CHAPITRE XXXVI
X?énement8 militaires du XVII» dèole, — La peste séTit à Bonabecqae, — Connea de partiaana. — Comliat de Boaabeoque. -^ Impoaitiona extraordinairea — BéqniaitioiiB. — Epiaootie.
Le 5 Janvier 1600, les archiducs Albert et Isabelle faisaient leur joyeuse entrée à Lille, et un nombreux cortège de gentilshommes et de confréries était allé jusqu'à Halluin à la rencontre de ces augustes visiteurs. La Flandre allait enfin jouir du bonheur de la paix, mais le village de Bousbecque eut encore à souffrir, pendant plusieurs années, des campements militaires et des réquisitions pour le siège d'Ostende. Une quantité si considérable de troupes vint hyvemer à Bousbecque, en 1607 et 1608 que Ton dût construire de vastes hangars, que la note de nos archives appellent « SchoU n pour y loger la cavalerie. (1)
La tranquillité rendue au pays sous le règne paisible des archiducs permit aux populations de réparer tant de malheurs ; mais cette paix, qu'il aurait fallu voir durer longtemps encore, fut de nouveau troublée par la guerre que la France venait de déclarer à l'Espagne.
Le cardinal de Richelieux, jaloux du retour des Pays-Bas à la couronne Espagnole, et voulant abaisser la maison d'Autriche, avait suscité cette guerre de 1635, qui dura vingt-cinq ans. La prise de Oravelines par le duc d'Orléans, en 1644, fut bientôt suivie de celles de Bourbourg, de Me-
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nin, de Bethune et d^Armentières. En 1645, Tarmée française commandée par le maréchal de Gashe s^était emparée du château de Comines. Quatre ans plus tard, les Espagnols, sous les ordres de Parchiduc Léopold, le reprirent après quinze jours de tranchées ouvertes. Notre village eut, à coup sûr, une large part à soufifrir des dégâts occasionnés par les armées qui occupèrent les environs de Comines, à cette occasion.
La peste, qui éclata dans notre pays en 1646 et en 1647 fit des ravages extraordinaires à Bousbecque. On raconte que, dans ces temps malheureux, Tair était empesté et faisait mourir les oiseaux qui passaient dans notre région. Le chiii're de la population de Bousbecque était, à cette date, d^environ 600 habitants, et nous voyons, d'après les registres de Pétat civil, que la moyenne des décès était de ' 10 à 12 par année. Il avait été de 12 en 1642 ; de 9 en 1643 et de 12 en 1644. La peste ayant commencé en Novembre 1645, il y eut, cette année là, 36 décès ; nous en avons compté 34 en 1646 et le chiffre énorme de 81 en 1647. Nous ne possédons aucun renseignement sur les mesures prises par les hommes de loi de notre village, pour combattre répidémie, mais les historiens nous rapportent qu'en beaucoup d'endroits, lorsqu'un habitant était reconnu atteint de la peste, il lui était défendu de circuler, s'il ne tenait à la main une baguette blanche qui servait d'avertissement aux passants : dans presque tous les villages, les magistrats avaient établis des cimetières, éloignés des habitations, pour y enterrer les pestiférés, et comme le mal se communiquait d'une manière excessivement prompte, on se servait, pour' donner la communion, d'une petite palette d'argent, afin d'éviter tout contact avec le malade.
Non seulement les habitants de notre village avaient eu à subir les charges considérables de nombreux campements militaires, mais ils recevaient encore des sonmiations de payer leur part dans les contributions nécessitées par les frids de la guerre, que Ton exigeait des habitants, dénumés
de touteB ressources, qui se trouvaient tout à fait dans rimpossibilité de payer.
(( Le quinzième May 1649, le governeur de la Bassée, commandons très-expressement aux bailly gens de loy et habitans de Bousbecque de venier paier en cette ville, dans tout le trentiène du présent mois de May quinsez cent florins dont leurs contingent porte dans les taux du foing, avoine, palissades et sacque à péril d*estre pillée et brûlée comme ennemy. — Un pattacon au porteur. — Signé : BrogUa. (1)
Les bailli et échevins de Bousbecque ayant imploré la clémence du gouverneur de la Bassée, la quittance constate <jue ce commandement « at esté modéré aux habitans de Bousbecque à la somme de douzes cent trente huit florins douze sous par dessus le sold par livre que j'ay reçu du sieur Potié pour les habitans de Bousbecq, et cette servira de quittance. Faict à la Bassée le X® Juin 1649. Signé Evene. (2)
On peut juger du mauvais état des finances de notre village, à la suite de ces diverses charges militaires, par ce fait bien caractéristique, qu'en 1672, nos échevins renouvelaient, en faveur de Pierre Jacob MuUe, de Menin, une rente constituée par le village en 1652, trois ans après le paiement de la sommation que nous venons de rapporter.
Des partisans français, après avoir échoué dans une ten« tative sur Lille, avaient fourragé dans toute la châteUenie, et ils avaient ravagé Wameton, Comines et Menin. Bousbecque, cette fois encore, ne fut pas épargué. Ces pillards pénétraient dans les habitations, enlevaient les objets de quelque valeur, et brisaient tout ce qui leur tombait sous
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la main. Le village, comme la plupart de ceux des environs, se trouvait dans un état déplorable ; les cultivateurs, consternés, préféraient laisser leurs terres sans culture, plutôt que de voir, chaque année, les Français couper leurs récoltes pour en nourrir leurs chevaux. Il en résulta une cherté de vivres, considérable, qui occasionna une émeute sanglante à Lille. (1650)
Après la célèbre bataille des Dunes et la prise de Dunkerque, Turenne s^était rendu maître, en moins de huit jours, du fort de Linck et des villes de Bergues, de Fumes et de Dixmude. Après avoir favorisé la prise de Gravelines, en couvrant Tarmée qui en faisait le siège, il vint passer la Lys à Deynze, et s^emparer du château de Gavre : puis, ayant mis en déroute l'armée du prince de Coudé, commandée par le comte de Ghamilly, il entra, en vainqueur, dans la lolle d'Audenaerde.
Tureiine resta alors quelque temps indécis, ne sachant s^il avancerait sur Bruxelles, avec son armée, ou s^il retournerait vers la Lys. N^ayant qu^un équipage de campagne, sans gros canons et des vivres pour deux ou trois jours seulement, il comprit que non seulement il ne pouvait entreprendre aucun siège, mais qu'à la moindre résistance qu'il eut éprouvée, il aurait été obligé d'épuiser tout ce qu'il avait de vivres dans Audenaerde, de se retirer en arrière, et peut-être de devoir abandonner la ville, tandis qu'en se dirigeant vers la Lys, il s'approchait des villes maritimes où il pouvait disposer de vivres abondants, qui lui venaient par mer, en même temps que l'occasion se présenterait peut-être de pouvoir s'emparer de Menin qui, par sa situation, donnait beaucoup de facilité pour les communications entre Dixmude et Audenaerde.
Turenne laissa dans Audenaerde deux régiments de cava* lerie et quatre cents fantassins, sous les ordres de Bochepaire; il partit la nuit, remontaut le long de PEscaut, et fiBâsant suivre les bateaux comme s'il eut voulu assiéger
Tournai ou entrer dans le Brabant. U avait donné Tordre à de Gassion, qu'il avait laissé, avec quinze cents hommes pour garder le pont de Deynze, de venir le joindre, près d'Audenaerde ; mais après avoir suivi quelque temps la route de Bruxelles, il se rabattit tout à coup sur Menin où il arriva, à marches forcées, vers midi.
Ayant envoyé trente chevaux de sa garde par savoir si les ennemis étaient à Menin, ils lui amenèrent deux prisonniers qui lui apprirent que le prince de Ligne était à une lieue et demi de là, avec deux mille hommes de pied et quinze cents chevaux, du même côté de la rivière. Don Juan, craignant l'arrivée de Turenne sur Bruxelles, y avait appelé la garnison de Tournay et le prince de Gondé, qui la commandait ; le prince de Ligne, venant dTpres, se rendait à Tournay pour les remplacer.
Turenne résolut d'aller à leur rencontre. Quelques officiers qu'il avait poussé à la tête de la colonne, furent tués au moment où ils approchaient du village de Bousbecque, le long d'un chemin si étroit, que quelques hommes seulement pouvaient y passer de front. Si Turenne avait attendu l'arrivée de ses dernières troupes pour livrer le combat, le prince de Ligne, évitant l'attaque, aurait pu se retirer sur Tpres : mais ne lui laissant ni le temps de s'éloigner, ni celui de se grouper, Turenne lance les premières troupes de la garde qui sont aussitôt repoussées par le régiment espagnol de Louvigny. Le comte de Roye, à la tête de son régiment charge celui de Louvigny. La rencontre s'exécute avec beaucoup d'acharnement de part et d'autre ; quoique blessé de deux coups de pistolet aux jambes, le comte de Roye, parvient à rompre les premiers escadrons de l'ennemi, tandis que le maître de camp du régiment de Louvigny, très-dangereusement blessé, était fait prisonnier.
En mêmjB temps, le comte de Melun attaquait le régiment deDroot,au milieu de nombreuses décharges de l'infanterie. Le carnage était épouvantable ; les régiments de la Reine,
de Rennel, et de Créqui, ayant à leur tête les marquis d'Humières et de Godogne vinrent charger successivement les troupes Espagnoles, qui furent mises complètement en déroute. Le combat fut des plus acharnés ; le régiment des dragons de la Ferté poursuivit les débris de Tarmée Espagnole jusqu'à Comines : il ne se sauva, de tout le détachement, que six cents chevaux, dont quatre cents se jetèrent dans Tpres avec le prince de Ligne, et cent cinquante gagnèrent Lille. Les deux mille £eintassins furent taillés en pièces ou faits prisonniers. On enleva leurs armes, leurs drapeaux et leurs bagages (11 Septembre 1658).
Après la défaite des troupes commandées par le prince de Ligne à Bousbecque, Turenne prit Comines, qu'il livra au pillage : Menin, qui était à demi rasée, ouvrit ses portes sans résistance. Le P' Octobre suivant, l'illustre général repassa la Lys avec son armée, dont la cavalerie, privée de fourrages, devant Ypres, était très-fatiguée, et il vint s'arrêter à Tourcoing où il demeura cinq ou six jours, à cause de la grande quantité de grains qui s'y trouvait: il continua ensuite sa marche sur l'Escaut. (1)
De 1660 à 1667, nous trouvons dans les livres de tailles établies par les bailli, échevins et pointes (2) de la baronnie de Bousbecque, les impôts nécessaires à l'effet de pourvoir aux frais et dépenses de logement du comte de Colmenaire, capitaine de cavalerie des gardes du roi, venu à Bousbecque avec sa compagnie ; pour satisfaire à la quote-part de la paroisse dans la « courteresse des aydes » et daiis les frais de charrois à l'occasion des sièges de Gand et d'Ypres ; pour payer les pionniers que cette paroisse a été obligée de livrer pour les fortifications de la ville de Lille ; pour
(1) Histoire de Turenne par de Ramsay. — Mémoires du maréchal de Turenne.
(2) Les fonctiûas de pointes correspondaient à ceUes désignées aujourd'hui sous le nom de répartiteurs.
la fonmitore de fourrages et pour le rachat des frais que le Tillage aurait dû faire à la citadelle. (1)
Afin de satisfaire' à une sommation par laquelle mèssire Nicolas Maes, seigneur d'Ophen, conseiller commis des financer et surintendant de la province de Flandre, ordonnait, en 1674, de « fournir à bon compte, es mains du sieur Stuvaert, Jean Baptiste, receveur des cotisations au quartier dTpres, les sommes auxquelles le village de Bousbecque est cotisé, sous peine que les défaillants y seront contraints par la dernière rigueur de la guerre, comme ayant esté descheua de la protection et sauvegarde de S. itf., » les hailli établirent la répartition de cette somme de la manière suivante : ^ Un tiers en tailles, un second en vingtièmes et le tiers restant, à les testes, scavoir : les hommes et jeunes gens ayant reccu la saincte communion, à deux livres pariais chacun ; les femmes et jeunes filles ayant aussi reccu la saincte eommunion, à 20 sols parisis, les chevaux à 20 sois pariais, les vaches à 12 sols et dix moutons pour une vache, n (2)
Des impositions étaient encore établies, de 1674 à 1677, « pour subvenir et satisfaire tant aux frais des parties volontaires de Fr^ce et d'Espagne, journellement raffraichissant dans cette paroisse, que pour les chariots livrés par ordre des états de Lille, pour le service de S. M. de France ; pour satisfaire à la livraison de vaches et de moutons demandés de la part de S. M. d'Espagne ; » pour la quote-part de cette paroisse dans le paiement de toutes les charges qui sont survenues à Tétat, en chariots, pionniers fourrages et d'autres frais « qu'il a convenu et convient d'exposer pour la conservation du pays, tant le long de la Lys que du retranchement fait entre cette rivière et l'Escaut. » (3)
(1) Archives de Bousbeoque G. G. 3. 4. 14. 2S et 23.
« Du 12" May 1677 jusque et compris le 2* Septembre 1678, iaisant quinze mois deux tiers, un capitaine, un lieutenant, sept sergeans, deux tambours et septante soldats, ensemble 81 hommes, commandés par le sieur Tiladet, et faisant partie de Tarmée de M. Desprochets, lieutenant du roy, à Menin, restèrent retranchés à Bousbecque. » Le relevé des frais supportés par le village, à cette occasion, nous apprend que ces soldats ont occupé sept coips de garde et qu'on leur a livré : << pot, marmyte, plat, païelle et autres ustensiles de ménaige qu'ils ont rousie, brûlée et emporté, n
Ce mémoire mentionne les fournitures en « bois, chandelles, tourbes et autres nécessitez » faites à ces soldats. Nous y voyons que la veuve de François Delannoy allait chercher « le pain d'amonition n par bateau, à Menin ou à Wervicq, moyennant deux livres parisis par voyage. Le document se termine, en Septembre 1678, par ces mots : « lorsque, enfin, par la grâce de Dieu et du Boy nous avons été déchargés des postes militaires, n (1)
En 1682, une épidémie considérable vint enlever, aiix habitants de Bousbecque, une grande partie du bétail que la guerre avait épargné. Le livre des comptes de cette année porte le paiement d'une messe dite « à cause de 1% maladie des bestiaux. »
(1) Archives de Bouabecque E. E. 1^.