‹ Histoire de BousbecqueChapitre 33 sur 51 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

HovroUes réqviiitioiui, — Vastes eampements do tnmpes à Bonsbeoq«o. — Paix de ByBwiok. — Onerre sons Lonis XV. -> Disette, — XpSaootle. - Psiz de 1749.

La guerre continuait dans notre contrée, et non seulement les troupes ennemies, mais les soldats des armées alliées y commettaient aussi toutes sortes d'excès. Si nous jetons un coup d'œil sur les nombreuses réquisitions imposées aux malheureux hahitants de Bousbecque à cette époque, nous voyons des livraisons de paUle et de foin, faites aux troupes de M. de'Calno, campées à Halluin ; des transports de farines que le village devait faire exécuter de Tournay à Dunkerque, de Menin à Philippeville, à Rocroy, et au camp de Lessines. Nous voyons aussi, que les habitants de Bousbecque devaient fournir un chariot et quatre chevaux, pendant vingt huit jours, pour conduire de la farine, des munitions et de TartUlerie au siège de Mons, et pendant le même espace de temps, au siège de Namur.

Non seulement les équipages requis pour ces périlleuses corvées étaient fréquemment détruits ou détériorés, mais les conducteurs enduraient, toutes sortes de privations. Au retour d'un voyage oii ils avaient transporté des munitions au siège de Namur, un nommé Michel Dervaux, était mort et un nommé Jean François Leplat avait souffert une longue maladie, des suites de la fatigue qu'ils avaient endurée. Les bailli et échevins de Bousbecque, ayant sollicité des Etats de Lille, une indemnité pour les héritiers de ces malheureux, une sonmie de -vingt florins leur fut accordée « pour être distribuée auxdits héritiers selon leurs nécessités.

Il serait impossible de mentionner, même en résumé, la série de réquisitions qu^eurent encore à supporter les habitants de Bousbecque, pour le transport de vivres ou de munitions, au siège de Valenciennes, au bombardement de Bruxelles etc. : les envois de bagages de Tarmée à Wervicq, à Ypres, à Warneton, à Douai, etc., tandis que des convois de soldats venaient séjourner dans noti*e village. Le domaine seigneurial n'était pas même exempté de Toccupation militaire. Le 5 Avril 1686, Jacques Delefortrie déclare que des soldats anglais ont été placés en logement au château de M. de Wadripont. Nous remarquons, parmi les 225 livres parisis réclamées par ledit Delefortrie, qu'une somme est portée pour ^ le logement du seigneur et de ses laquais, n Plusieurs années auparavant, en 1684, le château avait aussi été pillé par l'ennemi.

Le 2 Juillet 1689, un orage extraordinaire vint éclater sur Bousbecque et y occasionner des pertes considérables, mentionnées, avec pièces à l'appui, dans un état de remise d'impôts, obtenue par les habitants, à cette occasion. Les signatures apposées aux quittances de décharge et les notes que nous avons vues, concernant cette affaire, nous ont prouvé que l'éducation était très-répandue, à cette époque, dans notre village.

u Le 18 Septembre 1692, sur les deux heures et demie après midi, la terre trembla de telle manière que plusieurs pensèrent que leurs maisons allaient tomber. En ce temps là, il y avait deux puissantes armées au voisinage ; l'armée de France, commandée par le duc de Luxembourg, entre Menin et Courtrai, qui pilla Wervicq, et celle des alliés, commandée par le duc de Bavière et le roi d'Angleterre, vers Deynze. » (1)

Diverses parties de volontaires, composées particulièrement

(1) Histoire de Roubaix par Th. Leuridan.

d^Kftpagnols et de Hollandais, vinrent fréquemment se « rafraîchir » à Bousbecque, du 9 Juin 1692 au 25 Novembre 1693. Des plaintes adressées par les habitants de notre village aux Etats de Lille rapportent les désordres que ces soldats, venant de Wervicq, de Menin et d'ailleurs, leur faisaient journellement souffrir.

Ayant appris que les Espagnols étaient campés à Froyennés et qu^ils devaient se diriger vers la Lys, nos échevins se rendent à Dottignies pour obtenir une sauve-garde écrite, de M. le duc de Wurtemberg. A cet effet, ils empruntent une somme de 8.176 florins 10 patars, équivalente à deux années dé contributions, et ils vont payer cette somme à Ramely, près de Tournai, en Juillet 1662. Malgré cette sauve-garde, obtenue à Taide de si grands sacrifices, des bandes de 35 à 40 soldats arrivaient fréquemment dans notre village, souvent pendant la nuit, et y commettaient toutes sortes dé dégâts. En réponse à une réclamation que nos éohevins lui avaient adressée à ce sujet, le gouverneur de Menin leur écrit : << Arrêtez les et faites les moi conduire, je les ferez pendre. » (1)

Des pluies considérables étant arrivées aux mois de Juillet, d^Août et d'une partie de Septembre de cette année, beaucoup de terres furent inondées et la . culture éprouva des pertes considérables. Les habitants de Bousbecque obtinrent, de ce fait, une remise d'impôts. Une disette affreuse survint dans le pays, et Tauteur de Thistoire de Lille cite une nofte, provenant des registres de Tétat civil de Roubaix, portant ces quelques mots : « Pendant le mois de Janvier, le blé a été vendu 58 livres les deux rasières de Lille, qui ftmt sept havots de Boubaix : à cette époque, ici et ailleurs, beaucoup moururent de faim, n Les livres de compte de cette année constatent qu'à Bousbecque, un porteur d^ordre vint visiter toute la paroisse pour » s'assurer si les habitants n'avaient pas de blé davantage que pour leur provision* 9 (2)

(1) ArchiTes de Bousbecque G. G. 9.

Alternativement sous la domination de l'une ou de Tautre des parties belligérantes, les habitants de Bousbecque se trouvaient dans une position des plus critiques. Le maréchal d'Humières faisait défense de recevoir aucun ordre ou mandement du gouvernement ou des officiers Espagnols, « à peine de mort contre ceux qui seraient pris portant de Targent ou allant traiter des impositions dans les villes ou terres de S. M. catholique, soit en leur nom, soit au nom des villages ou communautés, dont, en ce cas, les maisons et censés, tant des particuliers que des communautés, seraient rasées et brûlées. » Les Espagnols, de leur côté, arrivaient dans le village, pillaient, et exigeaient des remises d'argent importantes. Le 19 Novembre 1693, des mousquetaires, envoyés par le lieutenant du roi, commandant i Menin, viennent s'emparer de Pierre Ghesquière, collecteur à Bousbecque, sous prétexte que le village avait rafraîchi une partie d'ennemis, qu'on avait même logée ^ sans lui en donner advertance. n Ce ne fut qu'après bien des démarches et la promesse « que cela n'arriverait plus, » qu'il put s'exempter de rester en prison/ (1)

 la fin de cette année, des troupes, sous la conduite du commandant Gasau, vinrent hjrvemer à Bousbecque. Les habitants eurent l'ordre de leur fournir « comme les autres fois n deux rations de fourrage par jour.

Dans ces temps difficiles, les bailli, échevins et gens de loi de Bousbecque donnèrent constamment les preuves d'un grand dévouement. Nous les voyons, solliciter l'appui de tous les personnages influents dont ils espèrent obtenir la protection ; tantôt ils envoyent des présents au commandant de Menin, pour qu'il fasse passer les troupes de l'autre côté de la rivière ; d'autres fois c'est à M. de Wadripont, seigneur de Bousbecque, qu'ils font remettre de l'avoine, pour le remercier de leur avoir fait éviter des logements de sol-

(1) Archive» de BouJibecque C. C. 9.

dais: malgré ces précautions, il arrivait souvent que des corps d'année, << passant et repassant à Bousbecque n y commettaient de grands ravages. C'était des dragons, venant de Courtrai, auxquels il faut donner des « tronènes n pour leurs chevaux : des grenadiers qui recevaient des sommes importantes « pour ménager les récoltes ; » enfin, les troupes du duc de Luxembourg, celles commandées par M. de la Valette, par M. de la Fosse, par le maréchal de Villeroy, les gardes corps du roi, et un grand nombre d'autres compagnies, campant à Bousbecque, et occasionnant « de grandes pertes aux terres à labour, prés, jardins et avestures. »

En Mai, Juin et Octobre 1696, un camp composé principalement d'artillerie, de grenadiers et de la gendarmerie du roi, était établi à Bousbecque, sur les terres de Ph. Façon. Les routes étant en mauvais état, on construisit un nouveau chemin, à travers les champs et les prairies. Des pionniers de Linselles vinrent, en grand nombre, exécuter ce travail avec les habitants de Bousbecque.

La quantité de pionniers^ requis dans notre village, était considérable. Les uns étaient envoyés à Lille pour, de là, être dirigés aux fortifications de Mons ; d'autres étaient désignés pour la construction d'une redoute à Wevelghem, pour les fortifications de Courtrai, pour la démolition des fortifications de Dixmude, ou pour d'autres travaux militaires.

Les réquisitions de vivres et de denrées étaient aussi trèsimportantes. On obligeait les malheureux habitants de Bousbecque, la plupart ruinés, à livrer des quantités de fouiTage, de foin et de farine aux magasins de Lille, aux camps d'Halluin et de Comines ; à l'armée du dauphin campée à Courtrai. Nous trouvons, dans nos archives, une quantité d'ordres conçus en ces termes : « Les bailly et gens de loi de Bousbecque sont prévenus de fournir, en toute diligence, trois mille rations de foin et d'avoine à livrer à Comines pour le service du roi. »

On exigeait de nos malheureux habitants, des corvées de toutes sortes, comme d'aller casser les glaces, sur là Lys, en hiver, afin de rendre le passage impossible à Tennemi : Les pionniers recevaient du village, pour ce travail, dix patars par jours. Parfois, ils devaient tirer aux bateaux chargés de bois et de planches destinés à établir des ponts volants ; d'autres fois. c'était des transports de foin, de vivres, de munitions, d'artillerie, qu'il fallait conduire jour et nuit, afin d'arriver au plus tôt à destination. (1)

Ajoutons à cet inventaire, déjà si long et si triste, l'arrivée de soldats maraudeurs qui venaient souvent dans le village exigeant des remises d'argent et menaçant de « bouter fû » quand on ne s'exécutait pas. Ils enlevèrent un jour l'échevin Jean Danset qu'on ne put délivrer qu'au moyen d'une remise de quinze livres de France. Afin de se débarrasser de ces pillards, des troupes régulières furent envoyées à Bousbecque et vinrent y faire des patrouilles ; mais notre population était obligée de les nourrir et de les loger, et c'était, pour elle, un surcroît de dépenses, aussi ce fut avec bonheur que les habitants de Bousbecque apprirent qu'après trente années d'impositions considérables, de réquisitions conti^ nuelles, d'incendies et de pillages, le traité de Ryswick (20 Novembre 1697) allait enfin mettre un terme aux hostilités, mais nous devrons bientôt constater que cette paix et cette tranquillité, depuis si longtemps désirées, ne seront encore que d'une bien courte durée.

Après la bataille de Bamillies, un corps de troupes sous les ordres du commandant Guiscart vint loger et camper à Bousbecque, le 3 Juin 1706, y commettant des désordres et des dommages très-considérables. Notre village était imposé en même temps de réquisitions de travailleurs et de fournitures de bois, de fagots, de fascines pour l'érection d'un fort que l'on élevait à Comines.

Le 23 Juillet suivant, pendant le siège de Menin, l'armée

(1) Archives de Bousbecque C. C. 9.

des alliés vint camper dans notre village qui fut totalement pillé et ravagé, malgré une quantité de sauves-gardes que nos hommes de loi avaient chèrement payées. Peu de temps après, les avant-postes de Tannée du duc de Vandôme, établie le long de la Ba^se-Deûle, venaient faire des excursions jusqu'à Bousbecque et y conunettaient toutes sortes d'exactions. L'année suivante, un détachement des troupes du roi, commandé par M. de Baruille séjournait à Comines, et uïie grande quantité de soldats venaient firéquemment se raffraichir à Bousbecque. Le 11 Juillet 1708,

. après la bataille d'Audenaerde, les alliés vinrent établir entre Comines et Menin, sur tout le territoire de Bousbecque, une armée formidable composée d'Autrichiens, de Hollandais, d'Anglais, de Danois, de Hanovriens, de Prussiens, de Palatins, etc. Le prince d'Orange, le duc de Malboroucq et le prince de Savoie en étaient les principaux chefs. (1) En un cleîn d'oeil : meubles, provisions, bestiaux, récoltes, tout est enlevé, et quand nos malheureux habitants se trouvaient entièrement ruinés, on les forçait encore à tirer à bateaux ou a porter des munitions ou du matériel d'équipement. Ces corvées ruineuses continuèrent jusqu'à ce que, après cent deux jours de tranchées ouvertes, et malgré l'héroïque défense du maréchal de Boulflers, Lille tomba au pouvoir des alliés, et passa avec sa châtellenie sous la domination

"hollandaise.

Les troupes qui avaient parcouru la ch&tellenie et surtout les envii*ons de Lille, avaient détruit les moissons, foulé les prairies. Pas de céréales ni de fourrage, et pourtant des hôtes exigeants, des chevaux nombreux à nourrir. Une gelée âpre, qui survint la nuit du 5 au 6 Janvier, et qui fut suivie de gelées et de dégels successifs, détruisit presque toutes les semences confiées à la terre. Chaque nuit un grand nombre d'arbres se fendaient dans le sens de la longueur, comme si on les eut fait éclater avec de la poudre à canon. On perdit ainsi beaucoup de noyers, de poiriers ;

(1) Histoire de Lille par V. Dei-ode, tome 2. page 223.

les vignes souffrirent encore davantage. Biai des' hommes périrent de froid.

<< ... La misère était grande dans la ville, mais les paysans mouraient de faim et étaient en proie au désespoir. Aussi plusieurs particuliers émigrèrent, d'autres vécurent d'herbes, de racines et même de la chair des animaux les plus repoussants. (1)

Pendant le siège de Tournai, en 1709, une partie considérable des armées alliées, sous le commandement du général Wilcke vint s'étendre le long de la Lys, exigeant des vivres et des fourrages qu'ils n'avaient pas eux-mêmes, aux habitants éplorés de notre village, qui devaient aller en chercher dans les localités voisines et qui « auraient souhaité le dernier de leurs jours pour voir finir leurs malheurs, n (2)

Dans l'espoir de soulager un peu la population qui leur est confiée, les bailly, gens de loi et pauvriseurs de Bousbecque demandent l'autorisation d'emprunter ou de vendre quelques propriétés appartenant aux pauvres de ce village qui « depuis plusieurs années auraient estes entièrement fouragés, ce qui aurait réduit la plus saine partie des habitans hors d'état de faire aucune charité aux pauvres dudict Bdusbecque, lesquels se trouvaient réduits dans la dernière, misère, et dont la pluspart estaient malades et en danger de mourir faute d'aliments et de pain s'il n'y estaient pourvues promptement. i> Nous trouvons plusieurs constitutions de rentes créées ^ pour, par ce moïen, assister en temps et lieu les plus nécessiteux. »

Au printemps de 1711 quelques régiments de troupes alliées vinrent de nouveau résider dans notre commune, et il fallut encore leur livrer tous le bois, les fourrages et les vivres nécessaires. Au mois d'octobre de la même année,

(1) Hiatoire de Lille par V. Derode» tome 2, page 1269.

(2) Archives de la ville de Gomines.

le dac de Wittemberghe, avec dix mille hommes vint camper pendant quinze jours, dans nos environs. Les habitants étaient obligés de « racheter à des prix considérables, les désordres que ces troupes faisaient, » et pour combler la mesure de leurs maux, un autre corps de troupe « vint achever d'épuiser le peuple qui n^était déjà que trop accablé par ces rigueurs continuelles, n Le village de Bousbecque fut continuellement harcelé par des soldats très exigents, que les malheureux habitants ne pouvaient satisfaire. Si nous rappelons que depuis Tannée 1706 jusqu^en 1713 les habitants de Bousbecque n^ont « eu aucune intervalle à leurs douleurs, ni le temps de respirer, ayant été accablés de logements continuels d'armées campées chez eux et aux environs, épuisés par les réquisitions militaires, fourrages, pillés, et enfin, réduits à la plus affreuse misère, » nous comprendrons avec quelle joie et quelle espérance fut acclamé le traité d'Utrecht,' signé le 11 Août 1713 entre la France, l'Espagne, le Portugal, la Prusse et la Hollande et qui, rendant Lille et sa châtellenie à Louis XIV, nous annexait définitivement à la France.

Une note extraite du compte de Claude Glaes, bailli de Bousbecque, du 2 Mars 1715 rapporte en deux, mots : que la plus grande partie des habitants estaient morte ou sortie de la paroisse pour toujours. »

En 1743, après la bataille de Dottingen, la guerre vint de nouveau désoler notre pays. L'armée française arrivée dans nos environs pour faire le siège de Menin, en 1744, était divisée en quatre colonnes. La première et la qusr trième, sous les ordres de la Motte-Houdancourt et du duc de Biron, occupaient Roncq, Bousbecque et Wervicq. Notre pays devait ainsi subir de nouveau les charges de Foccupation militaire.

La présence de troupes nombreuses dans notre pays avait amené une cherté considérable dans les vivres. De plus, un hiver rigoureux, suivi d'un été froid et pluvieux, fit manquer toutes les récoltes, principalement dans la châtel*

lenie de Lille. Le prix du blé sextupla et se vendit 24 florins la rasière, 60 francs Thectolitre. Pour comble d'infortune, une cruelle épizootie vint achever la ruine des habitants. (1744) L'évêque de Toumay ordonna un jour de jeûne et une messe solennelle pour détourner le fléau.

La prise d'Ypres, celle d'Ath, la célèbre victoire de Fontenay (11 Mai 1745) vinrent faire renaître l'espérance ; cependant, si la guerre s'éloignait, il nous en restait les charges, et à tous moments les habitants de Bousbecque étaient requis, tantôt pour des pionniers, tantôt pour des transports. Enfin, les nouvelles victoires de Losfeld et de Rocoux et la reddition do 6erg-op-Zoom nous amenèrent la paix, en 1749. Elle fut célébrée avec toute la joie d'un peuple qui voit la fin de ses maux et Tespoir d'une heureuse tranquillité.

Quarante-deux années vont se passer sans que notre territoire soit foulé aux pieds par les armées qui, depuis un temps infini le parcourent en tous sens, emmenant après elles la disette, la peste et la désolation.

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