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CHAPITRE XXXL

Anoieiui ourés de Bcnubeeqne. <- SpitepIiM q«i les eonoenMftt. — BéTolntioii françftifie. * Vente de l'église. — Elle est aehotée par les babitaatB. — K. ChemiNurt — JL DéUuuioy. — M. Gcnrdouiier«

Le chapiire de S. Pierre de Lille ayant la collation de la cure de Boosbecque, nous espérions brouver, dans les livres de comptes de cette collégiale, le nom des anciens curés de cette paroisse, mais ce fut en vain que nous avons essayé d'en établir la nomenclature d'après ces archives, car nous n'y avons trouvé que quelques noms, que nous allons rapporter«

Un obituaire du XIV* siècle de la bibliothèque conmiunale de Lille, ayant appartenu à la collégiale de S. Pierre, nous apprend que le IIII* jour des nonnes d'Octobre, on célébrait Tobit de Lambert, curé de Bousbecque, pour le« quel on percevait XV sous sur la maison et les biens de Jean Maitine à Wervick, à la S. Rémi, et « dont les vicaires et clercs devaient avoir V sols; mais il ne nous a pas été possible de savoir à' quelle époque vivait Lambert, ni à quelle occasion la collégiale de S. Pierre devait célébrer pour lui, un obit chaque année.

Les comptes de 1408 nous apprennent que M. Droulare paie XX sols pour la présentation à la cure de Bousbecque ; ceux de 1453 mentionnent que M. Gilles Brits a été exempté de payer les droits de présentation et de nomination à cette cure. C'est peut-être parce que les successeurs de M. Brits auront été, aussi, exemptés de ces droits, qu'on ne retrouve pas leurs noms aux ^archives de la fabrique de S. Pierre, tandis qu'on y voit ceux des curés de Roncq et d'Halluin.

Les registres de Tévêché de Tournay nous apprennent que le 7 Septembre 1455, M. Paschave, Vincent, remplaça M. Egidius (Gilles) Brits, auquel succéda, le 16 Avril 1456 maître Jean Roderugghe. (1)

Un cbasserel des rentes appartenalnt à Téglise de Bousbecque mentionne M. Nicaise Du Buus, curé en 1461, (2) et parmi les personnes de cette paroisse entendues à Tenquête du dernier jour de Février 1543 nous lisons le nom de M. Jehan Berthe, vice-curé de Bousbecque. (3)

M. François Gaes remplaçait en 1588 M. Antoine Borggrave, curé partant. (4)

En 1613, le 4 Décembre, M. Pierre Clachant est nommé curé de Bousbecque, succédant à M. François Gaes. Un tableau assez grossièrement peint a été longtemps suspendu au mur de Téglise, au-dessus du banc des administrateurs clu T. S. Sacrement, représentant le Christ descendu de la croix et déposé aux mains de la S^® Vierge ; une inscription écrite au-dessous portait : << Ici devant gist Jenne du puis, vefve de Rémi Clachant mère du pasteur P. C. Clachant, laquelle termina le XVII de décembre Tan 1638 âgée de 77 ans. Pries pour son âme. n

Le 30 Octobre 1657 Jean de Rycke remplace M. Clachant, et meurt en 1675 après avoir été pendant dix-huit ans curé de Bousbecque. Nous donnons, ci-après, Facte de nomination de M. Venant du Coulombier, qui le remplaça :

*« Jean Gennaro, prêtre, J. V. L. doyen et chanoine de

(1) Archivos générales du royaume de Belgique à Bruxelles, évècbé de Tournay, rég. num. 203.

(2) Archives de Bousbecque. G. G. 18.

(3) Archives du département du Nord, cahier original sur papier.

(4) Archives de Bousbec({ue. G. G. 23.

réglise cathédrale de Toomay et vicaire général en matière spirituelle du très-illustre et très-révérend père et seigneur dans le Christ, Gilbert de Choyseul du Plessis-Praslain, par la Providence divine, évêque de Toumay, à notre bien alfeetionné dans le Christ, maître Venant du Coulombier prêtre de ce diocèse, salut dans le Seigneur.

La cure de Téglise paroissiale de Bousbecque, en ce diocèâe, actuellement vacante et appartenant, par droit de patronage, aux très-révérends seigneurs, doyen et chapitre de Pillustre collégiale de S. Pierre à Lille, mais dont la collation, la provision et toute disposition en quelque sorte que ce soit, regarde, à droit ordinaire, le très-illustre évêque de Toumay.

Cette cure se trouvant maintenant libre et vacante par suite du décès de maître Jean de Rycke, prêtre, son dernier possesseur, ayant joui paisiblement.

D'autre part, par le concours institué et pratiqué par nous d'après les décrets du saint concile de Trente, vous ayant jugé capable en matière propre ;

Vous ayant, d'ailleurs, reconnu dûment présenté par les très-révérends susdits seigneurs doyen et membres du chapitre de l'église collégiale de S. Pierre à Lille; acceptant ladite présentation (sauf toutefois la formule contenue dans la lettre de présentation) : « immédiatement soumise à l'autorité du S. Siège. » >

Vous présent, le requerrant et acceptant, après avoir dûment fait dans nos mains profession de foi catholique, nous voua avons donné et conféré cette charge au nom de Dieu, et nous vous la donnons et conferrons, par les présentes, avec tous ses droits e( ses attributions, quelles qu'elles soient.

Nous vous confions le soin des âmes des paroissiens dudit lieu, ainsi que la direction et l'administration de ladite

église, tant pour le temporel que pour le spirituel, ce dont vous sere? tenu à rendre compte au Très-H{).ut, au jour du dernier jugement.

« Donné à Tournay, le vingt-septième jour du mois

d'Avril Tan du Seigneur MDCLXXV. « (1)

Son épitaphe, qui se trouvait auparavant en face de la chajielle de S. Antoine, nous apprend en termes qui font plus d'honneur à la personne qui en est Tobjet qu'à celle qui l'a rédigée, que ce digne curé administra la commune pendant près d'un demi siècle : » Icy gist M. Venant du Goulombier pasteur de Bousbecque, qui ayant diligenmient, dignement et louablement enseigné ses paroissiens, verbalement et exemplairement l'espace de 44 ans, et de son âge 68, trépassa le 10 Octobre 1716. R. I. P.

A M. Venant du Goulombier succéda, le 22 Février 1717, Pierre Joseph Locufier, dont la pierre sépulcrale se trouvait autrefois dans la chapelle de S. Martin avec cette inscription : « D. 0. M. sépulture de M. Pierre Joseph Locufier, natif de Cisoing, décédé le 3 Février 1747, âgé de 60 ans, pasteur de cette paroisse l'espace de 30 ans, qu'il a gouverné avec zèle, prudence et exactitude ne s'étant pas moins recommandé par sa charité envers les pauvres, puisqu'il ne les a pas seulement assisté de ses biens pendant sa vie, mais les a fait héritiers après sa mort. Pour récompense il nous demande un souvenir dans vos saints sacrifices et prières. R. I. F. »

Le concours établi à la mort de M. Locufier accorda la cure de Bousbecque à M. Nicolas François Brié. Nous avons rapporté, déjà, le procès qui exista entre la pauvreté de Bousbecque et les héritiers de ce curé, qui attaquèrent le testament par lequel il léguait aux pauvres de ce village une

(1) Arcfaivei générales du royaume de Belgique à BinixeUes, Evéché de Toaroay, rég. num. 200 page 147.

somme d'environ 4.000 florins. Une pierre portant cette inscription était placée autrefois, près de la précédente, dans la chapelle de S. Martin : « Sépulture de M. Nicolas Fran« çois Brié, natif de Lille, pasteur d'Erquingbem le Sec l'espace de 6 ans, ensuite de cette paroisse, qu'il a gouvernée avec beaucoup de zèle, de prudence et de douceur ; qu'il a édifiée par ses paroles et ses exemples et sa grande charité envers les pauvres, pendant 33 ans, décédé le 9 Octobre 1780 âgé de 81 ans. »

A la mort de M. Brié, M. Alexis Joseph Selosse, fut nommé le 25 Octobre 1781. C'est ce digne prêtre qui fit construire le presbytère de Bousbecque en 1789. Il dut prendre le chemin de l'exil pendant la révolution, après laquelle il vint se fixer, comme prêtre séculier, à Tourcoing.

L'an VU de la république, le 24 du mois de floréal, se vendaient à Douai, les biens ecclésiastiques, devenus inutiles, et Tarticle 743® de cette vente, formant l'église de Bousbecque, était adjugé au citoyen Correze, de Lille, moyennant la somme de cent trente mille francs. La dépréciation des assignats était telle, qu'en Décembre 1795 on vendait, à Lille, 275 francs, en papier, pour un fi:, en numéraire, et quelque temps après, au chiffre considérable de 8.137 livres en assignats, pour un louis de 24 livres.

A ces conditions, les 130.000 francs, payables en assignats, ne doivent pas être évalués à plus de cinq cents francs, en espèces.

Dans les premiers jours de Thermidor (Août) de la même année, l'acquéreur de l'église, accompagné de quelques ouvriers habitués à ces sortes de travaux, arrive à Bousbecque, et commence la démolition de l'édifice.

Déjà les ardoises s'éparpillaient sous la main des démolisseurs !.. Grande était l'émotion de la foule, accourue près de l'église, ne pouvant rester indifférente près de ces nouveaux

vandales, qui, abrités par la loi, venaient démolir le lien oii, réunis, ils avaient si souvent invoqué leur Dieu. Les uns excitaient les enfants à leur jeter des pierres ; d'autres proféraient des menaces : «< Si j'avais mon fusil, je te ferais bien descendre de là, coquin ! » criait un vieux clerc de la paroisse, nommé Seynave, à un ouvrier qui, du haut du clocher limait les clous auxquels la croix était rivée, afin de la faire tomber.

Tandis que ces faits se passaient autour de Téglise, plus calmes, mais non moins désolés, quatre habitants de Bousbecque ; J. J. J. Lecomte, A. J. Gourouble, J. B. Dalle et Hilaire Horrent se trouvaient réunis, en la demeure de ce dernier, afin d'aviser au moyen de sauver l'église des mains de ses avides démolisseurs. Ils décidèrent que l'un d'eux J.* B. Dalle, prétextant qu'il avait besoin d'une remise pour abriter ses lins, ferait des propositions d'achat; une heure après, les travaux étaient arrêtés et le marché conclu, moyennant la somme de trois mille francs payables en argent. (1)

A peine la nouvelle de l'achat de l'église était-elle connue, que la plupart des habitants exprimèrent le désir de participer aux frais et aux charges de cette acquisition, et déjà nous trouvons dix personnes, citées, dans l'acte passé quelques jours après, pardevant M. Dumortier notaire à Halluin.

Quatre listes de souscriptions, couvertes d'un grand nombre de signatures, par lesquelles on s'engageait à payer une somme de 100, 50, 25, ou 12 frs. 50, circulèrent dans le

(1) Le prix de vente ayant été débattu entre Corrèze et J. B. DaUe- Lepercq, mon grand père, j'ai trouvé, dans des papiers de famille, les pièces échangées à propos de cette affaire, notamment les quittances des sommes payées et les quatre listes de souscriptions revêtues de la signature ou ^ de la mai*que de ceux qui ne savaient pas écrire. Je me ferai un véritable plaisir de déposer aux archives de cette commune, ces pièces si intéressantes pour Thistoire de la révolution à Bousbeoque ; un grand nombre de familles trouveront avec bonheur le nom de leurs ancêtres, dans cette grande manifestation de la foi des habitants» de notre viUage, à cette époque. — Voir pièces justificatives.

village et furent bientôt couverts d'un grand nombre de signatures : M. le prince de Béthune avait généreusement souscrit par 25 louis (600 francs).

Une des clauses de Tachât portait que Téglise devait être démolie, et ce n'était pas sans inquiétude que les habitants de Bousbecque cherchaient le moyen d'éluder cette condition ; la Providence leur rendit la tâche bien facile. Par une lettre du 16 fructidor au 8, le sous-préfet du 3^ arrondissement du département du Nord avertissait le maire de Bousbecque que Tadjudicataire de Téglise n'avait pas rempli les conditions légales et il ajoutait : « Vous voudrez bien, en conséquence, tenir la main à ce qu'il ne soit fait aucune démolition à réglise de votre commune, jusqu'à ce que l'acquéreur vous ait prouvé qu'il en a acquis le droit en justifiant, soit du parfait paiement de son acquisition, soit de l'admission d'un nouveau cautionnement. »

On conçoit que le maire n'était pas plus disposé que l'adjudicataire à remplir les formalités nécessaires afin de pouvoir démolir, et qu'aucune suite ne fut donnée à la lettre du citoyen sous préfet.

Le dossier de cette a£Faire nous mentionne encore quelques déboires survenus, soit de la part de souscripteurs qui ne voulaient ou ne pouvaient remplir leurs engagements, soit, particulièrement, de la part du receveur de l'enregistrement qui exigea le double droit et diverses formalités relativement à l'achat de l'église; mais ces contrariétés durent paraitre légères aux administrateurs de la commune, arrivés au but vers lequel avaient tendus leurs efforts, la conservation de l'église. Heureuses les communes qui, dans ces temps malheureux, ont été administrées par des hommes aussi intelligents et dévoués que ceux que le village de Bousbecque avait alors le bonheur de posséder!...

Troublée, depuis si longtemps, par les guerres et la révolution, la France cheri^hait une main sûre et ferme à laquelle

elle put remettre ses destinées. Bonaparte profita de oes dispositions de Tesprit public, et fit le 18 brumaire (8 N(H vembre 1799).

A peine arrivé au pouvoir, le jeune Corse, qui avait conservé les sentiments de la foi, regardait comme un des plus précieux droits de sa puissance, celui de r-endre à notre malheureuse patrie, son culte et ses autels, trop longtemps profanés.

Le concordat ayant modifié le nombre et la circonscription des évêchés, Bousbecque, qui depuis rétablissement du christianisme avait appartenu au diocèse de Tournai, fit désormais partie du diocèse de Cambrai.

Ce fut le jour de TAscension, en 1802, que le culte catholique fut solennellement rétabli dans nos communes riveraines de la Lys. Qui pourrait exprimer le bonheur de notre population depuis si longtemps privée du secours de la Religion?.. Une foule considérable accompagnait en grande pompe, du presbytère à Téglise, le S. Sacrement porté par le zélé missionnaire, M. Chombart, qui tant de fois s^était exposé, pendant la tourmente révolutionnaire, pour apporter les secours de la Beligion à notre religieuse population désolée.

Près de lui se trouvait Fintrépide et courageux M. Delannoy, qui, bravant les périls, était venu, si souvent exercer le saint ministère dans nos compagnes et qui prenait, dès ce moment, les fonctions du curé de Bousbecque.

On peut juger de Tétat de délabrement dans lequel se trouvait Téglise, par la note suivante, trouvée dans les comptes du marguillier chargé de pourvoir aux objets nécessaires à la reprise des cérémonies religieuses. « Payé pour remettre 740 carreaux de vitre à 2 sols et 945 carreaux à 6 doubles. » C^était donc 1685 vitres à remettre.. Le même compte constate qu'il restait à Téglise 413 chaises. (1)

(i) Papiers de famUle (30 floré«l an 10).

Dans les premiers jours de 1803, les habitants apprirent, non sans une vive émotion, que leur dévoué pasteur était appelé à porter ailleurs son zèle évangélique. La pétition qu'ils adressèrent à MM. les vicaires généraux chargés de Tadministration du diocèse est le plus beau souvenir que Ton puisse conserver de ce saint prêtre dans notre commune. « Nous avons appris avec surprise l'ordre que vous avez donné à M. Delannoy, notre ministre, de quitter notre commune ; nous vous prions. Messieurs, et nous ne cesserons de vous prier, de retirer Tordre que vous lui avez donné, pour quïl puisse, par son zèle et sa prudence, ramener dans le sein de la véritable église le restant des brebis égarées. Espérant que vous voudrez bien avoir égard à notre demande, en nous laissant ce zélé missionnaire apostolique, qui, par ses vertus et son amour pour le bien, a attiré toute la confiance du peuple.... n (1)

Malgré le vœu de notre population, M. Delannoy fut envoyé porter son dévouement sacerdotal, dans une localité plus importante. Quelques jours après, M. Cordonnier, « Excellent et vieux sujet, et pas juréur, n était nommé curé de Bousbecque. Une lettre particulière, que nous trouvons dans nos papiers de feunille, en nous annonçant cette nomination, félicite les habitants de Bousbecque du choix dont ils ont été Fobjet, B attendu qu'il y avait sept prêtres jureurs nommés, contre tm non jureur. n

D'un caractère grave et sévère ; d'une charité qu'il n'avait que trop à pratiquer, dans les moments terribles que notre pays traversait à cette époque, menant une vie austère comme un anachorète, M. Cordonnier a laissé dans cette commune, le souvenir de sa sainteté. L'examen des comptes de sa succession nous permet d'appliquer à ce digne prêtre cette, belle devise : Il est mort sans argent, sans dette et sans péchéé D'après son désir, une petite pierre de marbre fut posée près du calvaire oïl on la voit encore aujourd'hui, aveô cette simple inscription : « M. P. J. Cordonnier, curé de cette paroisse, depuis le 6 Février 1803 jusqu'au 7 Décembre 1815, se recommande aux prières de ses paroissienB. »

(1) Pftpien de fimille (30 floréal an 10).

Reconnaissants envers, leur généreux curé, les habitants de Bousbecque ont célébré avec autant d^entrain que d^enthousiasme, le 23 Octobre 1876, le jubilé de cinquante ans de prêtrise de leur dévoué pasteur, et ce n^est pas sans intérêt qu'on peut lire les détails de cette belle fête qui restera, pour la paroisse de Bousbecque, un précieux souvenir, comme elle est pour tous, un bel exemple de ces fêtes si pures et si populaires inspirées par la Beligion. n (1)

Un nom qui restera attaché à Thistoire de Téducation, dans le département du Nord, est celui de M. Tabbé Lecomte, ancien principal du collège de Tourcoing, prieur de la chartreuse de N. D. de. Mougères, né à Bousbecque le 9 Mars

Les auteurs contemporains, qui se sont occupés de Tinstruction publique en France, notamment Cousin, Guizot, S. Marc Girardin, sont unanimes à constater, qu'à Tépoque où M. Lecomte acceptait les fonctions de principal du collège de Tourcoing, « l'éducation, dans les établissements de l'état, n'était pas au niveau de l'instruction. » * Ceux qui avaient étudié cette importante question au point de vue religieux, reconnaissaient, en même temps, «qu'on y remarquait surtout, la froideur et l'indifférence en matière de religion. »

M. l'abbé Lecomte, attribuant aux soins qu'il avait apportés à l'éducation religieuse de ses élèves, une large part des succès obtenus au collège de Tourcoing, repris, dans un état déplorable, en 1828, et relevé, d'une manière remarquable, en moins de deux ans, crut de son devoir de propager le bien, en créant de nouveaux établissement d'instruction, où des maîtres, formés à son école, allaient, à sa voix et sous l'autorité de leur premier pasteur, prendre la direc-

(i) IJoe brochait fêlataat les détails de cette belle solennité religieuae à été imprimée à Tourcoing ches^ M. J. Mathon. — ^ Nous en donnons tin extrait aux pièces justificatives.

RP. Don Eloi LECOMTE

Ancien Principal du Collège de Tourcoing, rieur de la Charlreuse de N-D deMouqere:

tion de maisons nouvelles. C'est ainsi que turent fondées, sous les auspices de M. Lecomte, Tinstitution de N. D. des Victoires, à Roubaix en 1845, et le pensionnat de S** Marie à Solesmes en 1849. Cette même année, ie collège de Bailleul, qui, de même que celui de Tourcoing, languissait depuis plusieurs années, fut repris par M. Lecomte et obtint bientôt une rapide prospérité. En 1850, l'institution N. D. s'ouvrait à Valenciennes, malgré de nombreuses difficultés.

Si nous ajoutons la fondation du pensionnat de N. D. de Anges à S. Amand en 1851 et celle de N. D. de TasBomp* tion à Bavais en 1852 et si nous rappelons la part qu'il prit à la formation de l'institution S. Jean à Douai, nous constaterons ce fait, qui avait frappé tous les esprits et qui les étonne encore aujourd'hui, qu'en moins de quinze ans un homme ait osé, seul, et à ses risques et périls, relever de leurs ruines, deux collèges communaux; érigé, coup sur coup, sur divers points de notre vaste diocèse, cinq établissements d'instruction libre et pris une bonne part dans la fondation d'un sixième, le plus important de tous. Huit maisons en quinze ans!... (1)

Parmi les particularités qui ont signalé l'existence, si bien remplie, de M. Lecomte, nous devons tîter sa présence, lors de l'échaffourée du Risquons-Taut, à la suite de Tarmée insurgée, accompagné de plusieurs autres professeurs, prêtres, porter les secours de la Religion, au milieu de ces malheureux égarés. Nous devons rapporter aussi les déboires de toutes sortes qu'il eut à supporter dans sa carrière de principal du collège de Tourcoing : embarras financiers, maladies, démêlés avec l'administration, reproches que la maison de Roubaix devait nuire au collée de Tourcoing, blâmes, suspension, révocation de la part de Tuniversité, sous prétexte que M. Lecomte cherchait à ériger en institutions libres, les collèges de l'état et à leur faire concurrence. Un seul

(1) Histoire du collège de Tourooiag par M. le c^soine Lébbuie, page 245.

chiffre suffit pour faire justice de ces allégations : c'est que le collège de Tourcoing avait cent soixante-quinze élèves au moment oii fut fondé le collège de Roubaix, première création de M. Lecomte, tandis qu'il en comptait trois cent cinquante, en 1853, année de l'ouverture de l'institution S. Jean à Douai, dernière entreprise à laquelle il ait prêté son concours.

Malgré l'appui constant et bienveillant de l'autorité diocésaine, les sympathies croissantes du clergé et le concours dévoué des familles chrétiennes, M. Lecomte était seul pour porter le poids de son œuvre. Au milieu des soucis de tout genre, qui surgissaient chaque jour de chacun de ses établissements, à peine organisés; à travers des tiraillements en tous sens qui ruinaient visiblement sa santé et ses forces; une idée le poursuivait sans relâche : c'était d'assurer l'avenir de son œuvre. Pour arriver à ce but, qui depuis longtemps était l'objet de toutes ses préoccupations, M. Lecomte posa les bases d'un projet d'association diocésaine d'établissements d'éducation, sous la présidence de l'archevêque, projet qui devait être accueilli favorablement et donner des garanties de durée et une existence forte, à ces établissements.

Réunis sous l'association diocésaine, les institutions d'éducation répondaient aux meilleures espérances ; mais malheureusement, les prévisions budgétaires, présentées par M. le principal à Mgr. l'archevêque, en 1852, au lieu de se réaliser devaient apporter les plus grandes déceptions. La nouvoUe installation du collège de Tourcoing avait nécessité des dépenses supérieures à celles qui avaient été prévues ; l'établissemcmt de S. Jean, à Douai, avait grossi tout-à-coup, et pour une somme notable, les charges qui pesaient sur l'association diocésaine; la maison de Valenciennes, à son tour, par des acquisitions indispensables, mais onéreuses, venait ajouter un nouveau poids à la masse de plus en plus lourde de la dette commune : pour comble, enfin, les temps, déjà tristes, allaient devenir plus mauvais encore. La cherté des subsistances continuait toujours, et l'association, au lieu de réaliser les bénéfices sur lesquels elle pouvait prudemment

comptei*, pour alléger ses charges, ne faisait que s'obérer de plus en plus. On se trouvait en présence d'une situation tendue, difficile, épineuse, peut-être même (on pouvait le penser) compromise et compromettante.

Ce changement dans Tétat des affaires avait amené un changement analogue dans Tétat des esprits ; les sentiments ne tardèrent pas à changer à leur tour ; on se demandait si M. Lecomte n'était pas tout ensemble et trompé et trompeur. Les explications que les membres du conseil de l'association s'échangeaient entre eux, au sujet de la situation, de ses causes, de ses périls, des moyens d'en conjurer les suites, ne paraissaient guère favorables à son administration. Comme il arrive d'ordinaire quand la Providence permet une épreuve de cette nature, tout semblait tourner contre lui : des explications on en était venu à des paroles de blâme et de regret.

Abattu, souffrant, privé de consolation de la part des personnes desquelles il se croyait le plus en droit de les attendre, voyant que ses amis même Tabandonnaient dans son malheur, M. Lecomte espérait, du moins, satisfaire à la vocation à laquelle il s'était cru appelé, étant au séminaire, celle d'entrer dans la compagnie de Jésus ; mais le père provincial, auquel il s'était présenté, avait ajourné à deux ans son entrée dans la compagnie. Cet ajournement équivalait, aux yeux de M. Lecomte à un refus qu'il attribuait à des raisons de santé, à son infirmité (il avait perdu un œil) et aussi aux rapports faits contre lui au B. P. provincial.

Depuis longtemps M. Lecomte était décidé, dans le cas où un empêchement quelconque mettrait obstacle à son admission chez les Jésuites, de se rendre chez les Chartreux suivre l'ordre de S. Brano : Dieu lui réservait, sur un terrain différent, une fécondité nouvelle et de nouveaux mérites.

C'est le 18 Février 1875 que M. Lecomte entra à la grande chartreuse. Il choisit le nom de père Eloi « parce que écrivait-il, c^est surtout 8. Eloi q^ui a évangélisé tout le nord de la France^ et notemmant notre pays, Oand, Cowrtrai,

Tournai et trèS'^prchablement notre petit village de Bousbecque. » Tel était le progrès rapide de son âme dans cette nouvelle carrière, qu'en peu d'années nous le verrons arriver aux dignités les plus éminentes de son ordre.

Presqu'aussitôt sa profession, M. Lecomte était appelé au poste important de << maître des novices » et peu de temps après, il eut la charge du « vicariat, n Le vicaire, à la grande chartreuse, tient la place du R. P. générai, prieur réel de la maison.

Après avoir rempli les fonctions de « procureur » à la chartreuse des Portes, à douze lieues de Lyon, il fut nommé en 1867, prieur de la célèbre et magnifique chartreuse de Yalbonne (gard) où Tattendaient, pour exciter son zèle, de grands et dispendieux travaux de restauration. Comme la jouissance ne doit pas être le partage des chartreux en ce monde, à peine avait-il achevé la restauration de cette magnifique maison, qu'on Tarracha aux affections qui devaient le retenir, pour le transférer prieur de là chartreuse de Mougèresi à huit kilomètres du chemin de fer de Pezénas (hérault) où il mourut le 2 Juillet 1869.

Grâce à la lumière répandue sur le cours tout entier de rhonorable carrière de M. Lecomte, dit le savant chanoine Leblanc, dans sa remarquable histoire du collège de Tourcoing, sa mémoire restera parmi nous, entourée d'estime et de respect, comme il convient à une vie si méritoire, si pieuse, si dévouée et si pure.

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