‹ Histoire de BousbecqueChapitre 29 sur 51 · CHAPITRE XXXllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXllI

BiTision du territoire. — Erénemeiite remarquables des xn« et Un* sièdes. — Pierre de Bovsbeoqiie. — BévastationB,^ pillages et mines supportés par les habitants de Boiisbeoqneanx}QV«et ZV« sièoles.

Le territoire qui forme' aujourd'hui le village de Bousbecque se trouvait dans cette partie de la Gaule appelée, BOUS Auguste, Province Belgique ^ et plus tard, vers la fin du IV* siècle, la « seconde Belgique. »

Plusieurs auteurs constatent que « le fleuve qu'on appelait alors la Lydia ou la Legia, et que Ton nomme maintenant Lysa, en français le Lis, n avait été, pendant quelque temps, la frontière des francs et la limite de l'empire Romain. Que les Francs « après avoir passé la Lys à Menin et à Courtray, étendirent leurs frontières jusqu'à la forêt charbonnière ; n et que des combats sanglants avaient eu lieu sur la Lys à cette occasion. Gomme ces écrivains n'indiquent pas la source ou ils ont puisé ces renseignements, nous ne devons les reproduire que sous la plus grande réserve.

Sous les Fr&ncs, le territoire avait été divisç en pagi ou cantons, parmi lesquels les historiens citent les pagis de Pévèle, de Mélantois et de Carembaut. Le ferrain, dont le village de Bousbecque faisait partie, avait pour limites la Basse-Deûle, la Lys, la Marque et le Tournaisis. Wastelain le considère comme une portion du Mélantois : la ville de Gomines en était le chef-lieu. Les étymologistes assurent que ferrain veut dire « terre à fourrage^ » provenant du mot celtique ing, terre, et du vieux mot français feurre que l'on ti*aduit par paille, fourrage.

« L'accord unanime de superstitions populaires, avait fixé à l'an mil, la fin du monde. A mesure que cette époque devenait moins éloignée, les terreurs augmentaient, Timagination des peuples se montrait de plus en plus vivement frappée, et dans les malheurs qui l'accablaient, il crut apercevoir des signes précurseurs des prophéties. En 1007, une peste épouvantable désola tout notre pays ; elle se déclara, de nouveau, vers 1012. Ses ravages étaient prompts et affreux: plus de la moitié de la population y succomba.

Aux ravages de la peste succédèrent ceux de l'inondation et d'une famine cruelle qui se répandit sur toute la terre et menaça le pays d'une destruction complète. Les éléments conspiraient contre les hommes. Les tempêtes arrêtaient les semailles, les inondations ruinaient les moissons : Pendant trois années, le sillon resta stérile, n (1)

En 1106, Henri III, empereur d'Allemagne, ayant suscité une querelle à Bobert II, comte de Flandre, à propos de la possession du comté d'Alost et des iles de Zélande, la châtellenie de Lille fut pillée, dévastée et saccagée parles soldats des deux parties. A la mort de Charles-le-Bon, assassiné à Bruges, en 1126, le brigandage, les incendies, en un mot, toutes les horreurs de l'anarchie vinrent fondre sur notre contrée. Pendant le siège de {^ille, en 1197, lesFran-

(i) Histoire àe Flandre par Kervyn de Littenhovt ,

çais s'emparèrent de Comines : les Flamands, qui l'ignoraient, vinrent avec toute la garnison d'Ypres, composée de ti-ois mille Allemands, pour s'y porter. Il y eut, à cette occasion, un combat, soutenu de part et d'autre avec beaucoup de valeur, et, enfin, les Allemands furent mis en déroute. (1) Notre pays, pendant trois ans fut continuellement pillé et ravagé.

L'histoire ne nous apprend rien sur la part prise par les seigneurs ou des habitants de Bousbecque, aux croisades et dans les guerres nombreuses qui vini'ent périodiquement jeter l'épouvante e.t la dévastation, dans notre pays, aux XII® et XIIP siècles ; cependant, il y a lieu de croire qu'un membre de la famille seigneuriale de notre village, Pierre de Bousbecque, faisait partie des croisés qui accompagnèrent en Terre-Sainte Bauduin, comte de Flandre et de Hainaut, en

En eflFet, Mirœus (2) cite une charte datée de Valenciennes, en 1201, par laquelle Bauduin, comte de Flandre et de Hainaut, avant son départ pour la Terre-Sainte, confirme un grand nombre de donations faites antérieurement à des abbayes et à des monastères de notre contrée. Cette charte est signée de cent soixante seigneurs de Flandre et de Hainaut, ayant, comme lui, pris la croix, et parmi lesquels nous voyons les noms de Bernard de Roubaix, Jacques de Bondues, Roger de Courtrai, Bauduin de Comines et Pierre de Husbecq. Nous avons vainement cherché quelle localité de nos pays, répondait actuellement à cette désignation, nous n'avons trouvé de Husbecq dans aucun recueil de fiefs ou de seigneurie, pas plus que dans les noms des localités de Flandre ou de Hainaut. Nous avons aussi consulté les hommes les plus compétents sur l'histoire féodale de notre contrée, et tous nous ont exprimé l'opinion que ce mot devait se rapporter à Busbecq, d'autant plus que, dans beaucoup d'écritures de cette époque il est assez difficile de distinguer la lettre H de la lettre B. Il nous est donc permis de citer

(1) Annuaire statistique da département du Nord — année 1830, p. 41.

(2) Mirœus — Nova coUectio — Tome III pages 72 et 73,

Pierre de Busbecq, parmi les chevaliers qui accompagnèrent Bauduin comte de Flandre, devenu empereur de Constantinople.

N'ayant trouvé dans aucun autre document le nom de Pierre de Bousbecque, nous ne pouvons savoir, si notre héros entra, triomphant à Gonstantinople, à la suite du comte de Flandre, sll fut enseveli dans un glorieux trépas, où s'il revint en Flandre, ou il aurait été reçu, avec le plus grand enthousiasme des populations, comme Tout été, les chevaliers qui revenaient de la Terre-Sainte.

Si nous ajoutons aux faits remarquables du XIIP siècle, que nous avons déjà cité, les ravages considérables que notre pays eut à subir, lors de l'invasion des troupes Françaises, de la prise et de l'incendie de Lille, par Philippe Auguste, en 1212, et au moment des terribles batailles de- Courtraî, en 1302 et de Mons-en-Pévèle, en 1304, nous constaterons que le village de Bousbecque et les communes environnantes durent être fréquemment exposés, dans ces temps malheureux, aux incursions des vainqueurs et des vaincus.

En 1126, une affreuse famine désolait la Flandre, et peu de temps après il surviat une mortalité extraordinaire qui dépeupla une grande partie de notre province. — Le premier jour de Janvier 1234, il gela si fortj que les blés furent perdus. La disette de grains amena une terrible famine : les hommes broutèrent de l'herbe, par les champs, comme les bêtes ; enfin pour Surcroft de malheurs, la peste décima de nouveau toute la Flandre, et se répandit ensuite, en France. (1)

Bobert de Béthune, voulant profiter de la mort de Philippe-le-Bel, pour reprendre Lille, Douai et Orchies, vint assiéger Lille en 1313. Repoussé par Louis de France et Enguerrand de Marigny, il est obligé de battre en retraite et de s'enfermer dans Courtrui. A l'expiration d'une trêve

d'un an, Robert reparait dans nos environs, mais sans plus de succès, car Louis le Hutin le chasse et le poursuit jusqu'à Roncq. (2) Plusieurs années après, il oublie ses revers et se jette de^ nouveau sur notre châtellenie. Alors, l'excommunication, la défection dans les rangs de ses soldats et les remontrances de ses sujets le forcent de céder et de signer an traité par lequel il se désistait de ses prétentions.

La peste vint encore une fois ravager notre pays en 1316. Le tiers de la population du nord de TEurope succomba. A Toumay, ses ravagés furent affreux, et l'on cite la ville d'Ypres parmi celles qui comptèrent le plus de victimes. Nous étions donc au centre de Tépidémie.

En 1328, les villes de Flandre, lancées dans les voies de la guerre faisaient des courses les unes contre les autres. Ypres et Courtrai vinrent fondre sur Lille. Treize cents hommes furent armés aux frais des villes de Lille, Douai et Tournay, pour faire une expédition contre Courtrai : c'était un désordre complet. Cette troupe s'avança jusqu'aux portes de la ville, puis, en revenant, elle frappa indistinctement amis et ennemis, enlevant les troupeaux, brûlant, pillant les métairies, outrageant les fenunes, pour les massacrer ensuite. (3)

En 1339, Edouard III, roi d'Angleterre, et Jacques d'Arteveld vinrent assiéger Toumay, restée fidèle au roi de France. Tous les assauts avaient été repoussés, et le siège traînait en langueur. Le soir du 4 Avril de cette année, Mathieu de Trye, maréchal de France, et Godemar duFay rassemblèrent à Toumay environ mille hommes d'armes et trois cents arbalétriers, et ils se dirigèrent pendant la nuit vers les frontières de Flandre. Au point du jour, le lendemain, ils parurent devant les faubourgs de Courtrai, et

(1) JEdward Le Glay — Histoire des comtes de Flandre,

(2) Panckoncke, page 182.

(3) Histoire de Lille par V. D«rode, tome 1 \ aarc 2i0,

après y aroir escarmouche quelque temps, ils continuireni à suivre la Lys jusqtie près de Wameion^ piUant tout ce qu'ils renconirnient. (Ij Le soir, ils rerinrent à Toumay, emmenant arec eux, au dire de Froissart, • dix mille blanches bètes et bien autant que porcs, que bœufs, que vaches. > (2)

PouTon^-nous, en Tabsence de documents, supposer que les habitants de Bousbecqne n'eurent point à souffrir de nouveaux malheurs, quand, après avoir surpris et incendié la ville de S. Amand, le 3 Août 1340, les Français se portèrent sur Mortagne. Seclin, Lannoy, Tourcoing et Roubaix, qu^ils réduisirent en cendres, saccageant tout ce qu'ils trouvaient sur leur passage jusqu'à Armentières? (3) Notre village eut-il à supporter les horreurs de la guerre, quand, quelques années plus tard, tandis que les Anglais assiégeaient Calais, vingt mille Flamands vinrent mettre tout en feu et à sang dans le territoire de Lille ?.. Eut-il à souffrir aussi des bandes de brigands, commandés par Girart le More, qui pillèrent et dévastèrent, une première fois, la châtellenie de Lille, pour Teparaitre quelque temps après sous la conduite de Jean Prunelle ?.. Les troupes du comte de Flandre, Louis de Mâle, passèrent-elles par Bousbecque, le 7 Avril 1 370, quand, après avoir traversé la Lys, près de Comines, elles se répandirent dans la campagne « écorchant tous les laboureurs qu^elles surprenaient occupés aux travaux des champs, et entrant inopinément à Ypres, y mettre à mort, inmiédiatement sept cents habitants?.. » (4) Il serait difficile de le constater avec certitude, mais par sa position, au milieu des pays ravagés, il nous parait indubitable que nos ancêtres ne furent que trop souvent victimes de ces exactions.

En 1348 et 1349, une peste affreuse ravagea notre pays. D'Oudegherst dit à propos de cette épidémie désastreuse :

(i) Histoire de Flandre par Ker^ryu de Littenhove, tome 3 pag8 241.

(2) Froissart, édition Buchon, tome XI, page 297.

(3) Histoire de Toumay, par Ghotin, page 296.

(4) Histoire de FlaD(h'e par Korvyn de Littenhove, tome 3 page 450.

«c estait chose merveilleusement pitoyable d'entendre et de veoir journellement les progrès que précédait cette playe, » et Vinchant rapporte que « Nostre Dame descochant les carreaux de sa juste cholère sur le mondé pour ses péchez envoya une peste si grande que Nauclerc dit ne s'en être vue de semblable, durant laquelle, selon Genebrard, la moitié du monde mourut. » (1)

En 1378, le projet de réunir la, Reye à la Lys ayant suscité de grand débats entre les Brugeois et les Gantois qui s'opposaient à son exécution, la guerre s'en suivit, Gauthier, sire d'Enghien, espérant qu'en «ervant le comte de Flandi'e il pourrait un jour trouver en lui un vengeur contre le comte de Hainaut, ne croyait pouvoir mieux lui témoigner son zèle " qiCen pillant les fertiles vallées de la Lys. »

Tandis que Philippe d'Artevelde dirigeait le siège d'Audenarde, apprenant le redoutable aimement de Charles VI, il chargea Pierre Van den Bossche et Pierre de Wintere de se rendre, l'un à Comines, l'autre à Wameton, et leur recommanda de faire rompre tous les ponts de la Lys depuis Courtrai jusqu'à Merville. Ensuite, il partit pour Ypres, oii il apprii que des chevaliers Français s'étaient déjà avancés, sous les ordres de bâtard de Langres jusqu'à Menin, qu'ils avaient saccagé ; mais les cloches des villages voisins avaient bientôt donné le signal de l'alarme, et deux mille laboureurs leur avaient si complètement fermé la retraite, que l'un des bâtards de Louis de Mâle connu sous le nom du Haze de Flandre, qui commandait cette expédition, n'avait pu trouver son salut, dans une fuite rapide, qu'avec trente de ses compagnons. (2)

Nous ne possédons aucun document authentique nous donnant les détails des pertes considérables que dut éprouver le village de Bousbecque à l'occasion de la défaite des

(1) Vinchant, livre IV, chap, XL.

(2) Histoire de Flandre par Kervyn de Littenhove, tome 3, page 508.

Flamands à Comines, jusqu'au moment de la bataille de Rosebecque (27 Novembre 1382) mais Froissart nous apprend <t qu'aussitôt que les Bretons furent outre, ils montèrent as chevaux et se missent en cace pour trouver ces Flamens et pour courir le païs qui estait lors cras et riches ; » qu'ayant pillé et « arsé » Wervicq, ils y eurent « grant proufit et gran pillaiges » et que les Normands s'étant joints aux Bretons ils « rançonnèrent tout au net, le pays, ne riens n'y laisseirent car tout leur venait bien à point, n

Le roi de France, Charles VI, qui se trouvait à Marquette, vint à Comines, afin de tenir conseil et de décider si « ils iraient devant Ypres, devant Courtrai ou devant Bruges » et tandis qu'ils « se tenoient là, continue Froissart, li fourageur £i*ançais couroient le païs où ils trouvaient tant de biens, de bestes et de toutes autres pourvéances pour vivre que mervelles est à considérer, ne depuis que il furent oultre le pas de Commines ils n'eurent faute de nuls vivres. » (5)

Buzelin dit en deux mots d'après Mirœus, qu^en « 1382, tout le parcours de la Lysa fut dévasté et incendié, Comines, Menin, Wervick, Wameton et autres lieux opulents. »

La chronique de Jean Cohen, (6) mêlant, des scènes romanesques aux faits historiques qui se sont passés, en Flandre, du temps d'Arteveld, cite incidemment les dégâts considérables subis par un village « à une lieue de Menin et à deux lieues de Marquette » désignation qui ne peut s'appliquer qu'à Bousbecque.

D'après cette chronique, Anna, la fiancée du duc d'Enghien s'était réfugiée « pendant que la guerre faisait de toute la partie de la Flandre occupée par les deux armées une vaste scène de carnage » dans cette localité, située sur la rive droite de la LySy chez de bons paysans qui lui avaient

(5) Froissart — chronique — pages 139 i^X 144.

(6) Jean Cohen — ohap. 29.

accordé un asile, et où elle prenait, sous le déguisement qu'elle avait cru devoir adopter, un repos, une tranquillité, dont elle n'avait pas joui depuis longtemps, mais qui ne devaient pas être de longue durée. Le connétable de Bourbon, en apprenant la marche de Yan Arteveld sur Roosebecke, réunit de son côté, ses forces, et leur fit prendre la même direction, dans Tespoir de terminer la campagne par un coup décisif. Cette opération concentra les deux armées dans un étroit espace, peu éloigné du lieu où Anna s'était retirée. Les fourrageurs de deux partis arrivaient souvent jusqu'aux premières maisons, et plusieurs fermes isolées avaient déjà été pillées ou ifu^endiées, »

Une nuit, elle fut réveillée par des cris épouvantables, et de sa chambre, elle vit les soldats qui se battaient avec acharnement. Déjà les maisons voisines étaient en feu, et quelque fut le parti qui triomphât, la perte du village lui paraissait assurée. Le tumulte était devenu de plus en plus affreux, et déjà les soldats frappaient avec force contre la porte de la maison qu'elle occupait, pour la briser. Notre héroïne fut forcée de quitter le village, seule avec sa vieille nourrice, en s'échappant par le jardin qui donnait dans les champs. Elles voyaient, à la vérité, de loin, les clochers de Menin, mais elles n'osaient se diriger de ce côté, ne sachant pas si le danger serait moindre sous les murs d'une forteresse que dans les sentiers écartés qu'elles parcouraient. Elles prirent donc la route du camp français qui se trouvait à Marquette, dont elles n'étaient séparées que de deux lieues, et elles ne tardèrent pas à arriver aux avantpostes.

Page 1