CHAPITRE XXXIV
Hotre ptyi est raragé par les Anglais (1486) et par les Fraaçais (1477). — La réforme. — Les maloontents. — ÉYénements militaires à BoQsbeeqne. — Le village est entièrement miné.
Philippe-le-Bon, reconcilié avec la France, entreprit, en 1436, le siège de Calais, qu'il voulait reprendre à l'Angleterre ; mais abandonné par les Flamands, il fut forcé de se retirer, et les Anglais, sous la conduite du duc de Gloucester envahirent la West-Flandre. Après s'être emparés de Bourbourg, de Dunkerque,, de Bergues et de Poperinghe, ils vinrent piller et saccager Comines, Wervicq, et les environs. Un historien constate que les bourgeois d'Ypres, assemblés sur leurs remparts, purent entendre, à la fois, et les cris des vainqueurs, et les gémissements des malheureux chassés de leurs demeures. (1)
Deux ans plus tard, malgré les mesures les plus énergiques prises pour en alléger les terribles effets, la famine vint de nouveau exercer ses affreux ravages sur notre malheureux pays.
Charles-le-Téméraire ayant été tué devant Nancy, le 5 Janvier- 1477, sa fille, la princesse Marie se trouva héritière de vastes provinces ruinées et mécontentes. Habile à profiter de la révolte des Flamands et de la faiblesse inexpérimentée de leur souveraine, Tastucieux Louis XI, roi de France, jeta un coup d'œil de convoitise sur cette proie, facile à saisir. Il lance une armée sur la Flandre et s'empare
(1) Histotre de Flandre par Kervyn de Llttenhove, iome IV, page 285.
de Toumay. Les Flaniands et les Bourguignons, pour se mettre en garde contre renvahissement des Français, se portent sur Tourcoing, et s'y fortifient à la hâte.
A peine avaient-ils terminé leurs préparatifs de défense, qu'ils sont attaqués par une troupe nombreuse de Français (31 Juillet 1477) qui se ruent avec impétuosité sur leurs retranchements. Les assiégés tiennent bon, et se défendent avec courage : longtemps ils repoussent les assauts réitérés de Tennemi. Cédant enfin au nombre, et après avoir laissé les retranchements couverts de cadavres, ils jettent les armes et prennent la fuite. Irrités d'une si longue résistance, les Français s'élancent dans les rues et y portent partout le fer et le feu, afin de détruire le bourg de fond en comble. (1)
Le sire de Dadizeele, considérant la triste situation dans laquelle se trouvaient la plupart des habitants de la Flandre, surtout un grand nombre de laboureurs, à cause de la crainte des Français, et encore plus, à cause des excès auxquels se livraient les hommes d'armes, amis funestes, qui tuaient, blessaient et dépouillaient de leurs biens ceux qu'ils auraient dû défendre, s'occupa dy trouver remède. Il commença par armer ses vassaux de Dadizeele, puis les habitants de Gheluwe, de Bécelaere, de Moorselede, de Ledeghem, de Moorseele et de vingt-neuf autres villages. (2) De son château de Dadizeele, il avait vu « les feux que les Franchays, nos ennemis avaient icelle nuyt mis en plusieurs lieux dont les gens d'entour estoient fort émeuz » et il était allé garder Menin, qui était abandonné. (3)
Après avoir rapporté comment Olivier le Dain, envoyé en Flandre, par Louis XI, avait été déjoué de son projet de soulever les Gantois contre la duchesse Marie, et que
(1) Buzelin, tome II p. 78 — Histoire de Tourcoing par Roussel Defontame> page 107.
(2) Histoire de Flandre par. Kervjn de Lit^nhove, tome V page 302.
(3) Mémoires de Jean de Dadizeele — Bruges 1850, page 59.
s'étant retiré à Tournay, il y avait fait entrer, par ruse, une garnison française, Philippe de Comines ajoute que « ces gens d*armes firent merveilleux dommages en Hainaut et en Flandre, comme d'avoir pillé et brûlé maints beaux villages et maintes belles censés, n (1)
La réforme, qui s'était élevée en Allemagne, ne tarda pas à envahir notre pays, malgré les placards rigoureux de l'empereur Charles-Quint. Dans les comptes de la ville de Lille, sont enregistrées les dépenses occasionnées par l'exécution de quelques hérétiques, en 1533, et, dans les années suivantes, par l'examen des livres suspects, les informations et les recherches. Le registre aux sentences criminelles de cette époque constate que l'hérésie avait fait des adeptes dans plusieurs localités voisines, à Roncq, à Mouveaux, à Quesnoy-sur-Deûle, à Wasquehal et à Armentières. D'après le P. Eleiithère Dupont, le bourg de Tourcoing, en particulier, était alors « fort débauché et les hérésies s'y multipliaient. »
En Mai 1566, un prédicant fameux, maître Cornille parcourt les campagnes des environs de Lille et tient ses assemblées tantôt à Armentières, tantôt à Marcq, à Bondues, à Linselles à Marquette. Des conventicules ont aussi lieu aux eavirons de Menin. On y accourt armé de bâtons ferrées, de fourches et d'autres armes. A certaines prêches le nombre des auditeurs s'élève à deux, à trois, et même à quatre mille .
Les discours des prédicants respiraient une sombre éloquence. Les malédictions les plus énergiques y accompagnaient de mystérieuses prophéties. Un langage obscur et plein d'allusions bibliques confondait Rome et Babylone, le pape et l'Antéchrist, les gueux et Eléazar (2) et préparait ainsi les scènes désastreuses qui allaient couvrir le pays de ruines.
(1) Mémobes dd Philippe de Commet, livra V.
(2) Histoire de Flandre par Kervyn de Littenhove tome YI p. 205.
Gomme il arrive toujours, dans les dissensions intestines, des individus suspects, lie de diverses nations, se mir^ de la partie et firent cause commune avec les sectaires. Les uns, étaient appelés Touiruuds ; les autres, Hurlus (hurleuia) ou Bocqueteux (qui vivent dans les bois). Ces misérables professaient les doctrines les plus anti-sociales. Avides de dévastations et de pillages, ils allaient bientôt lever Tétendard de la guerre civile.
On touchait aux fêtes de TAssomption, qui paraissent avoir été indiquées dans toute la province, pour Tezplosion du complot. Le 14 Août, une horde de gueux ravage les environs de S. Orner et de Bailleul ; le 15 elle se présente devant Ypres. Les magistrats parviennent, par des supplications et des pourparlers' à les maintenir dehors jusqa^au soir, mais le lendemain, au point du jour, ils épouvantent la ville par les plus terribles dévastations.
DTpres, les Gueux se dirigent sur Courtrai, pillont et incendient les églises de Menin et de Wervicq, et pénétrant dans toutes les églises qu'ils rencontrent sur leur passage, (celle de Bousbecque se trouve malheureusement de ce nombre), ils ne respectent rien. Tableaux, statues de Saints, vases sacrés, tout est saccagé, brisé. Ce que le fer a épargné est brûlé au milieu de Té^se, et sert d'auto-da-fe, autour duquel une masse de fanatiques danse une ronde effrénée. Les uns sWublent d'ornements sacerdotaux et parodient les cérémonies de Féglise ; les autres font retentir les vottes de blasphèmes effrayants, contre la mare de Dieu, et ne cessent d'exciter, par leurs cris et leurs gestes à continuer le pillage. Oet acte de 'vandalisme ne s'arrête que lorsqu'il ne se présente plus rien, sous leurs mains, qui ne soit brisé ou réduit en cendres.
Les briseurs d'images furent déclarés sacrilèges, ennemis de Dieu, du roi et du monde, par Tédit du 26 Mars 1566, et le tribunal de la gouvernance de Lille sévit avec rigueur contre les iconoclastes. Ne considérant que les termes des
jugements qui condamnaient les rebelles soit pour avoir u assisté aux presches » soit pour avoir tenu des propos hérétiques, soit pour avoir « hanté et conversé plusieurs fois aucuns gens suspects et famés d'estre infectez de secte reprouvée, où ont esté proféré paroUes au desespect des images des saints », un grand nombre d'auteurs considérèrent ces condamnés conmie de malheureuses victimes que la liberté religieuse aurait dû protéger ; mais d'après les recherches d'un grand nombre d'historiens, dignes de foi, on assure que la plupart de ceux qui furent exécutés étaient les meneurs de révoltes, fort indifférents en matière de religion, auxquels la réforme n'était qu'un argument pour émouvoir les masses et porter le deuil et la ruine chez nos populations désolées.
En parcourant la liste des jugements portés par le tribunal de la gouvernance de Lille, depuis 1542 jusqu'en 1587, nous trouvons les noms d'habitants de toutes les communes environnantes : nous voyons Jacques Goisne, de Boncq, condamné à avoir la langue arrachée ; Pierre Casier, saietteur à Comines, pendu et étranglé ; Mahieu Desrencœup, de Linselles, condamné à faire amende honorable; Paul Sequeden, aussi de Linselles, fustigé et expulsé du pays ; Pierre Hazard, de Comines, mis à mort par le feu ; onze anabaptistes ^sis à Halluin et tous brûlés, en 1563. Il est à remarquer qu'atictm nom d'habitant de Bousbecque ne figure dans la série de ces condamnés.
Des hérétiques français et écossais, à la ^olde des rebelles dos Pays-bas, furent mis en garnison à Menin. La tradition a conservé le souvenir des excursions, que ces confédérés ou Gueux de Menin venaient faire subir fréquemment à notre village où ils répandaient l'épouvante et la terreur.
, Les provinces Wallonnes j songeant au moyen de défendre leur foi et leurs libertés, sans se séparer de leur souverain, fayorisaient, en secret, l'armée des Malcontents exclusivement formée de soldats catholiques, qui avaient adopté le cha-
— H7 — pelet pour signe extérieur et que pour cette raison les protestants appelaient « les patemostres, » ou soldats aux chapelets.
Le V^ Octobre 1578, Montigny, leur chef, avait surpris la ville de Menin, et bientôt Wervicq, Halluini Wameton et Comines se trouvaient au pouvoir des malcontents. (1) Dès ce moment commencent, pour notre village, une série d'années malheureuses oii la guerre, les pillages et Toccupation militaire doivent le conduire à une ruine complète.
Le colonel Balfour, commandant les troupes Ecossaises de Tannée de Lanoue, secondé par quelques compagnies flamandes, se rendit maître, le 22 Octobre 1579, de la place de Menin, occupée par les Malcontents, qui y avaient accumulé tout le butin que la guerre civile leur avait procuré, depuis plusieurs années, et que les Flamands et les Ecossais se partagèrent en quelques heures. (2) Peu de temps après, rarmée de Lanoue était en grande partie campée à Bousbecque, d'où elle se dirigea, le 15 Novembre 1579, sur Wervicq. A la suite d'un sanglant combat, Lanoue resta maître de cette position importante.
La correspondance de ce grand capitaine ne nous apprend que trop combien furent rançonnés les malheureux habitants de notre pays :
Jacques Rossel, quartier-maître général du camp, écrit au magistrat d'Tpres, étant à Wervicq, le 20 novembre 1579 : « que plusieurs vivandiers et aultres transportent journellement des pillaiges, marchent et viennent es villes prochaines pour les vendre illecq ou &ire garder, que donne occasion que plusieurs soldats dérobent le povre peuple etpaïsans,
(1) Essai sur Thistoire religieuse de la Flandre Walloane par M. Th. Leuridan, page 269.
(2) Correspondance de François de Lanoue surnommé c bras de &r > par Kervjn de Volkaersbeke, page 16.
cause pourquoy M. de la Noue, général du camp de Messieurs les Êtate généraux a donné commandement et 'commission expresse de vouloir advertir que n'ayer à laisser entrer dans vostre ville aulcun vivandier ou gens suyvant le dict camp avec aulcuns meubles, bestial, cloches, métail ou bardes, sans avoir pasport expré de 8a Seigneurie, ou par son commandement, sans lequel pasport vous polrez saisir et arrêter ceux que vous trouverez transporter ou amenner tel pillaige, soit à couvert ou caché, des poinsons vuides ou tonneaux, attendant notre avis. » Le 24 Novembre Lanoue fait part, de Wervicq, aux magistrats d'Ypres « qu'il sait bien que les larrons du camp font du désordre, mais qu'il ne peut punir les délits commis par les gens de guerre, attendu qu'il n'a pas de prévôt ; qu'il j a quinze jours qu'il en a demandé aux états généraux et qu'il n'a pas de réponse. (1)
Pendant que la lutte continuait avec des chances diverses, de part et d'autre, la réforme faisait de grands progrès en Flandre ; aussi, Farnèse crut-il opportun de se rapprocher des Wallons, restés catholiques. Le besoin de repos ' fit accepter la paix avec les Espagnols ; elle fut proclamée à Lille, le 20 Septembre 1580. Pour récompenser les habitants de cette ville de leurs courageux efforts, contre les réformistes, Philippe II ordonna que tout le territoire qui comprenait les châtellenies de Lille Douai et Orchies prendrait le nom de « province de Lille. »
La tranquillité dont on espérait jouir, enfin, fut de nouveau tifoublée par les courses des Hurlus ou confédérés, retirés dans les murs de Menin et de Tournai. Les artilleurs Lillois, aidés des troupes Espagnoles, résolurent de les chasser de leurs refuges. Ils attaquèrent ces deux pla* ces, et s'en emparèrent. Peu après, Gand et Anvers, dernier foyer de l'hérésie, firent leur soumission au duc de
(1) Correspondance de François de Lanoue somommé c bras de 1er > parK«rvyn de Volkaersbeke, page 163.
Parme. Le calme se fit alors dans les esprits, et notre pays allait rentutre au bonheur, quand la famine, sœur de la guerre, vint y faire sentir Thorreur de ses tourments.
Famèse mourut en 1592, et fut remplacé par l'archiduc Ernest. L^ennemi voulut alors recommencer la guerre, en surprenant Menin, mais prévenu dans son entreprise, il dut se retirer.
Pendant toutes ces opérations, le village de Bousbecque était constamment le théâtre des événements militaires, et se trouvait dans un état déplorable. Legrouz en fait la description suivante, bien triste, dans ses détails si résumés : « Les environs de Menin, qui auparavant étaient très abondants en biens et facultés se sont trouvés si dénués de toutes choses, que les campagnes étaient remplies de ronches et de chardons, faute de culture des terres, les églises des villages restaient ouvertes où les bêtes sauvages allaient se réfugier. » (1)
Les documents recueillis sur notre village, pendant ces années malheureuses, ne confirment que trop le tableau lamentable > que nous en fait Legroux : En 1578, M. Desfontaines, au nom des états de Lille, engage les bailli et gens de loi de Bousbecque, à payer immédiatement les impôts établis « pour la mise en pratique des moyens généraux, pour une fois nous faire quittes de notre ennemy, désireux de notre sang et de nos femmes et enfants, la spoliation de nos biens, et nous réduire à perpétuelle servitude plus que barbare. » (2)
Le rôle des tailles mises sur les terres de la paroisse de Bousbecque mentionnent qu'elles sont destinées à satisfaire aux frais occasionnés par les réquisitions de chariots et de chevaux, les logements de soldats venus à Bous-
(1) Lègroux, man. de la bibliothèque de Lille.
(2) Archives de Bousbecque G. G 38.
becque, et de pionniers ; aux frais de soldats logés dans les faubourgs de Lille, pour lesquels Jean Le Comte a ayancé l'argent. » (3)
En parcourant les livres des tailles et vingtièmes de cette époque, nous voyons les frais considérables occasionnés par le logement et l'argent donné aux troupes Espagnoles, passant ou résidant à Bousbecque » tant de service que de logements de compagnies, convois, et autres soldats. » Il nous est impossible de récapituler le montant de ces frais, mais il sera facile d'en calculer Timportance quand nous aurons reproduit une seule de ces ordonnances qui donnera une idée suffisante des autres : « Le XXUP de Juillet 1586, se sont venuz et logés XXTT hommes d'armes à cheval, de la compagnie de Monseigneur de Soignies, y estans X jours, dont leurs dépenses poevent venir à I" IIU" livres parisis » (4)
Malgré les lettres de sauve garde achetées ou obtenues des commandants ou chefe d'armées, notre village avait excessivement souffert. Le 10 Juillet 1588, Jean de Croy avertit « qu'un régiment d'allemands doit passer par Wervicq ; que ces soldats prennent tout sur leur passage » et il prévient ceux de Bousbecque de placer des bateaux de manière a que ces allemands ne puissent entrer dans la châteUenie. » (1) Dans l'état déplorable où se trouvait réduit notre village, il y a lieu de croire que ces soldats n'y auraient trouvé, que ruines et misères.
Le 16 Mai 1588, le lieutenant général de la gouvernance de Lille avertit les gens de Bousbecque qu'ils ont à lui envoyer, dans le plus bref délai, un état de tous les salaires « des personnes de mestier, aussi des manœvriers et laboureurs où se poulrait mectre quelques taxes ou prés. » (2)
(1) Archives de Bousheccpie G. G. 41.
La réponse des bailli et échevins, demandant une modération d'impôt, nous donne un aperçu navrant de Tétat de notre pays. Nous allons la reproduire :
« Remontrent, lés povres manans et inhabitans de Boujsbecque, qu'il est plus que notoire à ung chacun que par les furies des ennemys tenans alors la ville de Menin et autres, ils ont été constraiuctz de, après avoir perdu quasi tous leurs biens, quicter leurs demeures, ayans comme errans décha et delà despendu le surplus, et esperans d'estre soulagé par l'érection du fort de Halewyn, comme on les assurait, aucuns d'eux se y seroient retirez, ayant, par le moïen de leurs amys esté aydé d'avoir quelques bestes à cornes, les contributions dudit fort et du chasteau de Quesnoit a excédé le prouffit, de sorte qu'ils se sont de rechef trouvez accablez, et est ledict Bousbecque aultre et seconde fois demeurez inhabité jusques en Tan XV® quatre-vingt et six ; qu'aucuns desdits manans, par assistance que dessus, se sont encore hasardez de se amasser et remestre sur quelques terres avecq le louchetz. En l'an 1587 le labeur s'est ung peu augmenté et en cet Août 1588, il y a quasi ung quart du terrain dudit Bousbecque à rien, durant lesquels trois aougst lesditz remonstrans ont souffert et despensé plus de 5336 livres parisis pour logement et passaiges de gens de guerre et aultrement. n