‹ Histoire de BousbecqueChapitre 31 sur 51 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Oeonpitimi militaire. — Pzoteotioiis. — Honvelles charges iaoomlNuitei à aetre Village. — Béqviaitioiui, ^ Etat des nomlireiiBes déTastatioiis oommises à Boosbeeqne. — Le Tillage est 'dépeaplé.

Le relevé du livre des comptes du village de Bousbecque de 1588 à 1592 constate le chiffre considérable des impots mis à la charge des habitants « pour subvenir aux frais de la guerre, n (1) Ceux de 1590 mentionnent les « mangeries et fouilles » faites par des soldats allemands et wallons, allant de Lille à Menin, et passant par Bousbecque. (2) Nous troutons aussi, dans nos archives, la liste des personnes qui ont eu quatre ou cinq fois des soldats dans leurs maisons, l'estimation des sommes qu'elles ont dû leur donner et des objets et vivres « tels que viande, poules, meubles, etc. » qu'elles ont dû leur fournir, « les ung par crainte d'avoir leurs meubles rompus, comme en effet, il est advenu, les aultres pour raddoulcir les furieuses menaces et coups de bastons et coutteaulx dont aucuns s'en sont esté bleschez desdits soldats par cause que lesditz mannans ne fournissaient les deniers avant que souper et manger. » (3)

La protection des personnes influentes ne faisait pas défaut aux habitants de Bousbecque, et s'il ne s'était agi que des chefs d'armée, notre village aurait eu bien moins à souffrir. Nous voyons, en effet, en 1591, une lettre écrite

(1) Archives de Boosbecque E. E. 3.

par Jean de Croy ^ au seigneur corporal chief des gens de guerre estant présentement à Bousbeke du régiment de Mgr. de la Motte » pour le prévenir de ne pas aller loger à Bousbecque, et qu'il trouve étrange quHl vienne loger sur la châteUenie de Lille et surtout à Bousbecque, ^ ce village appartenant à Mgr. de Wieze qui est son parent, n (1)

Le prince de Ghimai, ordonnant aux soldats logés à Bousbecque de se trouver en armes à la revue, à Gomines, exige aussi que leur capitaine, le baron d'Auchy lui apporte un certificat des bailli et échevins de Bousbecque, constatant tt qu'aucune fouille ni exaction n'a été faite dans la paroisse, par ses gens d'armes ; n (2) mais malgré la protection des commandants, les habitants souffraient toutes sortes d'avanies de la part des soldats. '

Le ^ recueil des compositions et extorsions de deniers que les soldatz estant logez par six fois au village de Bousbecque, outre tous excessifs dépens ont faict ordonner aux manans dudit Bousbecque, tant les emports de gambons, pièces de chair, gelines qu'autres biens meubles et portatifs, en commenchant dais le 10 Décembre jusques y comprins le IP d'Apvril 1591, monte à 4093 livres H sols, n

Le 19 Avril 1591, 300 Lrlandais passèrent la rivière à Wervicq et se rendirent en passant par Bousbecque à LinseUes, « où ils firent grands dégâts et pilleries. » Les frais occasionés en cette circonstance ,- comprenant le vin qu'on alla chercher à Lille et qui fut bu, ici, sur le rivage lorsque le capitaine passa avec ses 300 hommes, les soins donnés à deux soldats malades, les fournitures de viande, volaille et poisson, qui leur furent données, montent à plus de 400 livres. (3)

(1) Archives de , Bousbecque E. E. 13.

Dans le relevé des nombreuses exactions commises dans notre village, et des quantités considérables de troupes qu'on y envoyait à la charge de ses malheureux habitants, nous voyons : Antoine d'Assigny, fils de Gauthier, ex guidon de la bande du prince de Ghimai, et Charles de Croy, grand bailli de Comines qui envoient loger à Bousbecque les soldats de Tarmée du prince de Chimai. (1)

Accablés sous le poids de réquisitions et d'injipositions de toutes sortes, les habitants de Bousbecque, adressant une nouvelle requête à MM. les Etats de Lille, Douai et Orchies exposent que ^ depuis deux ans, plusieurs soldats tenant garnison es villes et forts de Bruges, pour le service de Sa Majesté, lesquels par fautte de payement se seroient quictez desdicts lieux et mis en chemins pour tous endroits pour manger et composer les pauvres laboureurs ; et singulièrement par la commodité du passage et chemin, en sorte que ladite mangerie et compositions, extorsions de deniers que lesdictz soldats par menace ont forcé d'estre donné tellement ils auraient soufifert tant en dépenses que deniers donnés, jusqu'à la somme de 4.083 livres, et que par suite de ces charges ils se trouvent dans l'impossibilité de fournir leur quote-part dans les envois d'aide, etc. »

Une apostille, en marge de cette pétition, nous apprend qu'une modération, illusoire, de 110 livres 10 sols était accordée en leur faveur. (2)

Parmi les pièces se rapportant à l'année 1592, nous trouvons : Une lettre des bailli et échevins de Menin, prévenant ceux de Bousbecque, que l'ennemi se dispose à passer la Lys et les invitant à faire bonne garde. Une autre de Jean de Bels, bailli de Wervicq annonçant que trois ou quatre cents soldats ont été aperçus ; il prie le bailli de Bousbecque

(1) Archives de Bousbecque E. E. 3.

d'en avertir ceux de Gomines. Chrétien Van den Berghe prévient que 150 soldats ennemis, Vrybujrters, se trouvent dans le quartier d'Hooglede, et il engage ceux de Bousbecque à être sur leurs gardes. Bertrand Outerquent fait savoir au capitaine TEpine qui lui et ses soldats ont été bien reçus à Bousbecque, et il recommande ce village. (1) L'année suivante, c'est le baron de Billy qui ordonne aux bailli et gens de loi de Bousbecque de faire le guet « parce que Tennemi a le dessein de passer la rivière. » Jean de Wasquehal qui avise des intentions de Tennemi de surprendre Menin. (2)

La pièce suivante rapporte, avec une grande simplicité, les détails d'une de ces nombreuses excursions de soldats dont notre pays fut si souvent la victime. Nous ne pouvons résister au désir de la reproduire.

« S'ensuyt le rapport faict par plusieurs mannans du villaige de Bousbecque des foulles et pilleries a eulx soustraict par certaine troupe de soldats du régiment de M. Borloth y passant le XVP d'octobre 1593 et en particulier ceux qui parle Wallon ce que leur aurait esté dérobbé et pillié suivant endonuuaigés. Le tout prest par serment verchies si besoin est.

<« En premier :

« En la maison de Robert Casier bailly dudict villaige comme estant ladite maison environnée de plusieurs soldats tirant des coups de harquebousses et après ses coulombi, rompant porthuys baeyes fenestres, s'efforcèrent de rompre ung parois pour entrer en la chambre dudit bailly, et piller ce qu'il y avoit, ce que par le debvoir de se servante fut empesché et ce à son de bachyn et cryeries en outre sa court, rompant ses cannes et connils et les emporter au nombre de neuf sans infractions.

« Michel de Waele, tistran de son stil (3) povre homme

(1) Archives de Bousbecque E. B. 16.

(3) Tistran de son stil : tisserand de son métier.

voyant Teffort de plusieurs soldats faict pour rompre les parois fust contraint d'ouvrir son huys et ung instant lesdits soldats y entrèrent, pillèrent et emportèrent : quatre libvres de lin chéreûclié, deux libvres et demy filés prest à mectre en œuvre, une chemise et ung pain de mesnaige le tout comme il dit valable IX livres parisis.

« Jan de Graeve, tistran de son stil povre honmie, après avoir souffert Teffort d'aucuns soldats avec Touverture de rbuys, prindrent une chemise d'homme, III chemises d'enfants, in vaghines, V quetivercquiers, une collerette et du pain et fromaige dont le tout ainsi quil pocult avoir perdu au moingz VI livres parisis.

« Thomas Valley déclare avoir esté pillé de plusieurs soldats de III pouilles.

B Jean Mesman de VI pouilles.

« Jacques Fremault hoste dict avoir perdu comme par les susdits soldats mesme tiré de bière une demy rondelle IV livres ; pour faire le maltote une libvre de bure et deux demy lot tant rompu et emporté.

« Pierre Fremault II pouilles.

^ Willem Fomier hoste audict Bousbecque, sa femme a faict rapport que aucuns desdicts soldats après avoir rompu rhuys sont entré dans la maison et ont emporté : IITI siennes chemises, III colletz, ung mouchoir, V collerettes, V queuverquiers, ung escoursy de saeye, un plat d'estain, un chausse-pied de fer, une pouille, XIU nappes, la plus part nœufves, vingt gros dix libvres de pain et bien autant de bure qu'ils ont voilé comme ambeden estans absents et rompu trois pots avec tous les vivres faisant ensœmble selon que m'ont dict environ LIIII livres parisis.

« Joos Nuttin dict avoir esté pillé par aucuns desdicts soldats de XIII pouilles parmy «un cocq.

« Louis Carpentier, povre homme III pouilles.

« Une femme tenant la maison d'Anthoine Demont pour le rachapt du manteau dudict Anthoine que les soldats avaient prins outre deux fromaiges, une libvre de bure et de pain XL livres parisis n

Si nous ajoutons à ces exactions de toutes sortes les nombreuses réquisitions d^hommes « bien équipez d'arquebeuse, pouldre, mesche et balle » que la commune devait envoyer an faubourg de la barre à Lille, à là disposition du baron de Billy et les nombreux envois de chariots que les habitants étaient obligés de remettre aux chefs d'armée, à Comines, on se fera aisément Tidée de Tétat déplorable où se trouvait notre pays. Les historiens constatent que pendant quinze ans nos communes, voisines de la Lys, n'étaient plus labourées, ce qui n'est que trop confirmé par la réponse des bailli et gens de loi de Bousbecque à M. le comte de Billy gouverneur des châtellenies de Lille, Douai et Orchies, le 11 Juin 1594, que notre commune est considérablement » dépeuplée, n

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