui, les 493 hectares 97 ares de terres cultivées à Bousbecque produisent annuellement:
212 hectares de blé
20 » de seigle
45 n d'avoine
95 n de pommes de terre
8 n d'hivernage
42 1) de betteraves
3 n de fèves 41 » de lin
8 77 de colza 10 » de trèfle
4 n d'herbages
5 » de canaline, œillette, légumes n 97 ares de tabac
Total 493 hectares 97 ares.
(i) Le bonjot de lin étant de 20 livres, la production du lin était évaluée, à cette époque, à 12.800 livres le bonnier, ce qui correspond à 4.400 kilos Thectare, soit il pour cent, environ, au^HlesBOua de la moyenoe ordinaire d*aujourdliui.
Nos céréales rapportent, en moyenne, un pea moins que les chiffres officiels des produits de Tarrondissement de Lille ; par contre, les plantes tuberculeuses, la pomme de terre, notamment, y donnent d'excellents et de nombreux produits.
L'agriculture compte aujourd'hui, à Bousbecque, 71 chevaux, 3 mulets, 3 ânes, 12 bœufs ou taureaux, 320 vaches et génisses, 41 veaux, 49 porcs et 100 moutons.
CIIAPITIII:: XXV.
!• CompaffuieB dn Bennent, — Archers. — Arbalétriers. — Sociétés diyerses. — n« Churdo nationale. — m. Sapenrs-pbmpiers. — IV. Société de secours mntnels,— Société des médaillés de Sainte-Hélène et ancioBS militaires. — V. Instraction primaire. — VI. Voies de communication.
L'exercice du tir à l'arc et à l'arbalète remonte en Flandre à la plus haute antiquité; les comtes de Flandre, les ducs de Bourgogne, voyant tout le parti qu'on pouvait tirer dliommes exercés, entraînant dans leurs jeux, une ardeur belliqueuse, se les attachèrent, sous le nom darchers ou d'arbalétriers, et les formèrent en compagnies, dont ils se, servaient, quelquefois, comme gardes du corps.
Ces compagnies se nommaient en flamand gilde ou guide, en français serment, sans doute, à cause du germent de fidélité qu'elles devaient prêter; plus tard, une teinte religieuse succédant à l'esprit belliqueux, ces compagnies ou serment prirent le nom de confréries et se placèrent : les arbalétriers sous l'invocation de saint Georges, les archers sous celle de saint Sébastien. On voit encore aujourd'hui l'image de ces saints flotter sur la bannière de ces diverses confréries.
Créées à des époques différentes, presque toutes ces compagnies avaient été réorganisées sous le règne de Charles-Quint. Un grand nombre de celles existantes dans la châtellenie de Lille, furent reconstituées, à la fin du XVIP siècle, ou àa commencement du siècle dernier.
Ce fut aussi à cette date que les confréries de S. Georges et de S. Sébastien furent de nouveau établies à Bousbecque, en 1715, par messire Pierre François Ghislain Le Vaillant, seigneur de Wadripont, baron de Bousbecque, la Lys et Colbras. D'après ce. que Ton nous a certifié, les registres de ces sociétés qui ont disparu depuis peu de temps, remontaient à cette époque.
Un parchemin, en mauvais état, nous donne le règlement de la société de S. Georges. Comme la plupart de ceux qui ont été conservés, ces statuts portent l'empreinte d'un véritable caractère religieux.
B est expressément recommandé, aux confrères, de n'avoir aucune querelle, de ne se dire aucune injure, et de ne tenir aucun propos scandaleux. Nul ne peut prendre le nom de Dieu, en vain, ni profaner les sacrements, la Vierge ou les Saints, par un autre jurement. Il est interdit, selon les anciennes coutumes y de jouer à aucun jeu de cartes ou de fumer, tant que la carte sera annulée (Aussi longtemps que le règlement restera affiché). Les confrères « seront tenus de se rendre aux service, convoi et funérailles qui se feront à la mort de chaque confrère, d'aller à Tofrande, et de prier Dieu pour le repos de son âme. »
Les infractions étaient punies par des amendes indiquées sur le parchemin, dont les mots ont été biffés à une époque qui parait déjà ancienne, et remplacés par ceux-ci : « à peine de deux liards, d'a/tnende au profit du domestique. »
De ces sociétés, il ne reste que le règlement des arbalé- ' triers, dont nous venons de donner quelques extraits, et une platine d'argent, ayant servi aux archers, portant les armes de la famille Le Vaillant, et la date de 1738. Cette plaque, qui n'offre, du reste, aucun intérêt au point de vue artistique, était placée à l'extrémité d'un manche en baleine et servait au « valet des confrères » pour inontrer aux tireurs le point vers lequel ils devaient diriger leurs flèches, d'oii lui vient le nom d' « enseigne « qui lui est conservé. .*..i(>rti;ji
Plusieui*s sociétés dWchers, de petite arbalète, et de jeux de boule, sous le patronage de S. Paul, calquées sur les confréries que nous venons de mentionner, existent encore en cette commune. Elles servent d'ornement aux processions et aux fêtes publiques, en même temps qu'elles procurent, à ceux qui en font partie, une récréation honnête, hygiénique et peu onéreuse.
Depuis longtemps déjà, la commune de Bousbecque possède un patronage appelé « Société de S. Joseph. » Cette institution a pour but de réunir tes jeunes gens dans une pensée de vertu, de religion et de persévérance ; de les éloigner des plaisirs dangereux; de leur offrir des divertissements convenables et des récréations honnêtes. Ses membres se réunissent les dimanches et les fêtes, dans un beau local, mis à leur disposition, moyennant un faible loyer, par une personne charitable, afin de faciliter le maintien de Tœuvre. Un bâtiment séparé réunit les enfants de 12 à 16 ans. Le patronage compte, aujourd'hui, plus de cent sociétaires.
$ouB le nom de réimim^ il existe aussi, chaque dimanche, chez les religieuses institutrices, une société déjeunes demoiselles, auxquelles on offre d'honorables distractions. En les amusant, on sauvegarde leurs mœurs, et en les forme par des entretiens édifiants et instructifs, à l'économie, à la vie de famille et aux vertus privées. Cette société compte soixante-dix adhérentes.
On sait dans quel état de surexcitation générale se trouvait notre pays, à la fin du siècle dernier. L'année 1788 se présentait sous les plus tristes aspects. La doléance du commerce, la cherté des vivres, les msJadies, les mécontentements, le désir des réformes, présagaient les grandes catastrophes qui allaient affliger la France : on résolut d'instituer la garde nationale.
Nous voyons dans les archives de cette commune, que le 20 et 21 Juillet 1788, Sylvestre Bonduelle, échevin, a été employé une journée et demie, en rassemblée de la loi, a former une liste de tous les habitants de cette paroisse, depuis rage de 18 ans jusqu^à celui de 60, aooompUs, pour monter la garde, chacun à son tour, afin de veiller aux désordres et attroupements qui peuvent arriver en cette paroisse. (1)
Deux ans plus tard, les gardes nationales de France étaient légalement constituées. La milice Bousbecquoise se composait, en 1792, de 122 citoyens actifs.
En vertu du décret du 30 Septembre 1805, qui oi^pmi9ait la garde nationale pour la défense des frontières, le département du Nord forma quatorze légions, fortes de quatre cohortes de mille hommes. Bousbecque fit partie de la 4^* légion, dite de Tourcoing, commandée par M. Deslr'iohers de Lannoy.
En 1812, la garde nationale de Bousbecque 80 composait de 113 hommes, commandés par J.-B^".«J. CkMirouble, lieutenant et Dupont, sous-lieutenant. En 1815, seize jeunes gens de cette commune furent désignés pour faire partie de la garde nationale d^élite, et durent se présenter à Lille à cet effet le 25 Juillet de cette année. (2)
La « règle et conduite que doivent tenir les hommes de la compagnie des gardes sédentaires, conformément aux actes émanés de Tautorité du Roi, » nous apprend qu'uii poste était constamment établi en la maison commuQe de Bousbecque, ayant la mission :
P D'arrêter toutes marchandises étrangères ou françaises dont rentrée ou la sortie étaient prohibées, même celles non prohibées, si les porteurs ou conducteurs n'étaient munis
(i) Archives de Bousbecque G. C. 50.
(2) 'Id. (Archives modernes).
de papiers ou passavants valables, et de les déposer à la commune ;
2* D'arrêter les individus étrangers ou inconnus, non munis de passeports, et de retenir au poste ceux soupçonnés ou reconnus suspects ;
3^ En cas de trouble, le chef de poste était tenu de se porter avec sa compagnie à Tendroit où le désordre aurait lieu, afin de rétablir la tranquillité publique dans la commune;
4® Enfin, pour maintenir le bon ordre, les gardes sédentaires devaient faire des patrouilles, dans la commune, aux endroits et aux heui*es que le chef de poste jugeait convenables. (1)
Sous la restauration, la garde nationale fut rendue au
soi*vice sédentaire, borné à la commune. En 1830, nouvelle organisation en légion ; lar garde nationale de Bousbecque fait partie du bataillon cantonnai de Roncq. Notre milice citoyenne n'ayant jamais été équipée, ne remplit qu'un rôle très secondaire : elle fut dissoute, en Janvier 1852, à la suite des événements du 2 Décembre 1851.
La plupart des maisons existantes dans le village, antérieurement au XVIIP siècle, étaient construites en bois et couvertes en diaume, aussi leur valeur était-elle relativement peu importante. Nous avons vu, en effet, en 1551 , Georges, seigneur de Bousbecque, accorder un arrentement de deux parcelles de terrain contiguës, sur la place de Bousbecque, à la condition d'y construire une maison de la valeur de douze livres gros. (2)
On conçoit le danger que ces constructions offraient à
(1) Arcliivea de Bousbecque, (Archives modernes),
rincendie; aussi voyons-nous par les Keurm de domines, les mesures que les magistrats prenaient contre le danger de rélément destructeur. Il était défendu de poser des lits, près du feu, à moins de cinq pieds de distance, sous peine d'une amende de 20 sols parisis; de mettre du bois en tas, sous lequel on ferait du feu. Chaque habitant était obligé d'avoir ime échelle assez longue pour dépasser de trois échelons les gouttières ou chéneaux. «... Que nul ne fasse un tas de bûches ou de fagots à une distance moindre de 60 pieds de toute habitation, sous peine d'amende de 3 livres parisis. . . que personne, marchant à reculons, n'entre avec des chandelles allumées, dans les granges et les écuries ou qn^on j aille autrement qu'avec une lanterne, sous la même peine... n (1)
Malgré ces précautions, ou constatait, fréquenunent, des feux de mèche f (mallieur). Nous voyons dans lei archives de Bousbecque que le village indemnisait les victimes de ces accidents. En 1689, les comptes de tailles et vingtièmes portent : u avoir payé pour indemniser Jean Rousseau, incendié, 17 livres 11 sois 8 deniers. (2),
Jusqu'en 1858, la commune ne possédait que quelques crochets de secours contre l'incendie. A cette époque, avec un subside du département, on fit l'achat de la première pompe à incendie et l'on organisa une compagnie de pompiers, composée de l'élite de la population. Suivant le règlement organique, renouvelé le 1*' Décembre 1876, le corps des sapeurs-pompiers de Bousbecque se compose de trente-trois hommes, commandés par un lieutenant et un sous-lieutenant. Une seconde pompe a été acquise en 1872, avec un subside du département, ce qui fait que sous le rapport de l'organisation, comme sous celui du matériel, le corps de 8ai>eur8pompiers de cette commune est parfaitement constitué.
Depuis leur institution, les sapeurs-pompiers de Bousbecque
(1) Keurcn de la ville de GQmine.^, renouvelées -en ÎA^.
(2) Archives de Bousbecque C. G. (1689.)
ont coostamment fait preuve d^un admirable dévouement, qui leur a valu, en maintes circonstances, les félicitations les plus flatteuses et la reconnaissance publique.
Plusieurs jeunes gens, ayant eu Tintention d'organiser une société de musique, en 1866, leur projet fut considéré, d'abord, comme impossible, tant il semblait que les éléments devaient manquer, pour former un corps de musique dans une localité aussi peu importante. Les jeunes gens qui avaient pris à cœur de former cette société ne tardèrent pas cependant à prouver qu'une ferme volonté sait surmonter tous les obstacles: la musique s'organisa et c'est avec honneur qu'on la voit figurer, chaque année, aux fêtes publiques offertes par les villes et les communes voisines, comme elle fait l'ornement de nos solennités civiles et religieuses.
A son début, cette société avait pris le titre de musique des sapeurs-pompiers, mais ses membres n'étant pas équipés, et ses règlements étant tout-à-fait distincts du corps des pompiers, elle a cessé de prendre cette dénomination pour s'appeler « musique municipale' » ou simplement : « musique Bousbecque. n
La Société de musique n'a jamais cessé de mériter l'entière satisfaction des familles et des autorités. Les concerts qu'elle offre à ses membres honoraires sont suivis avec plaisir ; le conseil municipal voulant encourager et protéger cette institution, aussi utile qu'agréable, alloue chaque année un subside de 400 fr. pour le traitement du maître de musique.
Une société de secours mutuels, sous le patronage de S. Martin, ayant pour but de donner les soins du médecin et les médicaments aux sociétaires blessés ou malades, de leui* payer une indemnité pendant le temps de la maladie et de liourvoir aux frais de leurs funérailles, fut fondée à
Bousbecque en 1855. La générosité des gouvernements et le concours des classes aisées ont constamment aidé, cette utile institution, de leur concours moral et financier; aussi, malgré les périodes de stagnation de commerce et les années où la quantité de malades fut considérable, elle a su se maintenir et prendre une nouvelle prospérité.
Chaque membre, outre un léger droit d'entrée, proportionné à son âge, à Tépoque de son admission, paie chaque semaine, une cotisation de quinze centimes. Les membres honoraires paient cinq francs par année. La société compte 128 membres participants et 78 membres honoraires. Grâce à de nombreux subsides, les administrateurs de cette société sont parvenus à former quatre pensions de retraite, pour les quatrel plus âgés de ses membres. Dans les années où les ressources de la société étaient complètement absorbées, le conseil municipal, comprenant Tutilité dé cette belle institution, accorda une indemnité pécuniaire pour la maintenir, et. aujourd'hui elle reprend la place honorable qu'elle avait avant la guerre de 1870, et que l'absence de ses membres les mieux portants, et le mauvais état des affaires, avaient nécessairement du amoindrir.
Lors de la visite de l'empereur Napoléon III, à Lille, en 1850, les anciens militaires de la république et de l'empire, pour lesquels l'empereur avait créé la médaille de S^ Hélène, s'étaient réunis en cortège pour féliciter S. M.; c'est ôette réunion qui a donné l'idée de former, dans diverses localités, des sociétés d'anciens soldats, ayant pour but de rappeler, dans des réunions mensuelles, la part que chaque membre a prise dans les événements militaires qui se sont succédés; de donner des secours aux nécessiteux et de pourvoir à leurs funérailles. A Bousbecque, une société sous le titre de « médaillés de S^ Hélène et anciens militaires n fut constituée en 1849. Chaque membre paie une cotisation mensuelle de cinquante centimes, outre un léger droit d'admission dans la société.
Bien que le chiffre des médaillés de S^ Hélène soit considérablement restreint, et que le service obligatoire augmentant le nombre des anciens militaires, ait diminué Timportance de la distinction que Ton faisait de ceux qui avaient été soldats, la société n'a pas cessé d'eidster et la réunion de chaque mois, ainsi que le banquet qui clôture Tannée, restent suivis et contribuent, certainement, au développement des idées patriotiques et à la sympathie de notre population pour Tarmée.
Le concile de Cambrai, en 1565 porte : «< qu'il y aura des maîtres d'école pour l'instruction de la jeunesse dans toutes les paroisses. Les curés s'informeront tous les mois, des progrès des enfants ; les doyens ruraux visiteront, tous les six mois, ou au moins tous les ans, ces petites écoles, et rendront compte à l'ordinaire, de la manière d'instruire la jeunesse, que chaque maître d'école y pratique. n (1)
Les synodes de Tournai, de 1574 et de 1589 se préoccupèrent, sans relâche, de tout ce qui concernait les écoles élémentaires. « L'autorité ecclésiastique fut constamment sou- ' tenue, dans Taccomplissement de son œuvre, par l'autorité civile, et toutes deux furent largement secondées, par les administrations locales, les gentilshommes, les riches bourgeois, les pieux fidèles. On peut dire que le développement de l'instruction populaire et son organisation réunirent tous les efforts, n (2)
En 1607, les registres des tailles et vingtièmes , de la paroisse et baronnie de Bousbecque, portent cette mention :
(i) Mgr Gttéria. — Les conciles généraux et particuliers, tome HI, page 542.
(2) Essai do Thistoire religieuiie de. la Flandre Wabnne par Th. L^ttridan, page 371.
« Payé à M. Augustin Wignon, prêtre et chapelain, ce qui lui a été accordé par ceux de la paroisse de Bousbecque, pour avoir dit la messe basse les dimanches et jours de fêtes, et pour avoir tenu l'école pour l'avancement des inhabitans de la commune, année finie le P' Octobre 1607, 100 livres parisis. » (1)
Pendant longtemps le chapelain resta chargé de l'instruction des enfants : Il était en même temps contre, clerc et sacristain. Afin d'augmenter son modeste traitement on lui accordait des sommes accessoires, comme pour << placer les bancs de communion à Pâques n ou pour » sonner pour les morts le jour des âmes. » (2)
Plus tard, quand le clerc fut laïc, il continua de faire l'école, sous la surveillance du pasteur. Les livres de la table des pauvres mentionnent la dépense suivante : » Le 3 Avril 1665, payé à Pieter Seynave, clerc de cette paroisse, 8 livres pirisis, à cause d'avoir aprins à lire et écrire aucuns enfants à la charge de ladite pauvreté, et ce jusqu'à ce dernier Mars 1665. » En même temps que l'on apprenait à lire et à écrire aux enfants, l'instruction religieuse était Tobjet des soins particuliers des maîtres. Les garçons et les filles fréquentaient la même classe.
Dès le milieu du siècle dernier, notre commune possédait un maître d'école et quand la révolution vint à éclater, l'instituteur Dasson ville, surnommé Jean le boiteux, qui faisait la classe chez M. le curé, étant connu trop peu patriote ^ les vrais sans-culottes firent venir, de Gomines, un nommé G...., libertin, courant les femmes, qui cependant avait des élèves, non seulement de ceux qui suivaient les nouvelles idées du temps, mais aussi des timorés que la crainte faisait pactiser avec les révolutionnaires, et qui n'osaient faire autrement que d^y envoyer leurs enfants. Quand les jours meilleurs furent arrivés , il n'attendit point qu'on le chassât pour prendre congé de la commune.
(i) Architres de Bousbecque C. C. 39.
(2) Idem.
En 1861 y le conseil municipal, par sa délibération du 1 9 Septembre, accepta la donation d'une maison d'école pour les filles, proposée par M. Duez, curé, à la condition d'y établir des Sœui*8 de la Sainte Union, et depuis cette époque, la commune est propriétaire d'une maison d'école bien appropriée, en même temps qu'une éducation , très satisfaisante est donnée aux élèves.
La maison d'école des garçons, cédée à la commune de Bousbècque, par le bureau de bienfaisance, en 1855, moyennant les conditions spécifiées dans l'acte, étant devenue trop petite, et n'ayant pas de jardin, le conseil municipal a décidé qu'il serait fait des démarches, afin de participer à la répartition des larges subsides accordés par l'état, et aux avantages proposés aux communes par la caisse des écoles. En conséquence une très belle école vient de se terminer et donnera aux instituteurs toute l'aisance nécessaire, en même temps qu'elle sera une magnifique propriété pour la commune.
La route de Bousbècque àJBondues ne fut pavée qu'en 1715, dans la partie comprise entre Linselles et Bondues, et en 1731, entre Linselles et Bousbècque. Avant cette époque, quand les pluies rendaient les chemins impraticables, les communications se faisaient par la Lys. C'est ainsi que nous voyons, aux XV* et XVP siècles, les soldats, cantonnés à Bousbècque, aller en bateaux chercher leurs provisions à Comines et à Menin. C'était surtout par cette dernière ville que les habitants de notre village allaient rej oindre le grand chemin pavé de Menin à Lille, qui servait ainsi, d'une manière bien apréciable à la commune de Bousbècque; aussi, n^oubliait-on pas de comprendre ce village, parmi les localités intéressées à l'entretien de cette route. Des lettres patentes de Philippe de Bourgogne, du 7 Octobre 1395 , nous appren* nent que dès le XIV* siècle, les voies de communication importantes, comme aujourd'hui les chemins vicinaux de
grande communication, étaient régies par tm s^rnâkat, chargé d'ordonner les dépenses et d'en vérifier Tempiei. (1)
Nous possédons plusieurs états de réception de trayaux exécutés le long de ce chemin, Tun, daté du IS^* jour d'Août 1401, par Daniel Lecohet, baiUi d^Halluin; l'autre du 6 Mars 1410, par Jean Laustaist, receveur à Lille. Les détails contenus dans ie dernier de ces documents nous apprennent ^ue la partie neuve, d'une longueur de 608 pieds, avi^ ocoMionné une dépense de 94 livres, 14 sous. Les maténauz étaient fournis à raison de 4 livres las oent pieds et avaient nécessité 23 journées de transport à 1^ sols, par jour, pour le cheval et le véhicule, et quatre sous, par jour, pour le conducteur. Les rencauchiets (paveurs) otaâent payés à raison de cinq sous et les manœuvres à q«atve sous, par journée. (2)
Longtemps, notre vilage eut pour unique 4éhQUCJ^, la roiite pavée de Bondues : les chemins de Roncq, d'Halluin et de Wervicq étaient impraticables, pendant une grande partie de rhiver.
En 1851, un projet de route de grande communication, de Deûlémont à Comines, ayant été proposé au conseil municipal, nos édiles comprirent t'importaîicë qu'aurait eu pour notre village, le prolongement de cette routç jusqu'à HalluiA, et grâce à de longues et lal)orieuses démarches, ils obtinreivt le classement de la route n°^. La somme de 7.^63 fr. 21 c. qui incombait à la commune de Bo^sbecque, ][K>ur son con* tingent dans la copstructio;i de ce chemin, lut votée par le conseil municipal, dans la séance du 19 Mai 1853.
Les réparations onéreuses occasionnées pour l'e^tretie;! ifte la route pavée de Bondues à Bousbecque, et le mauvais état de viabuHté dans lequel se trouvait souvent ce parcours, firent
(1) Voir pièces justificativos.
(2) Archives du département du Nord, documents h, 1371, n* 63 et B, 1893, n« 12.
proposer son dassement, comme chemin d'intérêt commun, en 1856. Après beaucoup de discussions, la commune de Bousbecque, qui était imposée pour 28 par cent, dans les dépenses de construction et de réparations incombantes aux Tillages intéressés, a obtenu une réduction qui fixe aujourd'hui son contingent à 21 pour cent.
La caisse des chemins vicinaux fut instituée en 1861. Des
commissions, réuxâes au chef-lieu de canton, établirent la
quantité de chemins à admettre au réseau subventionné, dans
lequel la commune de Bousbecque fut comprise à raison de :
694 m" p' le chemin de Roncq, p' une dépense de ir. 22.200
1218 du Crûmes 39.000
800 du Blaton 25.600
630 du Blanc-Four 10.500
400 du PoQt des Vaches 13.600
8oit 3742 mètres de pavés pour une dépense totale de fir. 110.900
Les nouvelles admissions au réseau subventionné ont presque doublé le chiffre précédemment fixé, et nous pouvons espérer que bientôt la totalité de nos chemins vicinaux sera pavée.
Si les grands travaux qui sont actuellement à Tétude, peuvent se réaliser, nous avons la perspective de voir nos routes de Bousbecque à Bondues et de Bousbecque à Tourcoing, par Boncq, classées de grande communication, tandis qu^un chemin de fer de Comines à Halluin, réclamé avec instance, par les commissions départementales et défendu avec tant de talent, à la chambre des députés, par Thonorable M. Des Retours, dans la séance du 29 Mars 1879, (Journal officiel, N"" 88, page 2692) viendrait donner une nouvelle vigueur au commerce, à l^industrie et à Tagriculture de notre village.
ÉGLISE DEBOUSBKCQ-Ji: