CHAPITRE XXVI
L'église de Boiubeoqae. — 8a eonstnietioD. — Verreries. — Beetumitioie sneeeseiTee. — Domnagee qu'elle épronVe pendant lee gnerree des ZVI« et ZVn« siècles. — Son agrandissenent et sa restauration en 1874. — Cloclies. — Ornements.
Formée de trois nefs avec transept, relise de Bonsbecque est remarquable. La structure variée de ses fenêtres ogivales, ornées de meneaux en pierres blanches, une arcade que Ton vient d'y ajouter, avec une tour bien proportionnée au reste de Tédifice, en font une des plus belles églises de village que Ton puisse ambitionner.
Cetta église, d'une longueur de 47 mètres sur 19 m. de largeur, présente la forme d'une croix ; les trois nefs sont séparées par des colonnes cylindriques ; la tour, placée à l'entrée de l'église, est surmontée d'une flèche en ardoises, qui donne au clocher une hauteur de 50 mètres. L'ensemble de l'édifice accuse la fin du XV^ ou le commencement du XVP siècle.
Le chanoine Joigny de Pamelles, (1) rapporte que cette église a été construite par Gilles Ghiselin seigneur de Bonsbecque, et bien que nous n'ayions aucune pièce authentique, qui vienne confirmer ce renseignement, nous ne saurions le mettre en doute, puisque les constructions présentent bien le caractère de la seconde moitié du XV* siècle, époque oii vivait Gilles Ghiselin, mort en 1514.
(i) Manuscrit généalogique à M. le comte de Limburg-Stirttm, qiii a bien Toulu nous le communiquer.
Un recueil héraldique de la bibliothèque de Lille, du XVP siècle, (1) donne la description des verrières qui ornaient Téglise de Bousbecque. Celle placée dans la chapelle « à main droite » avait, au centre, les armoiries de la maison de Gand, avec neuf autres blason^, parmi lesquels nous trouvons ceux de Bassenghien, de Ghistelle, d'Egmont, de Balinghem, etc., et portait une inscription, en langue flamande, dont voici la traduction : » A fait faire cette verrière, dame Antoinette de Masmines, dame d'Halluin, de Galken, et de Lichter* vélde, veuve de Martin Vilain, chevalier.
La fenêtre de la « chapelle à main gauche, opposite à la précédente » présentait une bannière, à Fécusson «parti aux armes de Gand et de Basenghien n aussi accompagnée de neuf blasons, parmi lesquels nous distinguons ceux de Hem, des Obeaux, de Viesville, de Fretin, de Ghistelles, etc. Elle avait été dpnnée par messire Adrien Vilain et dame Marie de Hem, dame des Obeaux, Lomme, Capinghem son épouse, etc., i^an 1485. Si nous supposons que les vitraux ont pu être placés quelques années après la construction de Tédifice, nous pouvons fixer, vers 1480, la date de la construction de notre église.
Le même manuscrit cite une verrière, placée dans une chapelle, à droite, où deux personnages, à genoux, portaient aussi leurs blasons, l'un, à dextre, celui des Basenghien, Tautre à senestre, parti Vilain et Basenghien : une autre, portant, accolés, deux écussons, Tun, à droite de « gueules à trois clefs d'or, n et Tautre à gauche, « de sable à la croix échequetée de gueules et d'argent. »
On remarquait encore un écusson, parti de sinople à trois têtes de lion d'argent et parti d'or ou d'hermine au chevron de gueules, avec cette inscription : « Demoiselle Barbe de Gavre, Tan 1528, donna aussi cette verrière. » Enfin, une dernière fenêtre portait les armes de divers membres de la
(i) Manuscrit no 118 de la bibliothèque de Lille.
famille de Boubaix, parmi lesquels se trouvaient aussi celles de Ghistelles.
Nous deYons supposer, diaprés ces armoiries, que les familles nobles et riches, alliées à l'illustre famille des Ghiselin, avaient voulu contribuer à romementation de l'Eglise bâtie par Gilles Ghiselin, car la famille Vilain de Gand était parente à celle des Ghiselin, par suite du mariage de Marie de Quinghem, dite d'Hem, avec Adrien Vilain. Marie de Quinghem était Me de Jean de Quinghem, dit d'Hem, seigneur d'Hem, dont il prit le nom, et petite fille de Gérard de Quinghem, seigneur d'Hem qui avait épousé Jeanne de Hingettes dame des Obeaux, Lomme, Foumes et Capinghem. Des liens de parenté devaient aussi exister avec la maison de Boubaix, par suite du mariage de Marguerite de Ghistelles*, dame du Breucq et de Wasquehal, avec Pierre de Boubaix, mort en 1498.
Cinq autels furent consacrés dans Téglise de Bousbeoque, le 25 mars 1516. « Le premier à la bienheureuse vierge Marie, le second à S. Martin, patron du lieu; le troisième à S. Antoine et à S. Sébastien, le quatrième à S^ Anne et le cinquième à S. Nicolas. (1)
La partie qui terminait l'édifice, avant son agrandissement, semblait avoir été restaurée à plusieurs reprises. Buzelin nous apprend qu'elle « s'est malheureusement écroulée, car le plomb ayant été enlevé des toits, et la pluie corrompant les murs, peu à peu, le sommet des trois nefs tomba en même temps : le manque de soin lui avait ainsi causé plus de dommages que les flammes des ennemis, quand ils se tenaient à Menin, dans le dernier troubles des Pays-Bas. (2)
(1) Archives du royaume de Belgique. Ëvécbé de Touraay. Registre numéro 203.
(2) Ejus pagi templum alioqui pulchrum et magnum miserabilis solo casus afflixit ; nam, detracto tectis plumbo, sensim pluvia comimpentep triplez culmen eadem traxit humi ruina : plus sciliret nocente socor. dia, quam hostilibus flamrais, dum advers» starent Mœnenœ uHimo Flandriœ motu (Buzelin, page 608).
Une reconstaruction, assez importante, nécessitée sans donte, à la suite des désastres que notre pays eut à souffrir, à la fin du XVP siècle, eut lieu en 1623, et à cette occasion réglise fut de nouveau consacrée. » Le 10 Septembre 1624) Son Eminence a consacré cinq autels dans Téglise paroissiale de Bousbecque, savoir: le plus haut en l'honneur de la Sainte Trinité ; le deuxième en Thonneur de la bienheureuse vieige Marie et des saintes Barbe et Catherine ; le troisième en Thonneur de Sainte Anne ; le quatrième à saint Antoine et à saint Nicolas ; le cinquième en Fhonneur de saint Martin. Dans ces autels, on a enfermé les reliques d*un des martyrs de la Légion Thébaine et d'une vierge de la compagnie de sainte Ursule.. S. E. a accordé les indul* gences ordinaires de quarante jours. Elle a donné le sacrement de confirmation et a visité les sacramentaux. n (1)
Afin d'acquitter les dettes contractées «pour cette reconstruction, le curé et les marguilliers de Bousbecque sollicitèrent, le 20 Janvier 1625, la permission, de couper quelques arbres dans le cimetière et dans les propriétés appartenant à Téglise, et le 3 Février suivant, « vu le rescrit du doyen de la chrétienté de Courtrai, monseigneur permet que Ton vende les arbres situés sur les terres et sur le cimetière de Féglise, de Bousbecque, pour en appliquer le montant à Tavantage et à Futilité de Féglise, ce dont le curé nous informera, a (2)
Des iaravaux considérables eurent lieu de 1637 à 1639 pour Fentière reconstruction de la nef du sud de Féglise. Les livres de comptes de Fannée 1637 portent : « Payé à Guillaume Van Bœux, tavemier à Menin, pour dépenses faites chez liu par les échevins de Bousbecque, lorsqu'ils sont allés conclure Faccord avec Jean Soene et Jean Brouckaert, charpentiers, pour la construction de la nef du côté sud de Féglise... 14 livres 10 sols » (3) et ceux de 1639 : « Dépenses
(1) Archives da royaume de Belgique. •— Ëvéché de Tournay, regi»> tre 263.
^3) Archives de Bousbecque 0. 0. 13.
faites chez Michel Bonduel, tavemier, par Jean Brouckaert et Jean Soenen, quand ils eurent terminé la construction de . la nef sud de Téglise de Bousbecque, 18 livres, n (1)
Malgré toutes nos recherches, il ne nous a pas été possible de trouver le montant des sommes employées à cette occasion ; nous pouvons constater, toutefois, que jusqu'à cette date les comptes de Téglise se clôturaient toujours par un excédant de recettes, tandis que, longtemps après, Ton n'avait pas encore comblé le déficit occasionné par cette construction.
Après la défaite des troupes commandées par le prince de Ligne, à Bousbecque, en 1658, Téglise se trouvait dans un état pitoyable, et nos archives contiennent les notes d'un nombre considérable d'objets fournis, et de dépenses importantes effectuées à la réparation de l'éditice « après le pillage de Téglise. » (2) Cette fois encore on sollicita de l'autorité diocésaine l'autorisation de vendre des arbres, afin de se créer quelques ressources pour le paiement des réparations urgentes à faire à l'église : " Le 16 Novembre 1658, le T. R. seigneur a accordé au curé de Bousbecque la permission de couper quelques arbres situés à l'entour de Téglise^ dudit lieu, pour que, de leur vente, on puisse réunir une somme de cinquante florins qu'on emploiera à la réparation de l'église, sous l'intervention des bailly et échevins du lieu, attendu qu'à cause des excursions des ennemis, le doyen de la chrétienté ne pourrait y aller sûrement. » (3)
Nous devons nous féliciter de ce que, contrairement à ce qui n'arrive que trop souvent, le style de l'église ait été constamment conservé, dans les diverses réparations que nous venons de mentionner ; c'est ce qui a permis au regretté et éminemment capable architecte, M. Maillard, d'agrandir l'édifice en 1874, et de le reconstruire d'après son architecture primitive.
(1) Archives de Bouabecque. G. Q. 14.
(3) ArchJTes du royaume de Belgique. — Evôché de Toumay vol. 273, page 253.
Le dairU de ragi^andifls^&ent de réglise et de la construction du clocher, dont le montant avait été couvert par BOUBcriptions, montait à 37.000 frs. ; mais à la suite de nombreuses améliorations q^ui y furent apportées, la somme projetée fût augmentée de plus de 12.000 frs., dont la plus grt^e partie fut payée, de leurs deniers personnels, par M. te cUré et par M. Bonduelle, président du conseil de fabrique. *
Lés liens de famille ne doivent pas nous empêcher, dûton blesser la modestie du donateur, de rapporter les nombreux bieitfaîis que la commune doit à M. L. Bonduelle, et nos- concitoyens nous accuseraient, avec raison, de manquer & notre devoir, si nous ne mentionnions la reconnaissance qû*ila lui doivent pour les nombreux et importants concoui'S pécuniaires qu^il a tant de fois, généreusement prodigués à notre village. Nous avons vu la part importante qu^il a prise dans la construction de Thospice : nous devons ajouter que c^est particulièreînent à sa lai^ge participation que Ton doit la magnifique reconstruction de Téglise.
La restauration générale de Tancienne partie de Tédiiice fut commencée en 1877. La dépense prévue, pour le renouvellement de la toiture, la pose de meneaux aux fenêtres qui n'en avaient plus, le rejointoiement des murs et la construction d'une nouvelle sacristie est de 19.460 its., dont la somme de 10.460 frs. fut couverte, au moyen d une imposition de dix centimes additionnels pendant dix ans, 2.000 frs. protenant de la fabrique, 4.000 frs. d'un secours de Tétat et 3.000 frs. du département.
Les archives de Pévêché de Toumay nous apprennent que le 20 Décembre 1685, le doyen de la chrétienté de Wervicq était délégué par Mgr Tévêque de Tournay pour bénir une cloche destinée à l'église de Bousbecque. Aucun document ne nous donne les détails de cette bénédiction. Cette cloche aura été remplacée, un siècle plus tard, par celle qui existe encore aujourd'hui, qui date de la fin du siècle dernier.
comme le constate Tinscription qu'elle porte, et que nous allons reproduire : » L'an 1778, j'ai été bénite et nommée Léonine Eulalie, par très haut et très puissant seigneur, Mgr. Eugène François Léon, marquis de Béthune-Hesdigneul, comte de Noyelles, et colonel de cavalerie et chambellan de l'empereur, et par très-haute et très-puissante dame M® Albertine Josèpbe Eulalie Le Vaillant, baronne de Bousbecque, dame de Watripont et dame de l'ordre impérial de la croix étoilée, son épouse. J'ai été fondue par les Regnaud. » Au dessous, on voit un crucifix, entouré de séraphins, au pied duquel se trouve une Madelaine en pleurs : à côté, la S** Vierge portant l'enfant Jésus ; à droite, un évêque, probablement S. Martin, patron de la paroisse,, à gauche, les armoiries de la famille Bétuune-Hesdigneul et Le Vaillant, avec le manteau, la couronne ducale, et cette devise : Spes nostra Deo.
Une petite cloche, ne pesant que 52 kilog. qui avait été achetée, d'occasion, vers 1840, s'étant fêlée, a été refondue en 1850, et remplacée par une autre de 104 kilog., la petite cloche actuelle, qui porte cette inscription : Je m'appelle Martine Louise Elise Flavie. J'ai été bénie par M. Duez curé. Parrain, M. Louis Bonduelle, trésorier de la fabrique, mar* raine dame Élise Façon, épouse de M. Jean Baptiste Dalle, maire ; Bousbecque 1850. « J. Drouot, fondeur à Maisoncellei Haute-Marne.
Depuis longtemps les habitants de Bousbecque auraient désiré poser dans leur magnifique tour, une cloche proportionnée à l'importance de la population. Voulant perpétuer le souvenir de la fête jubilaire du 23 Octobre 1876, le conseil municipal et le conseil de fabrique ont ajouté une somme assez importante à celles que des personnes pieuses avaient généreusement données à cette occasion. La cérémonie religieuse commença donc par la bénédiction de cette belle cloche, pesant 1550 kilogrammes, dont nous allons reproduire l'inscription : » Â la plus grande gloire de Dieu, et sous la protection de S. Martin, glorieux patron de Bousbecque, j'ai
été fondue par M. Druot de Douai, à Toccasion du jubilé de cinquante années de prêtrise de maître Florent Duez, depuis bientôt trente ans curé de cette paroisse, et appelée Florentine Christine Florine par M. Louis Bonduelle, ancien conseiller d'arrondissement, président du conseil de fabrique, bienfaiteur de cette église, mon parrain, et par M*"* Christine Courouble, bienfaitrice de cette église, ma marraine, en présence de M. Jean Dalle-Dufour, maire, de M. Courouble-Lambin, adjoint, et de MM. Lecomte-Dalle, Delannoy- Vanrùllen, et Vandebeulque-Vandeputte, marguilliers, le 23 Octobre 1876. — Bit nomen Domini henedictum. Amen.
Buzelin nous apprend que Ton conservait encore à l'église de Bousbecque, de son temps, de très-beaux et très-prédeuz ornements dus à la générosité de ses seigneurs. Malheureusement, ces objets remarquables ont disparu, malgré les soins et la prévoyance de ceux qui en avaient la garde. Nous voyons, en effet, que dans les temps de désordre, les ornements de relise étaient envoyés en sûreté, à Lille, et nos archives contiennent << l'inventaire des objets de l'église, tels que aubes et rideaux trouvés après la mort de Jean Van Elslande, d'heureuse mémoire, sacristain de cette paroisse n dans lequel nous lisons : « outre les objets ci-dessus, il fut porté, en garde, et trouvé à Lille, les objets suivants:...»
n est à remarquer que ni la châsse ni la croix ne figurent dans cet inventaire, pas plus que dans aucun des chasserels mentionnant les objets précieux appartenant à l'église.